la_1_gorgee_de_biere Gallimard – février 1997 – 91 pages

Présentation de l'éditeur
« C’est facile, d’écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s’ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l’ongle de l’index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d’un seul doigt. La dernière est si minuscule... L’écossage des petits pois n’est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes mais c’est bien de prolonger, d’alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis il y aura juste le pain à aller chercher. »
« Mise en scène avec humour par France Jolly, sept comédiens fort sympathiques nous font partager des instants qui valent moins que rien, mais comptent plus que tout » (Le Nouvel Observateur).

Auteur : Philippe Delerm est un écrivain français né le 27 novembre 1950 à Auvers-sur-Oise. Il est enseignant de lettres au collège Marie Curie (Bernay, Normandie). Surtout connu pour ses recueils de textes brefs comme La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997) et Enregistrements pirates (2004), Philippe Delerm a aussi publié en 1990 Autumn, roman pour lequel il a obtenu le prix Alain-Fournier de même que Sundborn ou les jours de lumière, en 1997, qui a pour sa part reçu le prix des libraires. Il est marié avec Martine Delerm, illustratrice de littérature jeunesse, avec laquelle il a un fils, Vincent Delerm, auteur-compositeur-interprète.

Mon avis : (lu en février 2004)

L'auteur nous évoque trente-quatre petits plaisirs de la vie qui nous rappellent notre enfance, notre adolescence ou notre simple quotidien comme écosser des petits pois, manipuler un Opinel, l'odeur d'une pomme, marcher sur le bord d'un trottoir…

L'écriture est précise et pleine de poésie, l’auteur donne de la beauté à des sensations ou des gestes terriblement banals.

Ce livre doit se savourer, en prenant tout son temps, il faut lire une histoire à la fois pour bien profiter de chacun de ces plaisirs si évocateurs.

Extrait :
"C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas
bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tous près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher."