23 novembre 2009

Le retour à la terre - Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Voici 5 bandes dessinées pour fêter le 300ème livre commenté !

Tome 1 : La vraie vie

retouralaterre01 RetourALaTerreLe1a_21012005

Dargaud – octobre 2002 - 48 pages

Dargaud – janvier 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : - Ca s'appelle "la nature, frangin... Jadis, les hommes vivaient dans la nature où ils chassaient pour se nourrir...
- J'aurais pas pu

Présentation : Mariette et Manu en ont assez de la ville. Ils viennent de déménager à la campagne. L’air pur, les petits oiseaux, les champs à perte de vue et tout ça...le bonheur, quoi ? Pas vraiment ! C’est qu’il n’est pas évident pour deux citadins accoutumés au bruit, à la promiscuité des transports en commun ou des embouteillages, et à la proximité des commerces et lieux de délassement, de se désintoxiquer de tout cela.

retour_laterre1 retourterre_t1_19394

Tome 2 : Les projets

retouralaterreco02 le_retour___la_terre_2

Dargaud – octobre 2003 - 48 pages

Dargaud – janvier 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : Excusez-moi, Monsieur Henri, mais êtes-vous bien conscient de la nocivité de ces produits ?

Présentation : Manu et Mariette commencent enfin à s’installer, à tel point qu’elle souhaiterait maintenant un bébé ; il préférerait commencer un potager, moins bruyant et plus utile pour avoir des légumes bios.

retour_laterre2 retourterre_t2_29894

Tome 3 : Le vaste monde

RetourALaTerreLe3_11012005

Dargaud – janvier 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : - Ce sanglier n'est-il pas le symbole de ce père absent que tu cherches ? Réfléchis, Coeur-Pur "n'es-tu pas à ton père par le sang lié ?" Sang lié SANGLIER !

Présentation : A la campagne, la vie des deux tourtereaux prend forme : le ventre de Mariette s'arrondit et Manu devient de plus en plus anxieux. Malgré le secours du guide de Laurence Pernoud, il stresse terriblement dans l'attente de l'accouchement, alors que la future maman adopte un comportement très philosophe !

retour_laterre3 retouralaterre03p

Tome 4 : Le déluge

RetourALaTerreLe4_31082006

Dargaud – août 2006 – 48 pages

Présentation : Alors qu’un véritable déluge s’abat sur les Ravenelles, que Capucine ne s’endort qu’en écoutant Eddy Mitchell et que Monsieur Henri construit un navire, Manu, au bras de son ex, croise de débonnaires Atlantes en villégiature dans la région…

retour_laterre4 retourterre_t4_57719

Tome 5 : Les révolutions

le_retour___la_terre_5

Dargaud - novembre 2008 - 48 pages

Présentation : Vive tension aux Ravenelles ! Manu, fragilisé par le départ de Mariette pour la fac, va-t-il trouver dans l'opposition au maire Adrien Coquelot une issue à son mal de vivre? Rien de moins sûr quand on sait les pressions que font peser sur lui les hommes en noir du Krachdiscount, et la confirmation inquiétante par l'ermite que les atlantes rentrent la nuit par les chatières... Un tome 5 qui installe définitivement et avec drôlerie, le petit monde poétique et attachant du Retour à la terre.

 

retour_laterre5

AlbretourALaTerreLe5_29112008_200007

Auteur : Oscillant entre humour et tentative de réhabilitation d'un certain mode de vie campagnard, Jean-Yves Ferri se démarque du reste de la production par un ton particulier. De sa jeunesse, il garde son amour immodéré du terroir et l'insuffle dans ses planches. Dès 1993, il fait son entrée parmi la caste des auteurs de Fluide Glacial. Ses 'Fables autonomes', parues au format album en 1996 et en 1998, évoquent une condition rurale âpre. Ardent défenseur du monde paysan, il n'en traite pas moins avec décalage et cynisme par le biais de l'autre série qu'il développe dans les pages de Fluide Glacial, celle des aventures d''Aimé Lacapelle', sorte de policier rural à la gouaille inégalée. Auteur et dessinateur, c'est en s'associant avec Manu Larcenet qu'il rencontre massivement le public. Leur oeuvre commune, 'Le Retour à la terre', entamée en 2002, témoigne de la difficulté de vivre sans racines et fait preuve d'une sensibilité rare. Entre humeurs bucoliques et regard doux-amer, Jean-Yves Ferri est un artiste dans le système mais définitivement à part.


Auteur : Né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux, après s'être lancé dans la BD à l'âge de dix ans, Manu Larcenet étudie le graphisme au lycée de Sèvres et obtient un BTS d'expression visuelle option 'images de communication' à l'Ecole des arts appliqués. Parallèlement, il multiplie les concerts avec un groupe punk fondé avec des amis de collège. Il fait son service militaire en 1991 et connaît alors le bataillon disciplinaire. A son retour, il emménage avec des amis musiciens et poursuit la scène et le graphisme : ses premiers dessins sont publiés dans des fanzines de rock et de bande dessinée. Il commence en 1994 une collaboration d'abord discrète avec le magazine Fluide glacial ; son premier récit, 'L' Expert-comptable de la jungle', est bientôt suivi de 'Soyons fous', 'La Loi des séries' et 'Bill Baroud espion'. Spirou, Dupuis, Glénat et Les Rêveurs de runes, une maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel, publient depuis ses albums. Les improbables créatures ou les petits bonhommes ordinaires qui peuplent ses dessins font son succès. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, puis le prix du meilleur album à Angoulême en 2004 pour 'Le Combat ordinaire'. Mêlant autobiographie et réflexion, à l'instar de son 'Retour à la terre', cette série apparaît comme celle de la maturité. Changement de ton qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de revenir, en 2006, à ses premières amours avec l'album 'Chez Francisque', scénarisé par Yan Lindingre. Artiste protéiforme, alternant séries potaches et récits plus profonds, Manu Larcenet compte désormais parmi les auteurs incontournables de la bande dessinée.

Mon avis : (lu en 2008 et 2009)

Une série de BD vraiment très sympathique et pleine d'humour sur fond de campagne et d'oiseaux qui gazouillent... L'histoire est semi-autobiographique, Manu Larssinet s'installe à la campagne avec son amie Mariette et son chat dépressif Speed. Ils veulent échapper à la ville. Les personnages sont attachants, on découvre au village Monsieur Henri le propriétaire avec sa bouteille d'eau de vie, l'ancien maire devenu l'Ermite qui joue le rôle de psy auprès de Manu, la mémé Mortemont...

Le découpage des planches est faite en séries de cases indépendantes d'une demi-page et le style du graphisme est simple et épuré. L'humour est présent à chaque bulle. A lire sans modération !

Posté par aproposdelivres à 16:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,


Sans feu ni lieu - Fred Vargas

sans_feu_ni_lieu_ sans_feu_ni_lieu

Viviane Hamy - octobre 1997 - 288 pages

J’ai lu – mai 2006 - 282 pages

Quatrième de couverture

Pourquoi Louis Kehlweiler dit l'Allemand, Marc, Lucien et Mathias - retranchés dans leur baraque pourrie de la rue Chasle à Paris -, s'intéressent-ils à un simplet à tête d'imbécile pas franchement sympathique, dont la culpabilité ne fait de doute pour personne, pas même pour eux ? Pourquoi tiennent-ils à sauver ce Clément Vauquer, un détraqué recherché par toutes les polices de Nevers et de Paris pour les assassinats effroyables d'au moins deux jeunes femmes ?

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Voici un des rares livres de Fred Vargas que je n'avais pas encore lu... On retrouve, avec plaisir, Louis Kehlweiler, le personnage principal de "Un peu plus loin sur la droite" et les Évangélistes (Marc, Mathias et Lucien) dont on avait fait connaissance dans "Debout les morts".

Deux femmes ont été assassinées et tout accuse Clément Vauquer un accordéoniste un peu simplet. Celui-ci a obéit sans se poser de questions en surveillant les deux femmes puis en leur offrant un pot de fougère. Lorsqu'il découvre son portrait sur le journal, il comprend qu'il est recherché par la police et se réfugie chez la vieille Marthe qui est sûre de son innocence. Il faut découvrir l'assassin et Louis Kehlweiler, dit l’Allemand, et ses trois assistants Marc, Lucien et Mathias vont l'aider à mener l'enquête. Je suis une inconditionnelle de Fred Vargas et j'ai été prise par l'intrigue brillamment construite et captivante, sans oublier les personnages si particuliers qui font partis intégrante d'un livre de Fred Vargas. Ici, le personnage de Clément est très touchant, à la fois drôle, maladroit.

A découvrir sans modération...

Extrait : (début du livre)

Le tueur fait une seconde victime à Paris. Lire p. 6.

Louis Kehlweiler jeta le journal du jour sur sa table. Il en avait assez vu et n’avait pas l’intention de se ruer page six. Plus tard, peut-être, quand toute l’histoire serait calmée, il découperait l’article et le classerait.

Il passa dans la cuisine et s’ouvrit une bière. C’était l’avant-dernière de la réserve. Il inscrivit un grand « B » au bic sur le dos de sa main. Avec cette canicule de juillet, on était obligé d’accroître notablement sa consommation. Ce soir, il lirait les dernières nouvelles sur le remaniement ministériel, la grève des cheminots et les melons déversés sur les routes. Et il sauterait paisiblement la page six.

Chemise ouverte et bouteille en main, Louis se remit au travail. Il traduisait une volumineuse biographie de Bismarck. C’était bien payé, et il comptait bien vivre plusieurs mois aux crochets du chancelier de l’Empire. Il progressa d’une page puis s’interrompit, les mains levées au-dessus du clavier. Sa pensée avait quitté Bismarck pour s’occuper d’une boîte à ranger les chaussures, avec un couvercle, qui ferait soigné dans le placard.

Assez mécontent, il repoussa sa chaise, fit quelques pas dans la pièce, se passa la main dans les cheveux. La pluie tombait sur le toit en zinc, la traduction avançait bien, il n’y avait pas de raison de s’en faire. Pensif, il passa un doigt sur le dos de son crapaud qui dormait sur le bureau, installé dans le panier à crayons. Il se pencha et relut à mi-voix sur son écran la phrase qu’il était en train de traduire : « Il est peu probable que Bismarck ait conçu dès le début de ce mois de mai… ». Puis son regard se posa sur le journal plié sur sa table.

Le tueur fait une seconde victime à Paris. Lire p. 6. Très bien, passons. Ça ne le regardait pas. Il revint à l’écran où attendait le chancelier de l’Empire. Il n’avait pas à s’occuper de cette page six. Ce n’était plus son boulot, tout simplement. Son boulot à présent, c’était de traduire des machins d’allemand en français et de dire aussi bien que possible pourquoi Bismarck n’avait pas pu concevoir un truc au début de ce mois de mai. Quelque chose de calme, de nourricier, et d’instructif.

Louis tapa une vingtaine de lignes. Il en était à « car rien n’indique en effet qu’il en ait alors pris de l’humeur » quand il s’interrompit à nouveau. Sa pensée était revenue butiner sur cette affaire de boîte et cherchait obstinément à régler la question du tas de chaussures.

Louis se leva, sortit la dernière bière du frigo et but à petits coups au goulot, debout. Il n’était pas dupe. Que ses pensées s’acharnent du côté des astuces domestiques était un signal à considérer. À vrai dire, il le connaissait bien, c’était un signal de déroute. Déroute des projets, retraite des idées, discrète misère mentale. Ce n’était pas tant qu’il pense à son tas de chaussures qui le souciait. Tout homme peut être amené à y songer en passant sans qu’on en fasse une histoire. Non, c’était qu’il puisse en tirer du plaisir.

Louis avala deux gorgées. Les chemises aussi, il avait pensé à ranger les chemises, pas plus tard qu’il y a une semaine.

Pas de doute, c’était la débâcle. Il n’y a que les types qui ne savent plus quoi foutre d’eux mêmes qui s’occupent de réorganiser à fond le placard à défaut de raccommoder le monde. Il posa la bouteille sur le bar et alla examiner ce journal. Parce qu’au fond, c’était à cause de ces meurtres qu’il était au bord de la calamité domestique, du rangement de la maison de fond en comble. Pas à cause de Bismarck, non. Il n’avait pas de gros problèmes avec ce type qui lui rapportait de quoi vivre. Là n’était pas la question.

La question était avec ces foutus meurtres. Deux femmes assassinées en deux semaines, dont tout le pays parlait, et auxquelles il songeait intensément, comme s’il avait un droit de pensée sur elles et sur leur assassin, alors que cela ne le regardait en rien.

Après l’affaire du chien sur la grille d’arbre1, il avait pris la décision de ne plus se mêler des crimes de ce monde, estimant ridicule d’entamer une carrière de criminaliste sans solde, sous prétexte de sales habitudes contractées en vingt-cinq ans d’enquêtes à l’Intérieur. Tant qu’il avait été chargé de mission, son travail lui avait paru licite. À présent qu’il était livré à sa seule humeur, ce boulot d’enquêteur lui semblait prendre de louches allures de chercheur de merde et de chasseur de scalps. Fureter sur le crime tout seul, quand personne ne vous a sonné, se jeter sur les journaux, entasser les articles, qu’est-ce que ça devenait d’autre qu’une scabreuse distraction, et qu’une douteuse raison de vivre ?

C’est ainsi que Kehlweiler, homme prompt à se soupçonner lui-même avant que de soupçonner les autres, avait tourné le dos à ce volontariat du crime, qui lui paraissait soudain chanceler entre perversion et grotesque, et vers laquelle semblait tendre la part la plus suspecte de lui-même. Mais, à présent stoïquement réduit à la seule compagnie de Bismarck, il surprenait sa pensée en train de s’ébattre dans le dédale du superflu domestique. On commence avec des boîtes en plastique, on ne sait pas comment ça se termine.

Louis laissa tomber la bouteille vide dans la poubelle. Il jeta un oeil sur son bureau où, menaçant, reposait le journal plié. Le crapaud, Bufo, était provisoirement sorti de son sommeil pour venir s’installer dessus. Louis le souleva doucement. Il estimait que son crapaud était un imposteur. Il affectait d’hiberner, en plein été en plus, mais c’était une feinte, il bougeait sitôt qu’on ne le regardait plus. Pour dire le fond des choses, Bufo, sous le coup de la condition domestique, avait perdu tout son savoir au sujet de l’hibernation, mais il refusait de l’admettre, parce qu’il était fier.

— Tu es un puriste imbécile, lui dit Louis en le reposant dans le panier à crayons. Ton hibernation à la noix n’impressionne personne, qu’est-ce que tu te figures ? Tu n’as qu’à faire ce que tu sais faire, et puis c’est tout.

Louis but une gorgée. D’une main lente, il fit glisser le journal vers lui. Il hésita une seconde puis l’ouvrit à la page six. Le tueur fait une seconde victime à Paris.

Posté par aproposdelivres à 07:39 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,