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Gallimard – août 2004 – 257 pages

Folio – mai 2008 – 391 pages

Présentation de l'éditeur
Lorsque la rumeur commence à se propager dans la ville, elle parvient tout naturellement aux oreilles de Lena. On murmure qu'un jeune homme, presque un adolescent, hante le parc voisin, racontant des histoires aux enfants venus y jouer. Il est revenu... lui dont elle n'a jamais parlé à quiconque, l'homme qui a partagé ses jeux d'enfant... son frère. La seule personne qu'elle informe de cette réapparition est sa mère avec laquelle elle ne communiquait plus depuis des années. Depuis la mort de son père. Depuis le jour où son frère a disparu...
Aujourd'hui, Lena est mariée à un homme qui ne sait rien de sa vie passée et dont elle a un petit garçon. Pour autant, elle ne cesse de penser à l'adolescent qui a élu domicile dans le parc et ne peut s'empêcher, à l'insu de tous, de partir à sa rencontre...

Biographie de l'auteur
Dominique Mainard a publié quelques recueils de nouvelles et plusieurs romans parmi lesquels on peut citer : Le second enfant Grand Prix Prométhée de la nouvelle, 1994, et Le grenadier, Editions Gallimard,1997. Paraissent aux Editions Joëlle Losfeld La maison des fatigués, 2000, Le grand fakir, 2001, et Leur histoire en 2002 pour lequel l'auteur a obtenu le Premier Prix du roman FNAC et le prix Alain-Fournier.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

C’est une histoire poignante, pleine de tendresse mais aussi de détresse. Un livre où l’on trouve plein de secrets, de souvenirs, d'émotion et de non-dits. Lena a un mari, Adem, qui l’aime, un fils Mehli qui l’adore. Un jour, elle croit voir réapparaître un fantôme du passé : son petit frère avec qui Lena était si proche lorsqu’ils étaient enfants. Il a fuit l’hôpital et s’est réfugié dans le parc. Le récit bascule sans cesse entre réalité et imaginaire, entre le passé et le présent. Les personnages sont uniques, mystérieux et très attachants, l’histoire est tout en poésie.

Extrait : (début du livre)
J'étais chez le boucher quand j'ai entendu dire que quelqu'un vivait dans le parc de la ville, et aussitôt j'ai pensé que ce quelqu'un ne pouvait être que toi. Deux femmes discutaient en attendant leur tour et je fixais des yeux les carcasses exposées sur l'étal, quel lieu étrange où retrouver ta trace, me disais-je, mais en vérité où aurais-je pu entendre à nouveau parler de toi sinon en ces lieux si rouges, emplis d'une odeur de sang à peine masquée par un déodorant fleuri ?

Tout bas j'ai murmuré les mots prononcés autrefois – nous avons chevauché des chevaux morts - et aussitôt j’ai été submergée par une violente nausée. J’ai porté la main à mon visage, pressé ma manche contre ma bouche en respirant très fort l’odeur de pluie et de lessive pour lutter contre le vertige. Elles continuaient à parler de toi en t’appelant ce clochard, ce vagabond. Parfois il dresse une sorte de petit théâtre dans la parc avec des bouts de planche, disaient-elles, il raconte des histoires aux enfants, aux promeneurs, on lui donne un peu d’argent ou quelque chose à manger et c’est de cela qu’il vit. Une fois la représentation terminée il ramasse ses planches, enveloppe ses marionnettes dans un bout de tissu et disparaît dans les profondeurs du parc. Parfois on le trouve du côté des poneys harnachés qui promènent les enfants au moment des beaux jours, pour quelques pièces il leur porte des seaux d’eau, les brosse et balaie leur crottin. Personne ne sait où il dort, peut-être au-delà du bassin, dans le bois presque sauvage envahi de broussailles. Les petits adorent ses histoires, disaient les femmes, d’ailleurs ce ne sont pas ses seuls spectateurs, des vieilles dames du quartier et des promeneurs viennent l’écouter eux aussi. Mais quand même est-ce prudent, on entend tellement d’histoires, un jour on retrouvera peut-être le théâtre abandonné parmi les herbes, le vagabond disparu et un enfant envolé à jamais. Certes il a l’air doux et simple jusqu’à la bêtise, mais peut-on se fier à un langage enfantin, un visage d’ange ?   

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