le_coeur_en_dehors Grasset & Fasquelle – août 2009 – 296 pages

Présentation de l'éditeur
"Tu sais Charly, il faut aimer dans la vie, beaucoup... Ne jamais avoir peur de trop aimer. C'est ça, le courage. Ne sois jamais égoïste avec ton cœur. S'il est rempli d'amour, alors montre-le. Sors-le de toi et montre-le au monde. II n'y a pas assez de cœurs courageux. II n'y a pas assez de cœurs en dehors... "

Biographie de l'auteur
Samuel Benchetrit est né en 1973. Il est écrivain (Chroniques de l'asphalte), cinéaste (J'ai toujours rêvé d'être un gangster) et dramaturge (Moins 2).

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J'ai trouvé ce livre très émouvant. Le narrateur Charly est un petit garçon d'origine malienne qui vit dans une cité de la banlieue parisienne avec sa mère et Henri, son frère aîné. Son père les a abandonnés lorsque Charly avait un mois. Un matin, lorsqu’il part au collège, Charly va être témoin de l’arrestation de sa mère par la police. Il ne comprend pas pourquoi et il décide de chercher son frère. Le lecteur va suivre cette journée particulière de Charly, il part dans une errance à travers sa cité et il nous raconte ses copains, Yéyé et Karim, le collège, son amoureuse Mélanie Renoir, son frère Henry qui se drogue, sa mère Joséphine, est une femme digne et respectable qui fait tout pour élever ses enfants mais qui est sans-papiers. Le regard que pose Charly sur sa « cité » est à la fois drôle, naïf mais juste. Au début du livre, il croit que Rimbaud n’est qu’une tour, dans les dernières pages il sait que c’est un poète et il a aimé lire certains de ses poèmes. Charly est un petit garçon drôlement attachant et ce livre est à la fois plein de tendresse et d’humour. On peut être surpris par le style très actuel avec un langage parlé de jeune adolescent mais on s'y habitue très vite. A découvrir sans tarder.

Extrait : (début du livre)

Au début, je croyais que Rimbaud c’était une tour. Parce qu’on dit la tour Rimbaud. Et puis mon copain Yéyé m’a raconté que Rimbaud était un poète. Je voyais pas pourquoi on avait donné le nom d’un poète à ma tour. Yéyé a dit que c’était parce qu’il était connu et mort depuis longtemps. Je lui ai demandé s’il était mort après avoir vu la tour. Yéyé a dit que non, il était mort vraiment avant. J’ai dit que valait mieux pour lui, parce que la tour est sacrément moche et qu’il aurait eu drôlement les boules d’avoir son nom sur un truc pareil. Yéyé a dit que lui aimerait bien qu’on donne son nom à des machins. Je lui ai dit que je trouvais débile d’habiter tour Yéyé. Il m’a dit d’aller me faire foutre et que mon nom c’était pas mieux.

Je m’appelle Charly.

- Tour Charly ça fait encore plus con que tour Yéyé.

J’étais d’accord mais je lui ai quand même dit d’aller se faire foutre.

On a continué à parler comme ça, parce qu’il y a un paquet de poètes qui ont des choses à leur nom dans le quartier. Tour Verlaine. Cité Hugo. Centre d’activité Guillaume Apollinaire. Et tous ces machins sont plus moches les uns que les autres. Mais les poètes sont morts avant de le savoir, alors ça va. Monsieur Hidalgo, qui donne des cours de je sais pas quoi au collège où allait mon frère Henry, dit que c’est une honte de se servir de l’art pour habiller des horreurs. Mais la plupart des gens s’en moquent, parce que les cités et les tours sont baptisées autrement. Par exemple, ceux qui habitent tour René Char ne disent jamais qu’ils habitent tour René Char. Ils disent la tour bleue. Je sais pas pourquoi ils l’appellent comme ça parce que la tour est pas franchement bleue. Et entre nous, je peux vous dire qu’elle est grise. Mais allez savoir pourquoi, ils disent bleue. Pareil avec la cité picasso qui se trouve de l’autre côté du centre commercial. Personne ne dit jamais cité Picasso. Même s’il y a un arrêt de bus Picasso. Les gens disent cité des Rapaces. Et je vous jure qu’il n’y a pas plus de Picasso que de rapaces dans cette cité.