09 mai 2009

L’implacable brutalité du réveil – Pascale Kramer

l_implacable_brutalit__du_r_veil_1 Mercure de France – janvier 2009 – 140 pages

Présentation de l'éditeur
Una tétait en donnant des petits coups avec sa tête. Alissa la sentait à peine. Sur l'ordinateur resté allumé s'égrenaient toujours ces mêmes images d'elle et de lui, ce monde hypnotisant d'avant le réveil. Una la fixait de ses yeux bleus comme troublés de gelée. Une feuille morte prise dans le ventilateur de la climatisation grattait le silence. Il semblait que le temps pourrait ne plus bouger pendant des heures, et Alissa ne savait pas qui aller trouver. Comment les choses pouvaient-elles se montrer à ce point sans pitié, n'offrir ni recours ni alternative, désormais ? Alissa n'en revenait pas de ce qu'elle avait laissé se faire. Ce ne pouvait pas être ça la vie qui avait été promise.

Alissa et Richard étaient connus pour être le couple le plus sexy du campus. De leurs amours vient de naître Una. C'est l'été : le ciel californien est éclatant, on entend bourdonner les climatiseurs dans la résidence où ils viennent d'emménager. Laissée seule avec le bébé dont la totale dépendance l'émeut et l'accable, Alissa sombre inexorablement dans le doute. Mais le moment du choix est passé. Il n'y a pas de retour en arrière possible désormais.

Biographie de l'auteur
Pascale Kramer a publié plusieurs romans, dont Les Vivants, L'adieu au Nord et Fracas.

Mon avis : (lu en mai 2009)

J'ai pris ce livre un peu par hasard, il est très bien écrit mais l'ambiance est lourde, difficile...

On suit heure par heure la dépression d'Alissa après la naissance de sa fille Una. Elle vient d'emménager dans un appartement avec son mari Richard, leur bébé a 3 semaines. Cette naissance a bouleversé sa vie : elle ne ressent pas d'attachement pour son bébé, elle ne le comprend pas, elle se sent seule, abandonnée... Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Au même moment, ses parents se séparent et la maison de son enfance va être vendue. Alissa n'a plus de repère, elle doute de son aptitude à être une mère, mais il est trop tard, Una est là, il faut faire face à ses responsabilités.

J'ai été prise par ce roman, je me suis attachée aux personnages et j'ai été curieuse de savoir comment cela allait se terminer... En résumé un roman troublant.

 

Extrait : (début du livre)

Tout était absolument calme. La surface presque immobile de la piscine berçait le reflet du ciel et des galeries. Alissa y poussa du bout du pied un sachet de bonbons que quelqu'un avait laissé traîner dans les galets le long du mur des remises. Presque nue dans ses bras, Una tétait, poings crispés. L'effort tuméfiait son visage de sang sous la curieuse constellation de minuscules points blancs qui affleurait autour du nez. Alissa se concentra sur le mâchonnement des gencives dont la sensation mouillée la troublait. Au creux de sa main se soulevait doucement la cage des côtes menues sur lesquelles plissait la chair. Leurs peaux collaient un peu. La petite devait avoir chaud elle aussi, mais Alissa ne se décidait pas à l'emmener à nouveau dans l'eau, son regard laiteux et son affolement de souris l'avaient frappée d'une conscience tellement angoissante du rien qu'était encore cette vie dont elle avait désormais la charge.

Le portable était resté à l'entrée du bassin, près de la palissade en bois qui cachait les poubelles sous une poussée de jasmin. Alissa l'avait posé là tout à l'heure pour que Richard puisse les entendre se baigner et les encourager de son rire râpeux comme une toux dans le mauvais écho du haut-parleur. C'était une heure plus tôt. Alissa n'avait parlé à personne depuis, il n'y avait pas eu le moindre mouvement derrière l'écran grisâtre des moustiquaires, comme si le temps se dévidait lentement au seul bruit de vibration des climatiseurs. Ils avaient emménagé la semaine précédente. Ses parents étaient venus les aider le week-end, le frère de Richard avait passé la soirée à monter les étagères et la nuit sur le canapé d'où il avait plaisanté tard à travers la paroi. Rien ne laissait présager alors qu'il n'y aurait personne dans la chaleur blanche et bleue de la résidence pendant les longues heures silencieuses qu'il faudrait passer auprès d'Una. Alissa était seule pour la première fois, à vingt-sept ans, seule comme on l'est quand personne ne vous regarde. Elle n'arrivait pas encore à mettre de mots sur le silence de cette absence de regards.

Posté par aproposdelivres à 20:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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