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Seuil – janvier 2008 – 272 pages

Points – juin 2009 – 319 pages

traduction de l’allemand par Colette Kowalski

Quatrième de couverture :

Un vent de folie souffle sur Trieste. Le médecin d'une célèbre clinique de chirurgie esthétique est retrouvé dans son sang, sauvagement émasculé. Le commissaire Laurenti est immédiatement réquisitionné. Ses recherches dérangent et il ne semble jamais le bienvenu dans la clinique. Viendrait-on ici s’inscrire pour d’autres opérations que de simples retouches esthétiques ?

Auteur : Veit Heinichen, né en 1957, a été libraire, journaliste et éditeur en Allemagne. Amoureux de la ville de Trieste, il y vit désormais comme écrivain. Après ses romans, Les Requins de Trieste et Les Morts du Karst Mort sur liste d'attente est la troisième enquête du commissaire Laurenti.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

J’ai pris un peu par hasard ce roman policier à la bibliothèque, je ne connaissais pas cet auteur. L’histoire nous plonge dans une enquête autour du trafic d’organe.

Au début, j’ai un peu été perdu car les chapitres se succèdent sans aucun lien semble-t-il… Nous sommes à Trieste : un roumain essaye de se rendre à Trieste par bateau en passant par Istambul. Un ancien médecin légiste de 82 ans est mis à la retraite. On découvre la clinique de chirurgie esthétique « La Salvia » et une discussion entre médecins et actionnaires. Lorenzo Ramses Frei enquête depuis bientôt deux ans sur la mort mystérieuse de sa compagne lors d’une conférence universitaire à Malte. Le commissaire Laurenti participe à l’organisation de la protection lors d’un sommet italo-allemand…

Un jeune homme vêtu d'une blouse d'hôpital se jette sous les roues d’une voiture officielle. Un chirurgien esthétique est retrouvé dans son jardin, mutilé et baignant dans son sang. Et le commissaire Laurenti se retrouve à la tête de deux enquêtes délicates. Et j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre le commissaire Laurenti dans ses enquêtes sans oublier ses tracas personnels qui ajoute au personnage de l’humanité et à l’histoire de l’humour. Une belle découverte !

Extrait : (début du livre)

Un vent d’est glacial soufflait sur le port au bord de la mer Noire. Début mars, il avait encore fortement neigé à Constan a, et la neige crissait sous les pas. L’homme battait la semelle pour se réchauffer. Une fois à bord du cargo, il espérait être à l’abri jusqu’à Istanbul. Plus tard, sur l’autre bateau qui devait l’emmener à Trieste, il serait mieux loti, on le lui avait promis. Mais, auparavant, il lui fallait sortir de Roumanie sans passeport.

Il n’avait pas été difficile d’arriver sans encombre aux quais bien éclairés. A l’ombre des conteneurs empilés, ils attendaient en silence le signal qui devait venir à vingt heures trente précises du bateau amarré au môle. Dimitrescu devrait alors escalader le plus vite possible l’échelle de coupée. A la fin du voyage, on lui donnerait dix mille dollars – moins les frais de son accompagnateur, qui avait déjà déduit cinq cents dollars de l’acompte. Dix fois le salaire mensuel moyen en Roumanie – quand on avait du travail.

Ils se connaissaient depuis peu. L’intermédiaire, un type mielleux en costume bon marché, n’avait pas mis longtemps à le convaincre de l’affaire, comme il disait. Il ne savait pas que Dimitrescu le cherchait depuis des jours. Un rein, lui avait-il expliqué, c’est une bagatelle pour quelqu’un qui en a deux en bon état, mais c’est un bien précieux quand on a les deux malades. La recherche du groupe sanguin et le test immunologique furent vite expédiés. L’intermédiaire avait été dirigé vers Dimitrescu quand le frère jumeau de celui-ci, Vasile, n’était pas revenu de son voyage.

La famille avait longtemps attendu le retour de Vasile, espérant tous les jours le voir monter les escaliers de l’immeuble en préfabriqué, plein de courants d’air et mal chauffé, à la périphérie de Constan a, un peu fatigué peut-être, mais riant, et le voir entrer, une liasse de dollars à la main, dans la main, dans l’appartement où vivaient les familles des jumeaux et dont il voulait enfin faire sortir sa femme et ses trois enfants. Chaque fois qu’ils entendaient des pas dans la cage d’escalier, l’espoir se réveillait, mais de jour en jour la peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose grandissait. Jamais il ne les avait laissés sans nouvelles quand il partait gagner de l’argent dans une autre ville. Vasile n’avait même pas révélé à sa femme la raison de son départ. Seul Dimitrescu était dans la confidence. Il avait essayé de l’en dissuader, sans succès. Il y avait beaucoup à gagner et Vasile y voyait le seul moyen de sortir de sa situation désastreuse. Il n’était pas le premier à faire le voyage jusqu’à Istanbul, où se déroulaient les interventions. La ville était pleine de cliniques clandestines qui changeaient d’adresse avant que les autorités, peu actives, ne puissent les découvrir et mettre fin à leurs trafics. Le commerce était lucratif et des spécialistes chevronnés, sans scrupule, opéraient aussi vite que bien la clientèle venue de l’Ouest ou du Proche-Orient.

Avant que Dimitrescu n’ai retrouvé l’homme qui avait recruté Vasile, la terrible nouvelle était arrivée. Un soir avait surgi Cezar, un parent éloigné, qui parcourait toutes les routes du monde à bord de son poids lourd. Ils ne l’avaient pas vu depuis longtemps, si bien que, d’abord, personne ne sut ce qu’il voulait, mais, à un moment, il tira de sa veste une photo froissée qu’il posa sur la table. La femme de Vasile se cacha le visage dans les mains et poussa un long cri de détresse. Cezar expliqua que la photo lui avait été donnée à Trieste par un policier.Vasile était mort. Les mains de Dimitrescu tremblaient en prenant la photo et la carte du policier que Cezar lui remit.