28 juillet 2009

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi - Arto Paasilinna

les_dix_femmes_de_l_ing_nieur Denoël – mai 2009 – 257 pages

traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Présentation de l'éditeur
Rauno Rämekorpi, un riche industriel finlandais, fête ses soixantes ans. Comme le veut la coutume, les invités ont afflué chez le héros du jour les bras chargés de cadeaux et de fleurs. Mais Mme Rämekorpi est allergique au pollen et Rauno se voit donc prié, à peine le dernier convive parti, de convoyer les fleurs à la décharge sans même prendre la peine d'ôter sa queue-de-pie. En chemin, l'heureux sexagénaire a soudain une bien meilleure idée : il offrira les bouquets à ses nombreuses maîtresses. Commence alors une tournée qui va mener ce noceur impénitent d'une alcôve à l'autre dans un déluge de libations et de bonne chère. Hilares, nous suivons les drôles de péripéties de ce vieux séducteur et de ses décapantes compagnes. Le succès est tel que Rauno décide de réitérer sa généreuse virée à l'occasion des fêtes de fin d'année. Mais le vent semble entre-temps avoir tourné pour notre don Juan déguisé en Père Noël... Une farce aux accents rabelaisiens, une réjouissante galerie de portraits de femmes victimes d'un héros qu'on adorera détester !

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël. Citons entre autres Le Meunier hurlant, La cavale du géomètre, Le Lièvre de Vatanen, La Douce empoisonneuse, Prisonniers du paradis, Petits suicides entre amis, Un homme heureux, Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen, Le Cantique de l'apocalypse joyeuse. 

Mon avis : (lu en juillet 2009)

Chaque année, un nouveau "Paasilinna" est publié. J'ai trouvé les premiers originaux et vraiment formidables nous permettant de découvrir la Finlande et les finlandais à travers des histoires pittoresques. Mais les deux derniers, je les ai trouvé un peu long. Pour celui-ci, j'ai également été déçu. Je ne rajouterai rien à la présentation de l'éditeur concernant le résumé du livre. Cela commence comme une aventure souvent drôle et burlesque mais elle va vite s'essouffler et nous ennuyer. Dommage.

Extrait : (début du livre) ici

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Le Montespan - Jean Teulé

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Julliard – mars 2008 – 352 pages

Pocket – mars 2009 – 306 pages

Présentation de l'éditeur
Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan... Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

Biographie de l'auteur
Jean Teulé a notamment publié chez Julliard : Rainbow pour Rimbaud, Darling, Les Lois de la gravité, Ô Verlaine !, Je, François Villon et Le Magasin des suicides.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

Ce livre repose sur des faits historiques à la Cour de Louis XIV et l'on découvre de nombreuses anecdotes les us et coutumes de cette époque. En effet, on connait La Montespan, la maîtresse de Louis XIV, dans ce livre l'auteur nous raconte l'histoire de son mari qui continu à être amoureux et qui toute sa vie n'aura de cesse de récupérer sa femme. Osant braver le Roi, il refusera d'être acheté, il échappera à une tentative d'assassinat et finira exilé sur ses propres terres. Il est terriblement touchant ce marquis ainsi que ses enfants abandonnés par leur épouse et mère. A travers son roman, Jean Teulé nous restitue parfaitement l'atmosphère de l'époque des précieuses ridicules, des salons mondains mais aussi des garnisons du Roi. Mais bien sûr, il a aussi beaucoup d'imagination !

Extrait : (page 139)

Le 20 septembre 1668, Montespan retourne à la cour de Saint-Germain-en-Laye où personne ne pensait qu’il aurait le culot de revenir. Et puis il y arrive en quel équipage !…
Devant la grille dorée du domaine royal, s’approche l’étrange attelage du marquis. Sa lourde berline de voyage vert pomme a été repeinte en noir et Louis-Henri a fait remplacer les quatre plumets aux angles du toit par de gigantesques ramures de cerf. Un grand voile de crêpe enveloppe tout le carrosse, lui donne une apparence funèbre, et les chevaux noirs sont parés comme pour un enterrement en grande pompe. Aux dessins de ses armes sur les portières, le Gascon a fait rajouter des cornes.
Les gardes impressionnés laissent passer le carrosse cornu qui vient se garer au centre de la cour pavée. Le marquis, installé à l’intérieur de la caisse suspendue, en descend revêtu des vêtements du grand deuil. Autant l’autre fois il avait longé les murs en douce que, cet après-midi, son arrivée n’est pas discrète. Il porte, devant lui, un chapeau retourné dont on ne voit que l’intérieur.
Il grimpe les marches qui mènent au château, passe devant des maris qui pousseraient bien leur femme dans les bras du monarque pour en tirer des bénéfices. Les façons de ces gens-là, leurs bassesses… La crainte de déplaire au maître broie les âmes, avilit les consciences, et le marquis de Saint-Maurice ricane :
— J’ai proposé au roi les services de ma propre épouse mais, hélas, elle ne lui plaît guère. J’ai pourtant insisté : « Même pas, sire, comme les chevaux de poste que l’on ne monte qu’une fois et que l’on ne revoit plus jamais ? — N’insistez pas, m’a répondu Sa Majesté, je préfère la femme de Montespan. »
Près de Saint-Maurice, une comtesse tient dans son manchon un petit chien qui montre les dents et aboie après le cocu récalcitrant. Louis-Henri tend un index vers sa truffe et ordonne : « Couché, Molière ! »
Dans la salle des pas perdus, le décor est somptueux et son plafond tellement chargé de guirlandes et autres voluptueuses déesses que les visiteurs craignent qu’il ne leur en tombe sur la tête.
Il est 17 heures, Louis-Henri attend que le monarque sorte de son Conseil. Les courtisans, affolés par une pareille audace, s’éloignent. Le marquis reste seul face à la porte par où va sortir le roi. Visage fermé, la main sur le pommeau de son épée, s’il avait présentement un verre d’eau sur la tête il n’en tomberait pas une goutte car il la tient plus droite qu’un cierge.
Le roi sort. Montespan le savait peu grand mais pas à ce point là. Il est de très petite taille qu’il tente de compenser par une raideur. Ses pieds sont chaussés dans des souliers à talons hauts, une fine moustache barre son visage. Ensuite Louis-Henri ne le voit plus car Louis le quatorzième, dos à une fenêtre, s’est arrêté juste devant le soleil. Très à contre-jour et ses ministres gravitant autour de lui, après un court silence, le Gascon entend la petite silhouette éblouie du monarque demander :
— Pourquoi tout ce noir, monsieur ?
Alors que l’étiquette commande de se découvrir devant Sa Majesté, le marquis se coiffe maintenant d’un chapeau gris – le roi les déteste – et répond :
— Sire, je porte le deuil de mon amour.
— Le deuil de votre amour ?
— Oui, sire, il est mort pour moi. Une canaille l’a tué.
Il faut avoir une marque du sang échauffé, le cerveau modelé d’une autre manière que le commun des hommes pour oser, dans cette universelle ruée vers la servitude la plus rampante, élever la tête au-dessus des dos courbés par la prosternation et accuser ainsi l’idole en face.
Les hauts personnages, à l’autre bout de la salle des pas perdus, en sont glacés de terreur. Le bouillant Gascon a dépassé les bornes. Louis XIV ne pourra tolérer cette insulte directement adressée à lui – ce crime de lèse-majesté.
Le marquis, ayant dit, s’incline dans une révérence plus arrogante qu’obséquieuse et devant les courtisans, âme trop amoureuse, il brise son épée à la face du tyran pour ne plus le servir. Puis il tourne le dos au roi avec la plus grande désinvolture. Le bruit décroissant de ses talons va sur le parquet ciré et il regagne son carrosse.
Pareille conduite est inimaginable. Jamais personne ne s’est permis une telle incartade devant Sa Majesté. Tout, feu, eau, nuit, jour, est soumis à la volonté de ce dieu vivant – Espagnol par sa mère, Italien par sa grand-mère – au visage un peu grêlé par la petite vérole.
Le roi ne dit rien et ce silence déclare assez la qualité du crime commis puis il rit :
— Eh bien quoi, je baise sa femme ! Qu’est-ce que je pourrais faire de plus pour lui ?
Tout le monde autour s’esclaffe, forcément d’accord. Le carrosse cornu ne parcourt pas beaucoup de chemin avant que les argousins du roi le rattrapent. Lauzun chevauche en tête et vient, dans la poussière tourbillonnante, se porter à la hauteur de la portière du marquis à qui il crie, au galop :
— Que votre cocher continue et conduise cette berline jusqu’à chez vous, mais il devra s’arrêter pour vous déposer devant Fort-l’Évêque !…
— La prison de la vallée de la Misère ?
J’ai pour vous une lettre de cachet qui autorise le roi à faire emprisonner quiconque lui déplaît, cela pendant une période indéterminée et sans jugement !


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Film : Le hérisson

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Réalisé par Mona Achache avec Josiane Balasko, Garance Le Guillermic, Togo Igawa   

Sortie : le 3 juillet 2009

Mon avis : J'ai trouvé ce film très beau et plein de sensibilité, ayant j'ai lu « L'élégance du hérisson » en janvier 2007 je ne me rappelais pas de tout et j'ai redécouvert cette histoire à travers le film. Je n'ai pas été déçu par cette adaptation : j'ai trouvé Josiane Balasko formidable dans le rôle de Renée, la jeune actrice Garance Le Guillermic dans le rôle de Paloma est vraiment excellente et extrêmement touchante sans oublier Togo Igawa dans le rôle de Kakuro Ozu. Le film terminé, je n'ai plus qu'une seule envie relire « L'élégance du hérisson » !

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La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano

la_solitude_des_nombre_premiers traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Seuil – mars 2009 – 328 pages

Présentation de l'éditeur
Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Maffia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l'adolescence à l'âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s'effleurer et de s'éloigner dans l'effort d'effacer les obstacles qui les séparent. Paolo Giordano scrute avec une troublante précision les sentiments de ses personnages qui peinent à grandir et à trouver leur place dans la vie. Ces adolescents à la fois violents et fragiles, durs et tendres, brillants et désespérés continueront longtemps à nous habiter.

Biographie de l'auteur
Paolo Giordano est né en 1982 à Turin. Il prépare actuellement un doctorat en physique théorique. La solitude des nombres premiers, prix Strega 2008, est son premier roman. Il s'est déjà vendu à plus d'un million d'exemplaires en Italie ; il est traduit dans de nombreux pays.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est un très beau livre sur l'adolescence. Dans leur enfance, Alice a eu un accident qui l'a rendu boiteuse et Mattia a été à l'origine d'un drame familial. L'un et l'autre sont mal dans leur peau. Ils vont se rencontrer à l'âge de quinze ans et ils vont s'aimer et se comprendre à travers leurs souffrances. Mattia a choisi de se réfugier dans les mathématiques, Alice tient les autres à distance derrière son appareil photo. Nous allons suivre leurs vies durant plus de vingt ans. Alice et Mattia sont touchants et l'on ressent parfaitement la difficulté qu'ils ont l'un et l'autre pour grandir et entrer dans le monde des adultes. Un très beau roman.

Extrait : (page 141)

Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-même. Ils occupent leur place dans la série infinie des nombres naturels, écrasés comme les autres entre deux semblables, mais à un pas de distance. Ce sont des nombres soupçonneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. Il lui arrivait de se dire qu'ils figuraient dans cette séquence par erreur, qu'ils y avaient été piégés telles des perles enfilées. Mais il songeait aussi que ces nombres auraient peut-être préféré être comme les autres, juste des nombres quelconques, et qu'ils n'en étaient pas capables. Cette seconde pensée l'effleurait surtout le soir, dans l'entrelacement chaotique d'images qui précède le sommeil, quand l'esprit est trop faible pour se raconter des mensonges.

A un cours de première année, Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les mathématiciens les appellent premiers jumeaux : ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plutôt presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les empêche de se toucher vraiment. Des nombres tels que le 11 et le 13, tels que le 17 et le 19, le 41 et le 43. Si l'on a la patience de continuer, on découvre que ces couples se raréfient progressivement. On tombe sur des nombres premiers de plus en plus isolés, égarés dans cet espace silencieux et rythmé, constitué de seuls chiffres, et l'on a le pressentiment angoissant que les couples rencontrés jusqu'alors n'étaient qu'un fait accidentel, que leur véritable destin consiste à rester seuls. Mais au moment où l'on s'apprête à baisser les bras, découragé, on déniche deux autres jumeaux, serrés l'un contre l'autre. Les mathématiciens partagent la conviction que, pour autant qu'on puisse poursuivre cet exercice, on en trouvera toujours deux autres, même s'il est impossible de déterminer où jusqu'à ce qu'on les découvre.

Mattia pensait qu'Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. Il ne le lui avait jamais dit. Quand il s'imaginait lui confier ces pensées, la fine couche de sueur qui recouvrait ses mains s'évaporait et il n'était plus en mesure de toucher le moindre objet pendant dix bonnes minutes.

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Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - de Mary Ann Shaffer, Annie Barrows

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NIL – avril 2009 – 396 pages

traduit de l'américain par Aline Azoulay

Présentation de l'éditeur
Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis - un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...) délices bien évidemment strictement prohibés par l'occupant. Jamais à court d'imagination, le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d'humanité Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d'autres habitants de Guernesey , découvrant l'histoire de l'île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l'impact de l'Occupation allemande sur leurs vies... Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l'invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.

Biographie de l'auteur
Mary Ann Shaffer est née en 1934 en Virginie-Occidentale. C'est lors d'un séjour à Londres, en 1976, qu'elle commence à s'intéresser à Guernesey. Sur un coup de tête, elle prend l'avion pour gagner cette petite île oubliée où elle reste coincée à cause d'un épais brouillard. Elle se plonge alors dans un ouvrage sur Jersey qu'elle dévore : ainsi naît fascination pour les îles anglo-normandes. Des années plus tard, encouragée à écrire un livre par son propre cercle littéraire, Mary Ann Shaffer pense naturellement à Guernesey. Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est son premier roman, écrit avec sa nièce, Annie Barrows, elle-même auteur de livres pour enfants. Mary Ann Shaffer est malheureusement décédée en février 2008 peu de temps après avoir su que son livre allait être publié et traduit en plusieurs langues.
 

Mon avis : 5/5 (lu en juillet 2009)

J'attendais avec impatience de lire ce livre qui m'avait été conseillé aussi bien à la bibliothèque que dans les blogs. Je me réservais ce livre pour commencer mes vacances, je n'ai pas été déçu au contraire, c'est pour moi un grand coup de cœur ! Au début, cela m'a rappelé le livre d'Hélène Hanff "84 Charing Cross Road" dans sa forme de correspondance, mais il est très différent. A travers un échange de correspondance entre Juliet, ses amis et surtout les membres du fameux "Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey", j'ai découvert la vie quotidienne des habitants de Guernesey durant l'occupation Allemande. Les personnages sont formidables hauts en couleur et très attachants. A travers les nombreuses anecdotes dont le ton peut être grave ou plein d'humour, on imagine parfaitement l'ambiance de l'île et chacun des îliens. J'ai dévoré ce livre comme une «tourte» mais j'ai regretté ma gourmandise, car j'aurai tellement aimé en avoir plus !

Extrait : (page 216)

De Micah Daniels à Juliet 15 mai 1946

Chère Miss Ashton,

Isola m'a donné votre adresse parce qu'elle est persuadée que vous aimeriez voir ma liste.

Si vous deviez m'emmener à Paris, aujourd'hui, et me déposer dans un bon restaurant français, avec des nappes en dentelle blanche, des bougies aux murs et des couverts en argent tout autour des assiettes, eh bien, je vous dirais que tout cela n'est rien, absolument rien, comparé à ma caisse du Vega.

Au cas où vous ne sauriez pas de quoi il s'agit : le Vega est le premier navire de la Croix-Rouge à avoir accosté à Guernesey. C'était le 27 décembre 1944. Il contenait des vivres pour nous tous. Il y a eu cinq autres bateaux après celui-là. Sans eux, nous n'aurions pas pu nous maintenir en vie jusqu'à la fin de la guerre.

Oui, je dis bien nous maintenir en vie ! Cela faisait des années que nous n'avions pas vu de telles denrées. En dehors des bandits du marché noir, personne n'avait plus le moindre grain de sucre. Nos réserves en farine étaient épuisées depuis le 1er décembre 1944. Les Allemands étaient aussi affamés que nous. Il fallait les voir avec leurs ventres gonflés, sans rien à manger pour se réchauffer le corps.

J'étais si fatigué des patates bouillies et des navets que je n'aurais pas tarder à m'allonger et à me laisser mourir si le Vega n'était pas venu à notre secours. Mr Churchill refusait d'autoriser les navires de la Croix-Rouge à nous apporter des vivres, parce qu'il craignait que les Allemands ne se nourrissent avec. Ça peut vous paraître futé comme plan, d'affamer les méchants ! Mais pas à moi. Tout ce que ça me dit, c'est qu'il se foutait qu'on meure tous avec eux.

Et puis, un jour qu'il était mieux luné, il a décidé qu'on pouvait manger. Et au mois de décembre 1944, il a dit à la Croix-Rouge : «  Bon, d'accord, allez-y, nourrissez-les. »

Les cales du Vega contenaient DEUX CAISSES de vivres pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant de Guernesey, Miss Ashton ! Et il y avait d'autres trucs aussi : des clous, des graines à semer, des bougies, de l'huile, des allumettes, des vêtements et des chaussures. Et même un peu de layette pour les nouveau-nés.

Il y avait de la farine et du tabac – Moïse a beau nous rabattre les oreilles de sa manne, il n'a jamais rien vu de tel ! Je vais vous dire tout ce qu'il y avait dans mon carton. J'ai tout noté, pour que ça demeure gravé dans ma mémoire.

J'ai donné mes prunes – des prunes, vous imaginez !

A ma mort, je veux léguer tout mon argent à la Croix-rouge. Je leur ai écrit pour les prévenir.

Mais j'aimerais vous dire autre chose. Les Allemands sont ce qu'ils sont, mais il faut rendre à César ce qui lui appartient. Ils ont déchargé toutes les caisses du Vega et n'ont rien gardé pour eux. Leur commandant les avait prévenus : «Ces vivres sont pour les habitants de l'île, pas pour vous. Volez-en ne serait-ce qu'un gramme et je vous ferai fusiller.» Ensuite, il leur a donné une cuillère à chacun : ils avaient le droit de ramasser et de manger tout ce qui tomberait des paquets percés.

Ils faisaient vraiment peine à voir, ces soldats. Ils volaient dans nos jardins, frappaient à nos portes pour demander des restes. Une fois, j'ai vu l'un d'eux attraper un chat, l'envoyer la tête la première contre un mur, le découper et le cacher dans sa veste. Je l'ai suivi jusqu'à un champ, où il a dépecé l'animal, puis l'a fait bouillir dans sa gamelle et l'a mangé.

Un bien triste spectacle. Ça m'a soulevé le cœur, et en même temps je me suis dit : « Voilà le IIIème Reich d'Hitler qui dîne dehors. » J'ai honte de l'avouer à présent, mais j'ai été pris d'un fou rire à me tenir les côtes.

C'est tout ce que j'avais à dire. Je vous souhaite bonne chance pour votre livre.

Sincèrement, Micah Daniels.

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