08 juillet 2009

Les Naufragés de l'île Tromelin – Irène Frain

les_naufrag_s Michel Lafon – février 2009 – 371 pages

Grand prix du roman historique en 2009

Présentation de l'éditeur
Un minuscule bloc perdu dans l'océan Indien. Cerné par les déferlantes, harcelé par les ouragans. C'est là qu'échouent, en 1761, les rescapés du naufrage de L'Utile, un navire français qui transportait une cargaison clandestine d'esclaves. Les Blancs de l'équipage et les Noirs de la cale vont devoir cohabiter, trouver de l'eau, de la nourriture, de quoi faire un feu, survivre. Ensemble, ils construisent un bateau pour s'enfuir. Faute de place, on n'embarque pas les esclaves, mais on jure solennellement de revenir les chercher. Quinze ans plus tard, on retrouvera huit survivants : sept femmes et un bébé. Que s'est-il passé sur l'île ? À quel point cette histoire a-t-elle ébranlé les consciences ? Ému et révolté par ce drame, Condorcet entreprendra son combat pour l'abolition de l'esclavage.

Auteur : Née à Lorient en 1950, femme de lettres française, Irène Frain, de son vrai nom Irène Frain le Pohon, se consacre totalement à l'écriture après la publication de son roman 'Le Nabab’ pour lequel elle obtient le prix des Maisons de la presse en 1982. L'auteur, qui se dit fortement marquée par son origine bretonne, est agrégée de lettres classiques en 1972. Le début de sa carrière est marqué par son rôle de professeur qu'elle tient au Lycée et à la Sorbonne. En 1976, la jeune femme publie son premier ouvrage 'Quand les Bretons peuplaient les mers'. S'ensuit 'Les Contes du cheval bleu les jours de grand vent'. Très vite, elle se rend compte qu'elle est faite pour écrire. Son roman 'Le Nabab', écrit d'après la vie de René Madec, la lance pleinement dans l'écriture. Forte de cette reconnaissance, elle publie une vingtaine d'ouvrages dont 'Secret de famille' qui reçoit le prix RTL Grand public 1989. On notera aussi sa collaboration avec l'illustrateur André Juillard pour son roman 'La Vallée des hommes perdus'. Dotée d'une carrière bien remplie, Irène Frain est aujourd'hui une femme de lettres reconnue par le monde de la littérature.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est la rencontre d'Irène Frain avec Max Guérout, capitaine de vaisseau passionné d'archéologie, qui est à l'origine de ce livre. Il nous raconte une histoire vraie, bouleversante et passionnante : des faits réels peu glorieux pour les autorités de l'époque.
L’Utile, navire de la Compagnie française des Indes orientales est parti de Bayonne le 17 novembre 1760 avec un équipages de 143 hommes. Après un arrêt à Madagascar pour charger une cargaison clandestine de 160 esclaves, le navire fait naufrage sur l’île de Sable (île de Tromelin), le 31 juillet 1761. Il y aura 122 rescapés dans l'équipage ainsi que 88 esclaves, mais durant les premiers jours 28 esclaves vont mourir de soif. Les hommes creuseront un puits et trouveront de l'eau saumâtre mais potable. Avec les restes de l'épave de L'Utile, les marins vont construire un bateau avec l'aide des esclaves. Mais le bateau de trente-deux pieds de long par douze pieds de large ne pourra embarquer que les français et le 27 septembre, ils quittent l'île en abandonnant les malgaches avec 3 mois de vivres et la promesse de revenir les chercher. Mais le gouverneur de l'Ile de France (île Maurice actuelle) refuse d'honorer la promesse faite. Et ce n'est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776 que La Dauphine et le capitaine Tromelin, récupéra les survivants : sept femmes et un bébé de huit mois.

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J’ai trouvé formidable le travail de nombreuses personnes (archivistes, archéologues) qui se sont plongés dans les archives pour retrouver ce qu’il s’est vraiment passé en 1761. Le récit fait revivre avec une incroyable vérité les personnages de cette aventure humaine extraordinaire. Nous revivons avec eux toutes les péripéties et après avoir fermé ce livre je n'ai eu qu'une envie, c'est vouloir partager ce morceau d'histoire de France avec mes proches ou d'autres lecteurs. A lire absolument !

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L'île de Tromelin, autrefois appelée île de Sable, est l'une des terres les plus isolées de l'océan Indien. Elle est située à 450 km à l'est de Madagascar et à environ 560 km au nord de Maurice. Elle est longue d'environ 1700 m et large d'environ 700 m et d'une superficie à peine supérieure à 1 km². Elle est entourée de fonds de l'ordre de 4000 mètres. Ses coordonnées sont : 15°53' de latitude Sud et 54°31' de longitude Est. L'île Tromelin fait partie des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

Depuis plus de quarante ans, l'île abrite une importante station météorologique, les météorologistes, qui y travaillent, sont les seules personnes qui vivent sur l'île. Il y a une piste d'atterrissage pour avions. La flore y est assez pauvre. Classée réserve naturelle, Tromelin abrite des tortues de mer et et de nombreux oiseaux de mer : Frégates, fous masqués, fous à pied rouge, huîtriers, parfois sternes et paille-en-queue.


Pour plus de détails sur le livre, voir le site suivant : http://www.lesnaufragesdeliletromelin.fr


Vidéo sur la mission archéologique : "L'Utile 1761 esclaves oubliés" réalisée par l’Inrap (Institut National de recherches archéologiques préventives)

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vestiges du campement des esclaves oubliés

Extrait : (début du livre)

L’île est le sommet émergé d’un vieux volcan sous-marin. Il s’est éteint il y a des millénaires. La lave a bouché l’orifice de sa cheminée. Comme il se trouvait à fleur d’eau, les coraux l’on vite colonisé.

Sous les vagues, les pentes du volcan sont très raides. A deux encablures de l’île, l’abîme commence. Et les grandes houles, les courants sans fin. Il faut vraiment jouer de malchance pour se retrouver sur ce bloc de corail cerné par les déferlantes. Ou n’avoir peur de rien.

Pour pouvoir en repartir, il faudra aussi compter sur l’inconscience. A moins de chercher son salut dans l’énergie du désespoir. Nul ne s’est jamais installé ici. L’île est sans mémoire. Seuls les ouragans laissent leur trace dans les sables. Le reste va vite se perdre dans le vent, le tonnerre des lames qui, sans relâche, harcèlent les récifs. Nuit et jour, la mer bat. Elle flanche rarement. Même lorsqu’il fait beau. Quand elle consent à se calmer, c’est presque toujours dans les heures qui précèdent un cyclone. Ensuite, elle se déchaîne comme jamais, jette à l’assaut de l’île des vagues géantes qui l’engloutissent aux neuf dixièmes. Elle ne reflue qu’une fois l’ouragan passé. Pour recommencer comme avant. Même pouls méchant, têtu, mêmes lames qui frappent, fracassent et brisent, déferlent er redéferlent, frappent encore, roulent et cassent, broient, éparpillent, émiettent, s’acharnent contre cette minuscule plaque de corail perdue au cœur de l’océan.

Mais l’île est ultra dure, elle tient. La seule victoire que la mer ait jamais remportée sur elle, c’est d’empêcher les madrépores de former un rempart assez haut pour casser l’élan des déferlantes. Ici, pas de couronne de coraux, pas de lagon à l’abri des houles accourues du pôle Sud, longues et féroces – depuis l’Antarctique, elles n’ont  trouvé aucun obstacle. A quelques mètres du rivage, rien qu’un long récif frangeant que la mer mouline peu à peu en sable. Mais là encore, rien à voir avec la fine et douce farine des atolls des mers du Sud. Celui-ci est grenu, grumeleux, râpeux.

Posté par aproposdelivres à 10:53 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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