05 janvier 2010

La couleur pourpre – Alice Walker

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Robert Laffont - avril 1984 – 261 pages

J'ai lu - mars 1988 - 252 pages

Robert Laffont - Pavillon Poche – mars 2008 - 344 pages

traduit de l'américain par Mimi Perrin

Quatrième de couverture :

Depuis leur séparation, depuis des années, Nettie et Celie, deux jeunes Noires, soeurs tendrement unies, n'ont cessé de s'écrire. Mais aucune missive, jamais, n'est parvenue ni à l'une ni à l'autre.

C'est que Celie, restée là-bas, près de Memphis, subit la loi d'un mari cruel qui déchire toutes les lettres venues d'Afrique – où Nettie est missionnaire. Alors Celie, la femme-enfant, écrira via le bon Dieu, qui, lui, sait tout... Pourquoi, entre elles, cette correspondance déchirante et sans fin, obstinée, presque immatérielle ?

Steven Spielberg a écrit : « J'ai passé de la colère au rire et du rire aux larmes ; enfin, j'ai éprouvé tous ces sentiments en même temps. Il y a des années que je n'avais lu un livre qui ait suscité en moi pareille émotion. »

Auteur : Née en 1944, huitième et dernier enfant de parents pauvres, Alice Malsenior Walker perd son œil droit lorsque son frère la blesse accidentellement avec une arme. Honteuse de sa cicatrice, elle s'isole, se réfugiant dans la lecture et l'écriture. Grâce à une bourse, elle s'inscrit à Spelman Collège et au Sarah Lawrence College à New York. Diplômée en 1965, elle repart dans le Sud et s'engage dans le Civil Rights Mouvement, où elle rencontre Mel Leventhal, l'avocat du mouvement. Ils seront le premier couple mixte officiellement marié dans le Mississipi. Alice Walker publie son premier recueil de poème, 'Once', en 1965, suivi de 'Revolutionnary Petunias & Other Poems' en 1973. Son œuvre met l'accent sur la lutte des femmes noires contre le racisme de la société des blancs, contre le sexisme et le patriarcat de la communauté noire et contre la violence de la société américaine en général. Son premier roman, 'The Third Life of Grange Copeland', sort en 1970, suivi de 'Meridian' en 1976. Alice Walker est la première femme afro-américaine à obtenir le Pulitzer Prize pour 'The Color Purple' (1983), son roman le plus célèbre, également récompensé par le American Book Award et qui forme une sorte de trilogie avec 'The Temple of My Familiar' (1989) et 'Possessing The Secret of Joy' (1992). Sa nouvelle 'Kindred Spirits' (1986) obtient le O. Henry Award. Alice Walker est également connues pour ses recueils de nouvelles comme 'In Love and Trouble' (1973), 'You can' t Keep a Good Woman Down : Stories' (1982) ou 'The Complete Stories' (1994).

Mon avis : (relu en janvier 2010)

Livre lu dans le cadre des challenges « 100 ans de littérature américaine – Yes we can »

J’avais déjà lu ce livre à l’époque de la sortie du film de Spielberg. J’ai été contente de le relire.

C’est un livre dans la grande tradition des romans sudistes. A travers une correspondance entre deux sœurs noires qui ont été séparées à l’adolescence nous découvrons la vie difficile de Célie et Nettie.

Célie a été marié à 14 ans un homme violent qui l’empêche de recevoir les lettres de sa sœur. Célie n’ayant pas de réponses continue à écrire en adressant ses lettes au bon Dieu.  Elle nous raconte sa vie de femme noire du sud des Etats-Unis au début du XXème siècle. Elle est battue par son mari, elle subit la ségrégation, le racisme, la misère, la violence. Elle va se lier d’amitié avec Shug Avery, la maîtresse de son mari, qui chante et qui est libre. Shug va aider Célie a se battre et à ne plus se soumettre.

Nettie est partie comme missionnaire en Afrique. Elle nous raconte sa vie dans un village Olinka, elle participe à la scolarisation des garçons, les indigènes refusant que leurs filles étudient. Elle raconte la colonisation avec la construction d’une route qui va détruire une partie du village, puis les expropriations des terres pour installer des plantations. Elle raconte également les rites tribaux.

Alice Walker a écrit un livre magnifique et bouleversant qui ne peut pas nous laisser indifférents. A lire absolument !

En 1985, La Couleur pourpre (The Color Purple) a été adapté dans un film réalisé par Steven Spielberg avec Danny Glover, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Oprah Winfrey… Il a été nominé 11 fois aux Oscars en 1986

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Extrait : (page 129)

Chère Célie,

Cela fait longtemps que je n’ai pas eu le temps d’écrire. De toutes façons, quoi que je fasse, à tous moments, je t’écris. Chère Célie, je dis dans ma tête pendant les Vêpres, au milieu de la nuit, pendant que je fais la cuisine ; Chère, chère Célie. Et j'imagine que tu reçois vraiment mes lettres et que tu me réponds : Chère Nettie, voici à quoi ressemble ma vie.

Nous nous levons à cinq heures pour un léger petit déjeuner de porridge de millet avec des fruits, puis ce sont les cours du matin. Nous enseignons aux enfants l’anglais, la lecture, l’écriture, l’histoire, la géographie, l’arithmétique et nous leur lisons des histoires de la Bible. A onze heures, nous nous arrêtons pour déjeuner et nous occuper des travaux ménagers. Entre une heure et quatre heures il fait trop chaud pour bouger, mais quelques mères s’installent pour coudre derrière leurs huttes. A quatre heures, les enfants plus âgés viennent étudier, et le soir nous sommes à la disposition des adultes. Les plus grands ont l’habitude de venir à l’école de la mission, mais pas les petits. Il arrive que les mères doivent les traîner jusqu’ici, hurlant et se débattant. Ce sont tous des garçons. Il y a une seule fille, Olivia.

Les Olinkas ne considèrent pas que les filles doivent être éduquées. Une mère à qui je demandais pourquoi, m’a expliqué :

- Une fille n’est rien en soi. Seul son mari peut lui permettre de devenir quelque chose.

- Que peut-elle devenir ? lui demandai-je.

- Pourquoi, dit-elle, la mère de ses enfants.

- Pourtant, lui ai-je répondu, je n'ai pas d'enfant, je ne suis pas mère, mais je suis quelque chose.

- Vous n’êtes pas grand-chose, dit-elle. La bonne à tout faire du missionnaire.

Il est vrai que je travaille dur, plus dur que je n'aurais jamais imaginé, je balaie l’école et je nettoie après les heures de service, mais je n’ai pas l’impression d’être une bonne à tout faire. J’ai été surprise d’apprendre que cette femme, dont le nom chrétien est Catherine, me voie ainsi.

Elle a une petite fille, Tashi, qui joue avec Olivia après l’école. Adam est le seul garçon qui parle à Olivia à l’école. Ce n’est pas qu’ils soient méchants avec elle, c’est simplement que… quoi, au fait ? Qu’elle se trouve là où ils font leurs ‘trucs de garçons’, alors ils ne la voient pas. Mais ne t’inquiète pas, Célie, Olivia possède ton entêtement et ta vision claire des choses, elle est plus intelligente que tous les garçons réunis, y compris Adam.

- Pourquoi Tashi ne peut-elle pas venir à l’école ? m’a-t-elle demandé. Quand je lui ai dit que les Olinkas ne croyaient pas à l’éducation des filles, elle m’a répondu, rapide comme l’éclair,

- Ils sont comme les Blancs chez nous qui ne veulent pas que les gens de couleur soient instruits.

Oh, elle est intelligente, Célie. A la fin de la journée, quand Tashi en a terminé avec toutes les tâches ménagères que lui assigne sa mère, elle et Olivia se rencontrent en secret dans ma hutte, et

Olivia partage avec Tashi tout ce qu’elle a appris. Pour Olivia, Tashi représente à elle seule toute l’Afrique. L’Afrique radieuse qu’elle espérait trouver par-delà l’océan.

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Livre lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine

Posté par aproposdelivres à 19:02 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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