29 novembre 2009

Elle s'appelait Sarah – Tatiana de Rosnay

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Éditions Héloïse d'Ormesson – mars 2007 – 356 pages

LGF – avril 2008 – 403 pages

traduit de l'anglais par Agnès Michaux

Description de l'éditeur

Paris, mai 2002. Julia Jarmond, journaliste pour un magazine américain, est chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées, et en particulier celui de Sarah. Contre l’avis des siens, Julia décide d’enquêter sur le destin de la fillette et de son frère. Soixante ans après, cela lui coûtera ce qu’elle a de plus cher.

Paris, le 16 juillet 1942 : la rafle du Vel’ d’Hiv’. La police française fait irruption dans un appartement du Marais. Le petit Michel, paniqué, se cache dans un placard, et sa grande sœur Sarah, dix ans, l’enferme et emporte la clef en lui promettant de revenir. Mais elle est arrêtée et emmenée avec ses parents...

Auteur : Née en 1961, Tatiana de Rosnay vit depuis vingt-cinq ans à Paris. Scénariste et journaliste, elle travaille notamment pour Elle et Psychologies. " Elle s'appelait Sarah ", son neuvième roman, est le premier qu'elle écrit en anglais, sa langue maternelle. Quatorze pays en ont déjà acquis les droits.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Livre lu dans le cadre du challenge « Les coups de cœurs de la blogosphère », proposition de Suffy.

Il est difficile de parler de ce livre si bouleversant. Il est à la fois dur et magnifique. Il nous raconte l'histoire de Sarah qui avait 10 ans en juillet 1942 et qui fut victime de la rafle du Vel d'Hiv et en parallèle celle de Julia, journaliste américaine, vivant à Paris depuis 25 ans qui doit faire un reportage 60 ans plus tard sur la commémoration du Vel' d'Hiv' où plus de 4000 enfants juifs, âgés de 2 à 12 ans, et leurs parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Julia ne connaissait pas cette page de l'Histoire et elle va mener son enquête et découvrira à travers Sarah toute l'horreur de la rafle du Vel' d'Hiv et la déportation de milliers d'enfants juifs séparés de leurs parents. En tant que lecteurs, nous sommes emportés par l'histoire de Sarah et Julia, et nous devenons des témoins de leurs vies. Un livre poignant et magnifique à lire et à faire lire !

Extrait : (début du livre)

"Paris, juillet 1942.

La fillette fut la première à entendre le coup puissant contre la porte. Sa chambre était la plus proche de l’entrée de l’appartement. Dans la confusion du sommeil, elle avait d’abord pensé que c’était son père qui remontait de la cave où il se cachait, qu’il avait dû oublier ses clefs et insistait parce que personne ne l’avait entendu quand il avait frappé discrètement. Mais bientôt des voix s’élevèrent dans le silence de la nuit, fortes et brutales. Ce n’était pas son père. «Police ! Ouvrez ! Tout de suite ! » Le martèlement reprit, plus fort encore. Vibrant jusque dans la moelle de ses os. Son jeune frère, qui dormait à côté d’elle, commença à s’agiter dans son lit. «Police ! Ouvrez ! Ouvrez ! » Quelle heure était-il ? Elle jeta un coup d’œil entre les rideaux. Il faisait encore sombre.

Elle avait peur. Elle pensait à ces conversations, ces murmures nocturnes, que ses parents avaient échangés croyant qu’elle dormait. Mais elle avait tout entendu. Elle s’était glissée jusqu’à la porte du salon et là, avait écouté et regardé ses parents à travers une petite fente dans le bois. Elle avait entendu la voix nerveuse de son père. Avait vu le visage angoissé de sa mère. Ils discutaient dans leur langue natale, que la fillette comprenait, même si elle ne la parlait pas très bien. Son père avait dit tout bas que les temps à venir seraient difficiles. Qu’il faudrait être courageux et très prudent. Il avait prononcé des mots étranges et inconnus : « camp », «rafle », « arrestation », et elle se demandait ce que tout cela pouvait bien signifier. Son père, toujours très bas, avait ajouté que seuls les hommes étaient en danger, que les femmes et les enfants n’avaient rien à craindre, et qu’il irait donc chaque soir se cacher.

Le lendemain matin, il avait expliqué à sa fille qu’il était plus sûr qu’il dorme à la cave pendant un moment. Jusqu’à ce que les choses « rentrent dans l’ordre ». Quelles choses ? pensa-t-elle. « Rentrer dans l’ordre », qu’est-ce que ça voulait dire au juste ? Et quand cela arriverait-il ? Elle brûlait de lui demander ce que signifiaient les mots étranges qu’elle avait entendus, « camp » et « rafle ». Mais il aurait alors fallu avouer qu’elle les avait espionnés, et plusieurs fois, derrière la porte. Elle n’avait pas osé."

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Suffy

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