10 juin 2009

Chiens perdus sans collier – Gilbert Cesbron

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paru en 1954

J'ai lu – 1958 – 314 pages

J'ai lu – juin 1982 – 314 pages

Quatrième de couverture
Des hommes, des femmes animés par une vocation irrésistible, se penchent sur les pauvres gosses dont la famille est indigne et sur ceux, plus malheureux encore, qui n'ont pas de famille du tout. Le " juge d'enfants " est un personnage caractéristique et bien mal connu de notre époque. Dans ce livre, Gilbert Cesbron le fait vivre et agir. Son problème, c'est celui de chaque père envers ses enfants, celui de chaque homme face à cet univers fermé et si souvent lucide : le monde des gosses.

Auteur : Ancien élève de l'École des Sciences Politiques, Gilbert Cesbron est né à Paris le 13 janvier 1913. Dès 1934, il publie un recueil de Poèmes, Torrent. Son premier roman paraît en Suisse : Les Innocents de Paris (1944). Sa notoriété s'affirme avec Notre Prison est un royaume (1948) - Prix Sainte-Beuve - et la pièce : Il est minuit, docteur Schweitzer (1950).
Romancier, essayiste, auteur dramatique, il s'attaque à des thèmes d'actualité : les prêtres ouvriers (Les Saints vont en enfer, 1952), la jeunesse délinquante (Chiens perdus sans collier, 1954), l'euthanasie (Il est plus tard que tu ne penses, 1958), la violence (Entre chiens et loups, 1962). Il exerce un second métier dans une société de production radiophonique.
Gilbert Cesbron est décédé en août 1979.

Mon avis : (lu et relu depuis 1980)

C'est un livre que j'ai lu et relu de nombreuses fois pendant mon adolescence. Il est beau et bouleversant, il nous fait partager l'univers peu connu des enfants abandonnés.

L'histoire se déroule en région parisienne dans les années 50. On découvre à travers les yeux d'un enfant, la vie de jeunes plutôt rebelles que dangereux qui sont confrontés à la rue, au poste de police, au tribunal, aux hospices et à un centre d'éducation spécialisé. Les situations décrites sont souvent très réaliste et le lecteur se laisse envahir par l'émotion. Tous les enfants décrits sont particulièrement attachants.

J’ai eu l’occasion récemment de voir en dvd, l’adaptation cinématographique de ce roman par Jean Delannoy en 1955 avec Jean Gabin. Il y joue le rôle du juge pour enfants avec beaucoup d'humanité.

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Extrait : (page 23)

L'enfant le plus ingrat, les sourcils noirs, les lèvres entrouvertes, s'acharne à dessiner sans joie une famille. Mlle Alice entame la lecture des documents annexes : curriculum vitae d'Alain Robert, déclarations (à l'encre violette) des parents nourriciers, rapport (sur copie d'écolier) de M. l'instituteur, certificats du médecin, enquête de l'assistance sociale, renseignements complémentaires reçus par téléphone, Carnet de Santé, premier Bulletin de Comportement en Division, ouf... A travers ces feuillets de tous formats et de toutes couleurs, une dizaine de grandes personnes tournent autour du pupille Alain Robert ; mais le secret de l'enfant Alain Robert leur demeure clos.

- Tu as fini la famille ? Alors, fais-moi un bonhomme : oui, quelqu'un que tu aimes ou n'aimes pas, que tu connais ou ne connais pas, comme tu voudras !

Alain Robert, si décidé d'avance à répondre non, à tout refuser, reprend les crayons avec plaisir : dessiner, comme courir ou s'endormir, l'allège, le détend, le délivre. Un bonhomme ?

- Voilà ! … Mais l'autre n'a pas encore terminé sa lecture. Le gosse l'observe froidement : ces lèvres qui balbutient sans paroles, ces yeux qui courent à la ligne... « Elle doit être un peu sonnée, le grand me l'avait bien dit ! »

En effet, voici qu'à présent, le dossier refermé, les dessins soigneusement rangés, Mlle Alice lui fait aligner des poids par ordre décroissant, rendre la monnaie, énumérer les mois (Merde ! Entre octobre et décembre, il y en avait pourtant un), définir une table, une auto (Elle me prend pour un crétin), la patrie (Euh...). Autre chose à présent ! Elle lui raconte une histoire absurde : «  Un enfant rentre de l'école et sa maman lui dit : « Ne commence pas tout de suite tes leçons, j'ai une nouvelle à t'annoncer. » Qu'est-ce que sa maman va lui dire ? »

- A ton idée...

- Que... que son fils est mort.

- Bien. (Pourquoi « Bien » ?) Écoute-moi maintenant : je vais te dire des phrases dans lesquelles il y a des bêtises et tu me diras lesquelles. Si je dis : « J'ai trois frères : Louis, Roger et moi », qu'est-ce qu'il y a de bête là-dedans ?

- C'est vous, répond le gosse, et il pense : « Elle est complètement cinglée, le grand avait raison ! »

- Ecoute encore : « Je viens de voir entrer chez mon voisin un médecin, un notaire et un prêtre. Que se passe-t-il chez mon voisin ?

- Ils vont faire une belote, suggère Alain Robert.

Mlle Alice rit beaucoup, on se demande pourquoi ; puis elle lui présente un labyrinthe dessiné dont il doit chercher à sortir. Mais, c'est d'ici surtout qu'il aimerait sortir, Alain Robert ! Cette grande personne, qui joue avec lui depuis un quart d'heure, ouvre une boîte de cubes, feuillete des dessins où il manque le nez au milieu du visage, « Très bien ! », lui montre des images inexplicables (jeune femme qui pleure au pied d'un escalier, vieillard tirant une voiture à bras) et lui en demande l'explication, tout cela n'est pas normal ! Et le pire est qu'elle note toutes les bêtises qu'il répond et les glisse dans le Dossier. Elle est en train de foutre son Dossier en l'air, oui ! Alors là, ça ne va plus !

- Voilà... maintenant, retourne en Division, mais tu reviendras demain voir le Docteur.

« Pauvre Docteur, pense Alain Robert, qu'est-ce qu'il dira quand il s'apercevra que son infirmière est devenue dingue ? A moins que lui-même... »

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Un homme meilleur – Anita Nair

un_homme_meilleur traduit de l'anglais (Inde) par Marielle Morin

Picquier – août 2006 – 474 poches

Présentation de l'éditeur
Premier roman d’Anita Nair, l’auteur de Compartiment pour dames. C’est vers la maison familiale, dans un village endormi du Kerala que revient naturellement Mukundan au moment de la retraite, là où personne ne l’attend plus, pas même son père le tyrannique Achutan Nair. C’est là qu’il croise la route de Bhasi « le timbré », ancien professeur qui, après une déception amoureuse, a renoncé à ses ambitions pour devenir peintre en bâtiment, herboriste, et qui pratique la psychothérapie de manière toute personnelle. Bhasi parvient peu à peu à gagner la confiance de Mukundan et à le faire renaître à lui-même en l’entraînant dans une découverte de soi qui va ouvrir à ce dernier de nouvelles perspectives. C’est ainsi qu’il rencontre Anjana, belle institutrice prisonnière d’un mariage désastreux et tombe, enfin, amoureux. Lorsque Achutan meurt, Mukundan se retrouve une nouvelle fois face à lui-même, réalisant qu’il n’a en rien dépassé son père et que c’est lui qui a trahi ce en quoi il croyait et ceux qui lui faisaient confiance. Pourra-t-il se racheter et devenir ainsi un homme meilleur que son père ? Une rédemption est-elle possible ? Pourra-t-il trouver en lui-même la force de défendre ses convictions profondes, fut-ce au mépris des conventions villageoises ? Au-delà du portrait de cet homme faible et tellement humain, Anita Nair nous peint des personnages tragiques ou touchants, ridicules ou magnifiques : de Krishnan Nair, le fidèle domestique, à Valsala, la femme frustrée d’un époux vieillissant, en passant par Kamban le postier intouchable dont l’abondante chevelure fait des jaloux.Avec une sensibilité, une tendresse et une attention aux détails qui font de ce texte une délicieuse et captivante promenade dans une Inde du Sud rarement évoquée de manière aussi vivante.

Auteur : Originaire du Kerala, c'est à Madras qu'Anita Nair passe son enfance, avant de voyager à travers l'Angleterre et les États-Unis pour finalement s'installer au Bangalore. Elle signe son premier roman en 1997, puis entame une carrière internationale, notamment marqué par la publication de 'Compartiment pour dames' et 'Un homme meilleur' (2003), 'Le Chat karmique' (2005), ou encore 'Les Neuf Visages du cœur' (2006).

Mon avis : (lu en juin 2009)

A l'heure de la retraite, Mukundan retourne dans le village où il est né. Il y retrouve l'ennui, les problèmes administratifs et l'étroitesse d'esprit d'un petit village... Les douleurs de son enfance resurgissent sous forme de fantômes qui le hantent chaque nuit : son père le terrorisait, il se sent coupable d'avoir abandonné sa mère. Il va faire la connaissance de Bhasi "le timbré", ancien professeur qui est devenu peintre en bâtiment et herboriste, ce dernier va l'aider à prendre confiance en lui en se débarrassant l'esprit des résidus du passé. Il va faire la rencontre d'Anjana une belle institutrice. Mais son voyage intérieur sera difficile. Il voudrait être reconnu à sa juste valeur par les membres du village. Arrivera-t-il à devenir un homme meilleur que son père ?

Au début de ma lecture, j'ai eu un peu de mal car l'auteur nous raconte la vie de Mukundan à travers la vie du village et de nombreux personnages haut en couleur, puis peu à peu j'ai été prise dans l'ambiance de ce village ordinaire avec ses habitudes, ses conflits. J'ai beaucoup appris sur les mœurs et les coutumes de l'Inde du sud. L'écriture est subtile, pleine de poésie.

Extrait :

« Si la fluidité est l'essence de la peinture, alors la peur est celle de ta vie. Une peur qui semble ne connaître aucune limite, n'avoir ni début, ni fin. Une peur qui te traverse comme la route traverse ce village. Qui marque la frontière entre ce que tu pourrais être et ce que tu n'es pas. Quand j'ai attaché les murs de ta maison avec des poignées de fibres rêches de coco pour ôter à la fois la couche de saleté et les marques incrustées par le temps, j'ai essayé de comprendre comment je pourrais arriver au même résultat avec toi. Pour débarasser ton âme des scories qui l'encombrent et laisser s'évacuer la peur, j'ai besoin de savoir ce qui te retient ainsi prisonnier d'une telle terreur.

Dis-moi, Mukundan, dis-moi ce qui te hante à ce point. Parle-moi des ténèbres qui obscurcissent ta vie. Explique-moi pourquoi tu plies si méticuleusement ton mouchoir en huit. Pourquoi tu insistes pour que chaque filament de fibre de noix de coco aille rejoindre un tas bien précis quand il est usé. Pourquoi tu t'es ainsi rendu esclave de la pendule. Dis-moi ce qui donne tant de prix à la perfection. Dis-moi pourquoi tu portes sur toi l'odeur de l'animal traqué.

Dis-le-moi. C'est ta seule issue. Ton seul espoir et peut-être, un jour, la clé de ton bonheur. »

Posté par aproposdelivres à 12:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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