03 octobre 2009

La Reine des lectrices - Alan Bennett

la_reine_des_lectrice Edition Denoël – janvier 2009 – 173 pages

Présentation de l'éditeur
Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor. C'est en maître de l'humour décalé qu'Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.

Biographie de l'auteur
Né en 1934 à Leeds,
Alan Bennett est une star en Grande-Bretagne, où ses pièces de théâtre, ses séries télévisées et ses romans remportent un succès jamais démenti depuis plus de vingt ans. La Reine des lectrices est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Avec un ton légèrement irrévérencieux, un esprit totalement British, ce livre est un vrai moment de bonne humeur, il nous parle de lectures et de lecteurs. C’est un peu par hasard que la Reine découvre un bibliobus à proximité de Buckingham Palace. Par politesse, elle emprunte un livre, puis deux et la reine devient rapidement une lectrice compulsive anonyme, elle n’a plus qu'une idée en tête : lire ! Mais cela n'enchante pas du tout son entourage en particulier le Premier Ministre et son secrétaire sir Kevin car la Reine délaisse ses obligations royales... Grâce à la lecture, la reine devient très attachante, sympathique, humaine proche des gens. Les personnages qui entourent la Reine sont dépeints avec beaucoup d'humour et l'on découvre aussi comment fonctionne la Cour d'Angleterre. Ce livre se lit très facilement et la chute est inattendue... Une seule petite réserve, c’est sur la forme, j’ai trouvé dommage que ce livre n'ait aucun chapitre, tout est à la suite, ce qui n'est pas très pratique pour interrompre sa lecture.

Extrait : (page 9)

C’étaient les chiens qui avaient tout déclenché. En général, après s’être promenés dans le jardin, ils remontaient les marches du perron, où un valet de pied venait leur ouvrir la porte. Ce jour-là cependant, pour dieu sait quelle raison, ils avaient traversé la terrasse en aboyant, la truffe en l’air, avant de redescendre les marches à toute allure et de disparaître à l’angle du bâtiment. La reine les entendit japper dans l’une des cours intérieures, comme s’ils en avaient après quelqu’un.

Il s’agissait en l’occurrence du bibliobus de la commune de Wesminster, un véhicule aussi imposant qu’un camion de déménagement et garé près des poubelles, à deux pas de la porte qui rejoignait les cuisines, de ce côté-là. La reine mettait rarement les pieds dans cette partie du palais et n’avait jamais aperçu le bibliobus auparavant. Les chiens non plus, du reste, ce qui expliquait leur tapage. Ne parvenant pas à les calmer, elle monta les quelques marches qui permettaient d’accéder à l’intérieur du véhicule, afin de s’excuser pour ce vacarme.

Le chauffeur était assis derrière son volant et lui tournait le dos, occupé à coller une étiquette sur un livre quelconque. Le seul client en vu était un jeune rouquin efflanqué en salopette blanche, qui lisait assis par terre dans la travée. Aucun d’eux n’avait vu apparaître la nouvelle arrivante, qui toussota avant de déclarer : - Je suis désolée de cet affreux tapage.

En l’entendant, le chauffeur  se redressa si brusquement qu’il se cogna le crâne contre l’étagère des ouvrages de référence. Quand au jeune homme, il renversa carrément le rayon consacré à la mode et à la photographie en se relevant dans la travée.

- Voulez-vous bien vous taire, stupides créatures, lança-t-elle à ses chiens en passant à nouveau la tête par la porte du bibliobus.

Cela laissa le temps au chauffeur/bibliothécaire de reprendre ses esprits et au jeune homme de ramasser ses livres – ce qui était d’ailleurs le but de la manœuvre.

- Nous n’avons jamais eu l’occasion de vous rencontrer jusqu’ici, monsieur…

- Hutchings, Votre majesté. Je passe tous les mercredis.

- Vraiment ? Je l’ignorais. Venez-vous de loin ?

- Seulement de Westminster, Madame.

- et vous, jeune homme, vous êtes…

- Norman, Madame, Norman Seakins.

- Et vous travailler…

- Aux cuisines, Madame.

- Oh… Et cela vous laisse le temps de lire ?

- Pas exactement, Madame.

- je suis dans le même cas que vous. Mais puisque je suis venue jusqu’ici, il ne serait sans doute pas déplacé que je vous emprunte un livre.

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Darling – Jean Teulé

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Julliard – septembre 1999 – 242 pages

Pocket – avril 2000 – 242 pages

Pocket – novembre 2007 – 242 pages

Présentation de l'éditeur
Elle voulait qu'on l'appelle " Darling ". Elle y tenait ! Pour oublier les coups reçus depuis l'enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent. Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les " Darling " du monde. Elle a rencontré Jean Teulé. Il l'a écoutée et lui a écrit ce roman.

Auteur : Né à Saint-Lô en 1953, homme aux multiples facettes, Jean Teulé a commencé par la bande dessinée, avant de se lancer dans l'univers du petit écran avec des émissions comme 'L' Assiette anglaise', aux côtés de Bernard Rapp, ou 'Nulle part ailleurs sur Canal +'. Mais c'est bel et bien l'écriture qu'il préfère. Il commence donc à publier des romans comme 'Rainbow pour Rimbaud' en 1991 - qu'il adapte ensuite au cinéma - ''Darling' en 1998, 'O'Verlaine' en 2004 ou encore 'Le Magasin des suicides' en 2007. L'année suivante, il se plonge à nouveau dans la littérature et offre 'Le Montespan', un roman historique drôle salué par la critique.

 

Mon avis : (lu en 2000 et relu en septembre 2009)

C'est une histoire dure et bouleversante. C'est une histoire vraie. Darling c’est Catherine Nicolle, elle est allée rencontrer Jean Teulé pour lui raconter sa vie. Une vie de souffrance depuis sa plus tendre enfance. Elle n’est pas aimée par ses parents, des paysans qui préfèrent ses frères, elle ne veut pas « devenir paysante » et elle rêve de d’épouser un routier. Son rêve se réalisera mais dès le jour du mariage sa vie tourne au cauchemar : son mari, Joël, dit Roméo est alcoolisé et violent, elle aura 3 enfants Kevin, Tom et Océane qui eux aussi seront des victimes. Un jour, elle coupe la corde avec laquelle Roméo venait de se pendre, et elle s’en voudra toujours de lui avoir sauvé la vie !

Malgré cette vie de martyre, Darling a une force surprenante pour rebondir et aller de l’avant.

L'auteur utilise un style assez désinvolte qui permet de prendre de la distance avec la réalité sordide et cruelle du sort de la pauvre Darling. Il intercale aussi dans le récit des extraits de ses dialogues avec Darling. A travers ses dialogues, on ressent parfaitement toute l’humanité de Jean Teulé.

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A partir de ce livre un film a été réalisé par Christine Carriere avec Marina Foïs et Guillaume Canet. Il est sortie novembre 2007. Je ne l’ai pas vu.

Extrait : (page 16)

- Maman m'a souvent accusée d'avoir déclenché la panique à cette Saint-Luc de 65. Chaque fois qu'elle était en colère, elle me le reprochait : « Tu as toujours été une emmerdeuse ! Déjà, deux heures avant ta naissance, tu as gâché la fête et fait chier le monde ! » « Toi aussi, maman, je t'ai fait comme tu dis ? » « Oui ! » qu'elle me répondait... De toute façon, moi, c'est vrai que partout où je suis passée, ça été la merde. Par exemple, la première fois où je suis allée à la messe, le curé est mort pendant le sermon ! J'étais toute petite. Je ne devais pas avoir quatre ans...

Lorsqu'elle était très jeune, quelquefois, le jeudi, pendant que les deux fils aidaient la mère aux travaux agricoles, Georges emmenait sa fille avec lui, chez des fermiers de la régions, pour y acheter des vaches. Mais comme Catherine en avait peur, ce jour-là, sur la place d'un village, son père lui dit : - Pendant que je négocie les bestiaux, toi, file à la messe. Ça ne te fera pas de mal ! Et puis quand ce sera fini, tu me rejoindras dans la bétaillère. Et il mit sa casquette pour aller discuter tandis que l'enfant se dirigeait vers l'église... Mais en revenant, Georges retrouva sa fille sur le siège du passager, buvant un Fanta orange qu'une dame lui avait offert en lui disant : « Ma pauvre petite, c'est tout de même pas de chance... »

Le père surpris dit à Catherine : - Déjà là, toi ? Tu n'es pas allée à la messe alors, désobéissante !

- Si papa, mais quand le curé m'a vu, il est mort... Alors Georges, pendant qu'elle buvait sans faire attention, lui a retourné le revers d'une main de maquignon dans la figure.

- Ça m'a cassé le goulot dans la bouche. Regarde, j'ai encore la lèvre fendue, là, à l'intérieur. De toute façon, moi, il n'y a pas un pouce de ma chair ou de mon âme qui ne porte pas la marque d'une mutilation, qui ne soit la mémoire d'une plaie, alors...

Alors, malgré l'agitation qui régnait devant l'église, Georges, enfonçant son propre mouchoir dans la bouche de sa fille pour panser la plaie du goulot et surtout ne plus l'entendre, lui déclara en démarrant : - Raconteuse d'histoires ! C'est la dernière fois que je t'emmène avec moi. T'es trop conne !

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