le_japon_n_existe_pas Éditions Métaillié – mai 2009 – 158 pages

traduit de l'espagnol François Gaudry

Présentation de l'éditeur
Voyageurs qui n'aimez pas les longues attentes dans les aéroports, ce livre est pour vous. Dans un terminal, un balayeur affable et disert bavarde avec les passagers en attente, devine leur destination, leur donne des conseils, raconte des histoires passionnantes sur ses voisins, flirte avec la vendeuse de journaux. Il propose même à ses interlocuteurs en partance pour Tokyo une théorie originale: "Le Japon n'est qu'une façade. Une opération marketing comme une autre. On l'a inventé pour vendre de la technologie et ça a marché. Made in Japan est aujourd'hui le meilleur label pour vendre une voiture ou un téléviseur." D'histoire en histoire cet étrange balayeur nous surprend avec humour et bonheur. Le premier roman plein d'ironie et d'énergie d'un jeune homme prometteur.

Biographie de l'auteur
Alberto Torres-Blandina vit à Valence. Il est musicien, chanteur-compositeur et enseigne l'espagnol. Ce livre a reçu le Prix Las Dos Orillas qui consiste en la publication simultanée en Italie, Grèce, Espagne, Portugal et France.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Il s'appelle Salvator Fuensanta, c'est un vieil homme à quelques semaines de la retraite, il est balayeur dans un aéroport espagnol. Il aime bavarder et raconter des histoires aux voyageurs qui attendent leur embarquement. Nous suivons donc le monologue de cet homme et ses récits qui se suivent au gré des rencontres. Ses histoires sont plus ou moins réalistes ou empreintes de sagesse : le lecteur découvrira : les dessous du code de la drague qui existe dans tous les aéroports du monde, les amours compliqués de Rosalia et Roberto, l'existence du Club des Désirs Impossibles, Pau le poète faussement finlandais, la vie cruelle d'Eduardo qui est parti en Inde chercher le renouveau de l'être humain, mais aussi la non existence du Japon concept marketing créé de toutes pièces...

Un roman décalé, très dépaysant qui est à la fois plein de poésie et d'humour.

Extrait : (page 58)

Mademoiselle ! Vous avez oublié votre livre sur le siège !
De rien. J'ai vu que vous partiez et je me suis rendu compte que vous alliez oublier quelque chose. Tenez, le voilà : Baudelaire, Les Fleurs du mal. Je vois que vous le lisez en français... Vous êtes française ? Non, bien sûr, je trouvais que vous n'aviez pas tellement une tête de Française...
Eh bien, je ne sais trop comment décrire une « tête de Française ». Après tant d'années ici, je pourrais vous dire qui est de Paris et qui d'une autre ville, mais ne me demandez pas de vous expliquer, je ne saurais pas. Ça tient à de petits détails...
Moi ? Non, je ne l'ai pas lu. Je ne connais presque rien en poésie. Enfin, je connais un poète... mais ce n'est pas un poète important...
Je ne crois pas que vous le connaissiez. Il est finlandais...
Exact ! C'est Jussi Latval. Vous l'avez lu ? Incroyable ! Il n'y a pas longtemps j'ai fait la connaissance d'un couple qui était tombé amoureux grâce à un de ses poèmes... Oui, c'est ce que je leur ai dit, que c'était un peu bizarre de tomber amoureux avec ces poèmes, si existentiels...
Comment dites-vous ? Derrière la routine des lèvres / Maintenant dans mon demi-sommeil / Enfin je t'embrasse... Non, je ne le connaissais pas. C'est peut-être celui-là. Il a dû l'écrire dernièrement...
Oui, oui, je sais qu'il est mort et que les morts n'écrivent pas... Mais ce mort est un peu spécial... Il a rendu l'âme dans cet aéroport. Vous le saviez ? Non ? Eh bien, maintenant vous le savez.
Que savez-vous de plus sur Jussi ? ... Ce que vous avez lu sur Internet. Il y a beaucoup de sites sur lui ? C'est vrai ? Je vais vous raconter quelque chose. Vous avez cinq minutes ? Bon, venez avec moi, on va s'asseoir là, parce que rester debout toute la journée...