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Robert Laffont – mars 2005 – 528 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Robert Latour

Présentation de l'éditeur
April et Frank Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant : ils s'efforcent de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment ? Jouent-ils à s'aimer ? Se haïssent-ils sans se l'avouer ?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate.

Biographie de l'auteur
Richard Yates naît en 1926 dans l'État de New York. Après une enfance instable dominée par le divorce de ses parents, il rejoint l'armée et est envoyé en France, puis en Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale. De retour à New York au début des années 1950, il devient journaliste puis nègre - il écrit pendant un temps les discours du sénateur Robert Kennedy - et travaille ensuite dans la publicité. En 1961, paraît avec succès aux États-Unis La Fenêtre panoramique (aujourd hui adapté au cinéma sous le titre Les noces rebelles et réédité dans la collection « Pavillons poche »). Après la publication de ce premier roman, finaliste du National Book Award, Richard Yates enseigne entre autres à l'université de New York et de Boston et continue d écrire jusqu à sa mort en 1992.

 

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est tout d'abord la couverture de ce livre qui m'a attirée lorsque je l'ai découvert dans les blogs, ensuite le film est sortie et la couverture a été changée (dommage... heureusement il s'agit d'une sur-couverture).

Ce livre nous raconte le destin tragique d'un couple américain dans les années 50. Ils font partie de la classe moyenne, ils ont deux jeunes enfants. Leur vie est d'une banalité qui les désole : ils habitent dans une banlieue anonyme, leur vie de couple est houleuse, Frank a un travail plus alimentaire qu'intéressant... Ils souhaiteraient tellement ne pas ressembler à tout le monde et surtout pas à leurs voisins. April propose donc à Frank de quitter son travail et de partir en Europe avec leur deux enfants. Mais leurs projets vont être différés car April tombe enceinte.

Avec un ton souvent désabusé et parfois ironique mais toujours très juste, l'auteur nous décrit avec beaucoup de précisions les sentiments de Frank et d'April ainsi que les nombreux personnages gravitant autour d'eux.

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Une adaptation de ce livre a été faite avec le film «  Les Noces Rebelles » réalisé par Sam Mendes en 2008 et sortie en France le 21 janvier 2009, avec Kate Winslet dans le rôle d'April et Leonardo DiCaprio dans le rôle de Frank

Extrait : (page 200)

Pour les enfants aussi, ce fut une période étrange. Que signifiait exactement : « partir pour l'Europe en automne »? Et pourquoi donc leur mère leur répétait-elle sans cesse que ce serait très drôle, comme si elle supposait qu'ils n'en étaient pas sûrs ? Et d'ailleurs, pourquoi se montrait-elle si fréquemment bizarre ? L'après-midi, elle les serrait contre elle et elle leur posait des questions dans un élan d'effervescence digne d'une veillée de Noël ; et puis, pendant qu'ils lui répondaient, ils la voyaient devenir distraite ; une minute plus tard, elle leur disait : « Oui, mes chéris ; mais ne parlez pas tout à fait autant, voulez-vous ? Une pause pour maman ! »

Et quand leur père rentrait à la maison, ils ne comprenaient pas davantage : il les projetait en l'air et les transportait à bout de bras à travers toute la maison (à croire qu'ils étaient en avion) jusqu'à ce qu'ils eussent le vertige, mais jamais plus avant d'avoir passé un long moment à saluer leur mère près de la porte de la cuisine. Et cette manie de parler pendant tout le dîner ! Impossible pour l'un ou l'autre des enfants de glisser un mot dans la conversation... Michael découvrit qu'il pouvait se trémousser sur sa chaise, répéter à satiété des petites phrases idiotes de bébé dans un monologue perçant et se bourrer la bouche de purée de pomme de terre en faisant pendre sa mâchoire sans encourir le moindre reproche des adultes ; quant à Jennifer, elle restait assise toute droite devant la table, sans daigner regarder son père ; elle feignait de prendre un grand intérêt aux propos de ses parents, et cependant un peu plus tard, impatiente d'aller au lit, elle se décidait à quitter la table d'elle-même, tout tranquillement, en suçant son pouce.

Il y avait au moins quelque chose de consolant : ils pouvaient se coucher sans craindre d'être réveillés une heure plus tard par les bruits soudains d'une dispute (portes claquées, respirations oppressées, coups de poing sur les meubles). Cela, apparemment, était révolu. A présent ils pouvaient somnoler avec, pour fond sonore, deux voix aimables dans un living-room, dont les modulations alternées façonnaient lentement le contour de leurs rêves. Si plus tard ils se réveillaient pour se retourner et chercher du bout de l'orteil une place plus fraîche sous les draps, ils retrouvaient encore ce bruit de fond : une voix de basse, une voix douce et musicale, aussi substantielles et aussi rassurantes qu'une frange bleue de montagnes dans le lointain.