24 mai 2009

Une chaussette dans la tête – Susan Vaught

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traduit de l'anglais (États-Unis) par Amélie Sarn

Milan – février 2008 – 360 pages

Quatrième de couverture

Je prends le cahier blanc posé à côté de moi. Celui avec "Hatch Jersey" écrit en lettres rouges sur la tranche. Et puis je le pose sur mes genoux sans le fermer : il me sert à rien s'il est fermé. Il me faut un cahier de mémoire depuis que j'ai eu une balle dans la tête. Si j'ai bien eu une balle dans la tête.

Jersey Hatch veut savoir. Savoir pourquoi son meilleur ami refuse de lui parler. Pourquoi sa famille se déchire. Pourquoi tout le monde lui cache la vérité. Mais surtout, pourquoi sa vie d'avant a volé en éclats...

Auteur : Susan Vaught est née le 22 Octobre 1966 et combine le métier d'écrivain et de psychologue spécialisée en neuropsychiatrie. Elle travaille souvent avec des enfants et adolescents et a écrit plusieurs livres pour les jeunes adultes. Seul Une chaussette dans la tête a été traduit en France pour le moment. Elle est quotidiennement confrontée au suicide, ce qui explique l'origine de ce livre.
Aujourd'hui, Susan Vaught et sa famille – 2 enfants, 3 chiens, 5 chats et 8 poules – vivent dans une ferme du Tennessee.

 

Mon avis : (lu en mai 2009)

J'ai lu ce livre sur le conseil de mon fils. C'est l'histoire de Jersey Hatch, 17 ans qui retourne chez lui après une année passée à l'hôpital. Il a tenté de se suicider, maintenant sa vie est bouleversée : il a des cicatrices, un œil en moins, une paralysie du côté gauche et surtout il ne se rappelle plus de rien. Il ne se rappelle plus de l'année qui a précédé sa tentative de suicide. Il a perdu une partie de sa mémoire, ses paroles se mélangent. L'histoire nous plonge dans les pensées défaillantes de Jersey. Pour lui c'est une nouvelle vie, celle de l'après "suicide". Il veut comprendre pourquoi il s'est tiré une balle dans la tête. Il va petit à petit comprendre que son geste a également bouleversé son entourage, ses parents, ses amis...

Le thème de ce livre est difficile, mais la lecture de ce livre reste facile, Jersey est terriblement attachant. A la fin du livre, l'auteur nous explique que le suicide est l'une des trois causes principales de mortalité chez les adolescents aux États-Unis et en Europe. Avec ce livre, Susan Vaught nous montre les dégâts souvent terrible des tentatives ratées. Un roman bouleversant.

Extrait : (page 25)

Je fais un rêve...mes deux jambes et mes deux bras fonctionnent... je n'ai pas de cicatrice... je suis assis sur le bord de mon lit, vêtu de mon uniforme d'aspirant, et je tiens un revolver. La poussière de ma chambre danse dans les rayons du soleil et efface les marques de coups de pied dans les murs et dans la porte. Mes doigts me picotent pendant que je mets le revolver dans ma bouche. Je referme mes lèvres autour du métal froid. Ça a un goût de graisse et de poussière. Je ne peux pas. Pas dans la bouche. Je tremble, mais je mets le revolver sur ma tempe. J'enfonce le canon. Je ne pense à rien sauf au contact du canon sur ma peau et aussi qu'il y a beaucoup de poussière dans ma chambre. A des endroits que je n'avais même pas soupçonnés. Je presse la détente, je regarde la poussière et je sens ma main qui tremble et je ne pense à rien et il y a un bruit et du feu et plus rien. Plus rien du tout.

Ce n'est qu'un rêve. J'ai inventé cette scène parce que je ne me rappelle jamais rien et que ça me rend à moitié fou. Je fais ce rêve toutes les nuits. Fou. Mais je ne l'ai dit à personne. Je ne sais pas pourquoi je ne l'ai dit à personne, mais il y a des tas de choses que je ne dis pas. Même au psy de Carter. Fou. Maintenant je suis devant la maison, là où se déroule le rêve, et il faut que j'entre. Sinon je ne serai qu'un gros bébé stupide et pas du tout pragmatique. Le génie de cinq ans qui suce son pouce.

Maman entre et disparaît avant que j'aie atteint la porte. Papa suit, il porte mes sacs. J'ai mon cahier de mémoire, mais je ne peux pas porter mes sacs à cause de mon équilibre. Ma jambe gauche, faut que je la traîne. Parfois, je trébuche sur mon propre pied. Et j'oublie tout le temps mon bras gauche.

Je le cogne sans arrêt dans les encadrements de porte et dans les chaises, et du coup, je trébuche encore plus sur mon pied. C'est pour ça que les photos me font pleurer.

Elles sont accrochées de chaque côté du couloir, c'est la première chose qu'on voit en entrant. Il y a un garçon dans les cadres. Un garçon en uniforme d'aspirant de l'armée, un garçon en short avec sous le bras un casque de football. Un garçon avec des clubs de golf sur un green en compagnie d'un autre garçon qui ne lui parlait plus depuis longtemps avant qu'il appuie sur la détente. Sur ces photos, le garçon a des cheveux châtains ondulés et pas de trous dans la tête, ni dans la gorge, et je sais que c'est moi... sauf que ça se peut pas. Alors je serre contre moi mon cahier mémoire et j'ai mal au creux du ventre et je pleure.

Papa arrive derrière moi et pose mes sacs. Pendant une seconde ou deux, il boutonne et déboutonne sa veste. C'est un truc que je n'arriverais pas à faire, même avec beaucoup d'aide. Et puis, il passe son bras autour de mes épaules.

- Viens, allons à l'étage, me murmure-t-il de sa voix « je suis avec toi, fils ». Fais attention et tiens-toi bien à la rampe.

Je hoche la tête et je m'essuie les joues avec mon T-shirt. Des larmes ont roulé sur mon cahier de mémoire mais l'écriture sur la tranche n'a pas coulé. Même pas un petit peu. Le crayon accroché à la ficelle sale se balance d'avant en arrière, d'arrière en avant.

On dirait que Papa veut dire quelque chose mais il se mord la lèvre, reprend les sacs et passe devant moi. Je reste sans bouger. Je regarde les photos et j'essaie de respirer.

La dernière fois que j'étais dans cette maison, je me suis tiré une balle dans la tête.

J'ai... mais en réalité, je ne suis pas sûr. Je me suis peut-être tiré une balle dans la tête. J'ai toujours des doutes à ce sujet, même si j'y crois plus ou moins. Papa y croit, lui, il a dit que j'ai utilisé son revolver que j'ai pris dans sa table à chevet, celui qu'il gardait pour les voleurs et les meurtriers.

Posté par aproposdelivres à 09:33 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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