29 avril 2009

Mon amour ma vie – Claudie Gallay

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Edition du Rouergue – août 2002 – 300 pages

Actes Sud – mars 2008 – 296 pages

Actes Sud - janvier 2010 - 296 pages

Présentation de l'éditeur
Dan, jeune Rom d'une douzaine d'années, est le dernier rejeton de la famille Pazzati, une vieille famille du cirque en bout de course. Il y a Pa', Mam', et les trois oncles, échoués sur un bout de terrain vague, en bord du périphérique d'une grande ville. La bâche du cirque est trouée, depuis longtemps on ne donne plus de spectacles. Il n'y a rien d'autre que les conversations le soir autour du feu de camp où l'on se rappelle le temps de la splendeur, en mangeant des sardines à l'huile ou des saucisses grillées.
Dan voudrait de l'amour, celui de sa mère qui est si belle quand elle relève ses jupes et fait ralentir les camions sur le périph. Mais Dan ne sera jamais un vrai Rom, comme son père, qui est combinard et voleur. Il ne sait pas jongler, il ne sait pas se battre, il sait juste parler à Petit Max, son frère mort qui est réfugié en lui, et caresser sa guenon, Tamya, avec qui il partage tout, l'odeur, les maladies et l'espoir de voir un jour la mer.

Quatrième de couverture
Pa' croit au monde meilleur, il dit que la chance va revenir. Le terrain vague au bord du périph', il l'a appelé AI'Bamo, le Paradis. En vrai, ça s'appelle rond-point de la Pologne. La bâche du cirque est trouée, il ne reste plus que deux tigres et une guenon. II doit y avoir des endroits plus beaux que ceux-là, mais Dan, l'enfant du clan des Pazzati, n'en connaît pas. Il sait toutes les mauvaises choses qui guettent quand on est Rom, mais aussi les belles que la vie invente, le feu, les saucisses grillées, le regard de Mam' les rares fois où elle le serre contre lui. Mam', la reine des Pazzati, qui dit toujours que la pitié, ça tue les hommes.


Biographie de l'auteur
Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L'Office des vivants (2001), Mon amour ma vie (2002), Les années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d'encre et pris du Salon d'Ambronay), Dans l'or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008), grand succès public et critique.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Ce livre est sombre, violent comme la vie de Dan jeune rom de douze ans qui nous la raconte avec ses peurs, ses angoisses et son rêve : il veut voir la mer. Sa famille, les Pazzati, a échouée sous le périphérique d'une ville quelconque, en marge du monde, ils tiennent un cirque minable avec deux tigres affamés Bagra et Sambo et une guenon Tamya. Il y a son père Pa' joueur invétéré et toujours perdant, et sa mère Mam' si belle mais distante. Au camp il y a l'oncle Jo et son saxophone, Chicot le clown-triste, l'oncle Sam. Dans le monde des nomades, la vie est un combat de tous les jours, le monde est hostile avec eux mais aucun ne se plaint. On sent une certaine fatalité et acceptation de leur sort. Les personnages sont durs et aussi terriblement attachants. Dan nous montre sa difficulté de grandir, de comprendre, et de s'adapter pour devenir un rom' un vrai. Son regard d'enfant est simple, son envie de voir un jour la mer, lui permettra d'envisager une autre vie, plus belle peut-être ?

Ce livre est écrit avec beaucoup de sensibilité et malgré son côté sombre, je l'ai beaucoup aimé.

Extrait : (page 16)

Toutes les villes se ressemblent. Avant d'arriver ici, on en a traversé mille sans jamais s'arrêter.

Ce terrain vague, on ne l'a pas choisi. On est arrivés un jour de grande pluie, les routes étaient inondées, on ne pouvait pas aller plus loin. On s'est arrêtés sur le premier terrain qu'on a trouvé. Un coin d'herbe rase en sortie de l'autoroute, avec le périph' tout autour, la voie ferrée.

On a planté le chapiteau derrière le pylone, sous l'aire de retournement, avec les camions, les caravanes et cage des tigres. D'une certaine façon, c'est facile de venir jusqu'à nous.

L'endroit, on l'a baptisé Al'Bamo. C'est Pa' qui a décidé ça parce qu'en iroquois, Al'Bamo ça veut dire paradis.

En vrai, ça s'appelle le rond-point de la Pologne.

Quand on est arrivés, je dormais. Je n'ai pas vu la mer. Quand je grimpe à la cime du camion, je ne sais même pas dans quelle direction regarder.

- Mam' ?

- Quoi encore...

- Ça fait combien de temps qu'on est là ?

- Deux semaines, un peu plus.

- Et c'est loin la mer ? Je demande.

Mam' écrase sa cigarette. Tous les jours je lui demande, à force elle ne répond plus.

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28 avril 2009

Le temps des miracles – Anne-Laure Bondoux

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Bayard Jeunesse – janvier 2009 – 254 pages

Bayard – janvier 2009 – 254 pages

Présentation de l'éditeur
Lorsque les douaniers trouvent Blaise Fortune, douze ans, tapi au fond d'un camion à la frontière française, il est seul. Il répète sans cesse qu'il est un " citoyen-delarépubliquedefrance ". Mais son passeport est trafiqué, et en dehors de ces quelques mots, il ne parle que le russe. Il ne peut pas expliquer les événements qui l'ont conduit du Caucase jusqu'ici, dans le pays des droits de l'homme et de Charles Baudelaire. Et surtout, il a perdu Gloria en cours de route. Gloria Bohème, avec qui il a vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières, malgré la misère et la peur. Car cette femme, au Cœur immense, avait un don : celui d'enchanter la vie... Quelques années plus tard, Blaise peut enfin raconter son histoire. Et la pure vérité, c'est qu'on n'est pas près de l'oublier.

Biographie de l'auteur
Née en 1971 dans la région parisienne. Anne-Laure Bondoux a suivi des études littéraires à l'Université Paris X. Elle s'est essayée à l'écriture dramatique radiophonique, romanesque, et à la chanson, avant d'entrer chez Bayard Presse comme rédactrice. A trente ans, elle a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture. Depuis, elle a publié sept romans dans des collections destinées aux adolescents, dont "les larmes de l’Assassin" et "Pépites". Ils ont été primés de nombreuses fois, tant par des jurys de jeunes lecteurs que par des jurys d'adultes, et sont traduits dans une vingtaine de langues.

Mon avis : (lu en avril 2009)

J’ai déjà lu "les larmes de l’Assassin" que j’ai beaucoup aimé et "Pépites" et j’attendais avec impatience de lire celui-ci. Je n’ai pas été déçu… J’ai a-do-ré !   

Ce livre est captivant, j’ai été prise par l’histoire de Koumaïl et Gloria, de leur périple du Caucase jusqu’en France. Avec son regard d'enfant, Koumaïl nous raconte son histoire, il garde à tout moment l’espoir que la vie est belle et pleine de miracles. Gloria lui apprend qu’:« il y a un remède infaillible contre le désespoir : l’espoir »,  qu’il faut « mener sa vie en marchant toujours droit devant. Vers d’autres horizons » et qu’« il ne faut jamais désespérer du genre humain. Pour un homme qui te laisse tomber, tu en trouveras des dizaines d’autres qui t’aideront à te relever. »
Koumaïl était un petit bébé lorsqu’il a été sauvé du « Terrible Accident » par Gloria, il résume ce qu’il est par cette formule « jemapèlblèzfortuneéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité ». Il vit au Caucase et le pays entre en guerre, Koumaïl a 7ans et avec Gloria ils doivent partir. Ils subissent alors la faim, le froid, la peur de la milice. Ils vont faire de nombreuses rencontres durant ce long voyage : dans l’Immeuble, il y a Emil, Madame Hanska et Abdelmalik, puis c’est la fuite vers Souma-Soula avec comme voisins la famille Betov : Stambeck, Suki et Maya puis direction le port de Soukhoumi et c’est la rencontre avec Fatima, puis la traversée de la Russie, de l’Ukraine, de la Moldavie, et l’arrivée en Roumanie dans le camp tsigane avec Babik, Nouka, Boucle-d’Oreille, nouveau départ et enfin l’arrivée en France, Koumaïl a 11 ans.

Tous les personnages de ce livre sont formidables et très attachants. J’ai savouré ce récit lumineux et très émouvant. C’est un grand coup de cœur !

Ce livre est destiné aussi bien aux adultes qu’aux adolescents à partir de 12 ans !

Pour compléter votre lecture : aller voir sur le site « le temps des miracles »,  l’atlas vert de Koumaïl, le Caucase de Koumaïl, la France de Blaise Fortune

Extrait : (page 17)

L’Immeuble est un ensemble de trois bâtiments dressés en forme de U autour de la cour. Nous avons une chambre au premier étage.

D’un mur à l’autre, je peux faire six pas en contournant le poêle à bois. Le papier peint se décolle du mur et, derrière, la peinture se détache aussi. Si je gratte le plâtre avec l’ongle, les briques apparaissent. L’Immeuble est fissuré, rongé par l’humidité qui remonte du sol car il est construit près du fleuve. Il est si pourri qu’il aurait dû être démoli, mais par chance la guerre a stoppé les bulldozers ; maintenant c’est notre refuge, une bonne cachette qui nous protège du vent et de la milice.

Le vent, je le connais bien : il descend des montagnes à la vitesse d’une avalanche, et s’engouffre sous les portes pour vous glacer les os.  Par contre, je n’ai qu’une idée vague de ce qu’est la milice. Tout ce que je sais, c’est qu’elle me terrifie davantage que l’œil retourné de l’horrible Sergueï, et qu’ici chacun a une raison de s’en méfier. C’est pourquoi nous avons institué des tours de guet : nuit après nuit, nous surveillons l’entrée de l’Immeuble en nous relayant par groupe de quatre. Les petits, comme moi, accompagnent les plus âgés s’ils le souhaitent.

On m’a expliqué : si je vois s’approcher des hommes chaussés de bottes, si je vois leurs blousons en cuir et leurs matraques, je me précipite dans la cour et je frappe comme une brute sur la cloche qui est pendue sous l’auvent.

Il existe trois autres cas où l’on doit frapper comme une brute sur la cloche :

- si l’Immeuble brûle ;

- si l’Immeuble s’écroule ;

- si les eaux du fleuve Psezkaya débordent.

En dehors de ces circonstances, quiconque s’amuserait avec la cloche serait aussitôt chassé de l’Immeuble, est-ce bien clair ?

Quand je demande à Gloria ce que ferait la milice si jamais elle nous attrapait, son visage durcit et je regrette aussitôt ma question.

- Un garçon de sept ans n’a pas besoin de connaître tous les détails. Contente-toi de suivre le règlement, Koumaïl.

Je dis « OK », en français, comme elle me l’a appris, et je m’en vais jouer avec les autres dans la cage d’escalier, qui est notre château fort ou notre navire de combat selon l’inspiration du moment.


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26 avril 2009

L'oeil de Caine – Patrick Bauwen

l_oeil_de_Caine Albin Michel – décembre 2006 - 485 pages

Présentation de l'éditeur
Tout le monde cache quelque chose.
Votre voisin, votre femme, votre ami...
Et si vous pouviez tout savoir ?
Connaître leurs peurs, leurs secrets intimes ?
Dix candidats, dix secrets.

Des gens comme vous et moi. Enfin comme vous surtout. Parce que moi, je ne suis pas au programme : je suis l'invité surprise. Celui qui rôde en attendant son heure. Celui qui va les embarquer là où rien n'est prévu. Dans mon jeu sanglant. Mon propre mystère.

Auteur : Patrick Bauwen dirige un service d’urgences en région parisienne et il vit une partie de l’année aux États-Unis. Il a 39 ans, il est marié et père de deux enfants. L’Œil de Caine est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2007)

Dix personnes ont été sélectionnées pour participer à un nouveau jeu de télé-réalité "L'Œil de Caine" mais les choses vont mal tourner et on bascule dans le serial-killer.

C'est un thriller original dont le rythme est très soutenu et qui surprend à tout moment le lecteur, des premières pages jusqu'aux toutes dernières. Il y a de bonnes descriptions de personnages, l'ambiance est électrique et le huis clos parfait. L'histoire est tellement réaliste qu'elle nous donne des sueurs froides et vous fait passer l’envie de participer un jour à un jeu de télé réalité ! A lire !

 

Extrait :
Vingt-trois ans plus tard

- ET MERDE !
Le Dr Thomas Lincoln abattit sa main contre la porte vitrée. La paroi de la douche trembla. Inutile de se raconter des histoires, il s'était comporté comme un crétin. On pouvait même dire qu'il avait pété les plombs.
Il respira profondément, compta soixante secondes et se concentra sur son rythme cardiaque. Est-ce que ça allait mieux ? Il lui sembla que c'était le cas. Il compta soixante de plus pour en être sûr, puis rouvrit les yeux.
L'eau chaude qui dégringolait du pommeau voilait le décor, mais les lumières de la salle de bains ne lui vrillaient plus la rétine. Il tendit l'oreille. Pas de roulement non plus. Ses tempes avaient cessé de servir de défouloir à un batteur de rock. Ce qui voulait dire : fin de la migraine.
- Jésus Marie...
C'était tellement bon qu'il en aurait pleuré.
Son mal de tête avait commencé une heure plus tôt dans le salon de réception de l'hôtel, alors qu'il vidait sa seconde bouteille de Champagne. Il s'était envoyé plusieurs Advil coup sur coup (dépassant sciemment la posologie), dans l'espoir que ça suffirait. Peine perdue.
L'un des journalistes avait choisi ce moment pour lui taper sur l'épaule.
- Tout va bien, docteur Lincoln ? Pas trop de stress ?
Sourire automatique, genre pub dentifrice. Mi-mépris, mi-compassion. Thomas connaissait ça par cœur. Sur le moment, il n'avait rien répondu. L'autre s'était senti plein d'assurance.
- Ça vous ennuie pas si je vous appelle Doc, hein ? Vous savez, pour nos lecteurs, le fait que vous ne soyez plus médecin n'a aucune importance. (Un micro avait surgi dans sa main.) Je sais qu'en théorie, on ne peut rien vous demander avant l'émission. Mais tout ce que je veux, c'est une anecdote ou deux. (...)

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Ulysse from Bagdad – Eric-Emmanuel Schmitt

ulysse_from_Bagdad Albin Michel - novembre 2008 – 309 pages

Quatrième de couverture : Saad veut quitter Bagdad, son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir. Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche ? Comment, tel Ulysse, affronter les tempêtes, survivre aux naufrages, échapper aux trafiquants d’opium, ignorer le chant des sirènes devenues rockeuses, se soustraire à la cruauté d’un geôlier cyclopéen ou s’arracher aux enchantements amoureux d’une Calypso sicilienne ? Tour à tour violent, bouffon, tragique, le voyage sans retour de Saad commence. D’aventures en tribulations, rythmé par les conversations avec un père tendre et inoubliable, ce roman narre l’exode d’un de ces millions d’hommes qui, aujourd’hui, cherchent une place sur la terre : un clandestin. Conteur captivant, témoin fraternel, Eric-Emmanuel Schmitt livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine. Les frontières sont-elles le bastion de nos identités ou le dernier rempart de nos illusions ?

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.
Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L’Enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine.
Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. Sortie prévue fin 2009.

Mon avis : (lu en avril 2009)

C'est l'histoire d'un jeune irakien qui décide de quitter son pays pour gagner l'Angleterre. On découvre tout d'abord sa vie à Bagdad : il est né à l'époque où « placardés partout, les photographies du Président surveillaient notre vie quotidienne », puis suite à la guerre contre le Koweit sa famille supporta le blocus économique « l'embargo s'avère le meilleur moyen de punir un peuple déjà malheureux en renforçant ses dirigeants » il attend avec l'impatience l'arrivée des américains et la chute de Saddam. Mais cela ne va rien changer à ses souffrances. Une seule solution s'ouvre à Saad, quitter son pays pour rejoindre l'Angleterre (pays d'Agatha Christie)... Et l'odyssée de Saad va commencer : il va voyager à travers l'Égypte, la Libye, passer par Malte, l'Italie, la France...

Ce récit plein de poésie et de philosophie nous amène à réfléchir sur les migrants clandestins. C'est un livre facile à lire et très bien écrit, mais à mon avis, ce n'est pas le meilleur d'Éric-Emmanuel Schmitt.

Extrait : (début du livre)

Je m'appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste ; au fil des semaines, parfois d'une heure à la suivante, voire dans l'explosion d'une seconde, ma vérité glisse de l'arabe à l'anglais ; selon que je me sens optimiste ou misérable, je deviens Saad l'Espoir ou Saad le Triste.

A la loterie de la naissance, on tire de bons, de mauvais numéros. Quand on atterrit en Amérique, en Europe, au Japon, on se pose et c'est fini : on naît une fois pour toutes, nul besoin de recommencer. Tandis que lorsqu'on voit le jour en Afrique ou au Moyen-Orient...

Souvent je rêve d'avoir été avant d'être, je rêve que j'assiste aux minutes précédant ma conception : alors je corrige, je guide la roue qui brassait les cellules, les molécules, les gènes, je la dévie afin d'en modifier le résultat. Pas pour me rendre différent. Non. Juste éclore ailleurs. Autre ville, pays distinct. Même ventre certes, les entrailles de cette mère que j'adore, mais ventre qui me dépose sur un sol où je peux croître, et pas au fond d'un trou dont je dois, vingt ans plus tard, m'extirper.

Je m'appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste ; j'aurais voulu m'en tenir à ma version arabe, aux promesses fleuries que ce nom dessinait au ciel ; j'aurais souhaité, l'orgueil comme unique sève, pousser, m'élever, expirer à la place où j'étais apparu, tel un arbre, épanoui au milieu des siens puis prodiguant des rejets à son tour, ayant accompli son voyage immobile dans le temps ; j'aurais été ravi de partager l'illusion des gens heureux, croire qu'ils occupent le plus beau site du monde sans qu'aucune excursion ne les ait autorisés à entamer une comparaison ; or cette béatitude m'a été arrachée par la guerre, la dictature, le chaos, des milliers de souffrances, trop de morts.

Chaque fois que je contemple George Bush, le président des Etats-Unis, à la télévision, je repère cette absence de doutes qui me manque. Bush est fier d'être américain, comme s'il y était pour quelque chose... Il n'est pas né en Amérique mais il l'a inventée, l'Amérique, oui, il l'a fabriquée dès son premier caca à la maternité, il l'a perfectionnée en couches-culottes pendant qu'il gazouillait à la crèche, enfin il l'a achevée avec des crayons de couleur sur les bancs de l'école primaire. Normal qu'il la dirige, adulte ! Faut pas lui parler de Christophe Colomb, ça l'énerve. Faut pas lui dire non plus que l'Amérique continuera après sa mort, ça le blesse. Il est si enchanté de sa naissance qu'on dirait qu'il se la doit. Fils de lui-même, pas fils de ses parents, il s'attribue le mérite de ce qui lui a été donné. C'est beau l'arrogance ! Magnifique, l'autosatisfaction obtuse ! Splendide, cette vanité qui revendique la responsabilité de ce qu'on a reçu ! Je le jalouse. Comme j'envie tout homme qui jouit de la chance d'habiter un endroit habitable.

Je m'appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste. Parfois je suis Saad l'Espoir, parfois Saad le Triste, même si, aux yeux du plus grand nombre, je ne suis rien.

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24 avril 2009

Manipulation – Deux ados face à une secte - Catherine Armessen

ManipulationCheminements – mars 2007 - 565 pages

Présentation de l'éditeur
D'un côté, il y a Morgane et Lisa, qui sont étudiantes en première année de médecine. De l'autre, il y a LA secte. Apparemment, tout les sépare. Quoique... Morgane a toujours été vulnérable. Lisa, elle, vit mal la séparation de ses parents.
Leur fragilité n'échappera pas aux prédateurs qui les guettent. Résisteront-elles à la pression de ce groupe qui conjugue séduction et manipulation à tous les modes ?
A travers cette fiction, Catherine Armessen dénonce le danger que les sectes représentent pour les jeunes en s'appuyant sur de nombreux dossiers traitant du sujet. Afin que les parents soient vigilants. Et que les jeunes soient avertis. Parce que la prévention repose sur l'information.

Biographie de l'auteur
Catherine Armessen est médecin. Manipulation est son troisième roman, après l'Ariégeoise et Dérapages, dans lequel elle traite de l'alcoolisme des femmes, parus aux éditions Cheminements.

Mon avis : (lu en avril 2008)

Ce livre est une fiction qui dénonce l'emprise des sectes sur les jeunes adultes. Il nous permet de découvrir ce qu'est une secte et comment cela fonctionne. Il y a d'abord des recruteurs qui cherchent des victimes à mettre sous influence, ensuite on les conditionne avec « lavage de cerveaux » et on les isole de leurs proches... Ensuite il est difficile d'en sortir.

En 2008, j'ai eu l'occasion d'assister à la présentation de ce livre par son auteur à la Bibliothèque, mon fils de 15 ans était présent et il a pu poser beaucoup de questions. Catherine Armessen nous a expliqué que ce livre n'est pas un témoignage, mais une fiction qui est le fruit de rencontres avec des patients qui avaient été approché par des sectes. Elle s'est informée et a écrit ce livre dans un but de prévention. La secte évoquée dans le livre est totalement imaginaire, mais elle a été créée pour la fiction avec les même « recettes » que les vraies sectes...

Ce livre est à lire par nous parents mais aussi par nos adolescents pour être informés des dangers qui peuvent exister derrière des pseudos-médecines ou... Il faut rester vigilant !

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23 avril 2009

Les cinq personnes que j'ai rencontré là-haut – Mitch Albom

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Oh ! éditions – mai 2004 – 281 pages

Pocket – décembre 2005 – 223 pages

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt

Présentation de l'éditeur
Pendant des années, le vieil Eddie, petit bonhomme trapu de 83 ans, a veillé au bon fonctionnement des attractions de la fête foraine de Kuby Pier. Comble de l'ironie, c'est ici qu'il vient tout juste de mourir, écrasé sous la nacelle d'un manège alors qu'il tentait de sauver la vie d'une fillette... Arrivé dans l'au-delà, le défunt se retrouve embarqué sur un vaste océan multicolore et multiforme où, comme dans un rêve éveillé, il va faire cinq rencontres bouleversantes et déterminantes : avec Marguerite, son amour perdu, mais aussi son ancien capitaine d'infanterie, une vieille femme aux cheveux blancs, un mystérieux homme bleu et une toute jeune Asiatique détenant, dans ses petits doigts atrocement brûlés, le secret d'Eddie et de sa destinée...

Biographie de l'auteur
Mitch Albom est né en 1960 à Philadelphie. Après avoir obtenu un diplôme de sociologie, il poursuit des études de journalisme à l'université de Columbia à New York et devient l'un des principaux journalistes sportifs des Etats-Unis, travaillant pour la presse, la radio et la télévision. Dans son ouvrage La dernière leçon (Pocket, 2004) il retranscrit les conversations qu'il a eues avec Morrie Schwartz, son ancien professeur d'université atteint d'une maladie mortelle. L'adaptation télévisée de ce récit a remporté quatre Emmy Awards en 2000, et il est resté quatre ans dans la liste des meilleures ventes du New York Times. Les cinq personnes que j'ai rencontrées là-haut (Oh ! éditions, 2004) est publié aux Etats-Unis en 2003 : le succès est immédiat. Le livre, traduit dans 37 pays, s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires, et a été adapté pour la télévision. Mitch Albom vit avec son épouse à Franklin dans le Michigan.

Mon avis : (lu en décembre 2005)

Eddie, 83 ans va mourir en sauvant une fillette de la mort. Il monte au Paradis et là il va rencontrer 5 personnes qui lui expliquent et décodent les grandes étapes de sa vie sur terre. Certaines de ces cinq personnes sont de sa famille, d'autres lui sont inconnus.

Ce livre est très émouvant et se lit rapidement. L'histoire est simple et elle nous amène à réfléchir sur la vie et sur la mort. Ce livre est malgré tout plein d'espoir ! Les personnages sont attachants et j'ai passé un merveilleux moment de lecture.

Extrait : (page 61)
'Alors ma mort a été inutile, comme ma vie.
- Aucune vie n'est inutile, lui rétorqua l'Homme Bleu. Le seul moment que nous gâchons, c'est celui où nous croyons être seul.'
Il fit quelques pas vers sa tombe et sourit. Ce faisant, sa peau prit une très belle teinte caramélisée, lisse et parfaite. C'était même la peau la plus parfaite qu'Eddie ait jamais vue.
'Attendez ! 'hurla-t-il, mais il fut soudain emporté à toute vitesse dans les airs, loin du cimetière, et se mit à planer au-dessus de l'immense océan gris.
Au dessus de lui il aperçut les toits de la fête foraine d'autrefois, avec ses clochetons, ses tourelles et ses drapeaux claquant au vent.
Puis tout disparut.

Extrait : (page 141)
Il est rare que les parents lâchent leurs enfants, du coup ce sont leurs enfants qui les lâchent. Ils avancent. Ils s'éloignent. Les monuments qui leur servaient de repères - l'approbation d'une mère, d'un père - sont remplacés par leurs propres réussites. Ce n'est que beaucoup plus tard, quand la peau pendouille et que le cœur s'affaiblit, que les enfants comprennent ; que leurs réussites s'ajoutent à celles de leurs parents, pierre après pierre, dans les eaux de la vie.

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La chaussure sur le toit – Vincent Delecroix

la_chaussure_sur_le_toit Gallimard – août 2007 – 217 pages

Présentation de l'éditeur
Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.
L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l'auteur.

Biographie de l'auteur
Vincent Delecroix, né en 1969, vit et enseigne la philosophie à Paris. Son précédent roman, Ce qui est perdu, a paru en 2006. A la porte, publié en 2004, a été adapté pour le théâtre et interprété par Michel Aumont.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Original ce roman ou ces 10 nouvelles qui tournent autour d'un seul fait : une chaussure sur le toit d'un immeuble parisien. Les personnages sont les habitants d'un immeuble, et chacun a son explication. Ces habitants sont très différents : une petite fille qui ne veut pas dormir, un apprenti cambrioleur, une fiancée éplorée, un ancien animateur de télévision qui entend des voix, Ulysse, Néoptolème et Philoctère trois braqueurs, un écrivain débutant qui croit aux contes de fées, un chien, une vieille dame seule, un artiste contemporain...

Toutes les nouvelles sont très différentes tantôt drôles, tantôt plus tristes mais elles évoquent chacune à leur façon la solitude comme cette chaussure sur le toit. Je me suis laissée prendre par chacune des histoires et j'ai passé un très bon moment de lecture.

Extrait : (page 34)

"Oh mon amour, je voudrais que, là où tu te trouves, tu ne souffres plus jamais. Par moments même, je voudrais que tu m'aies oubliée, pour que je ne sois pas un objet de souffrance pour toi. Et puis, le moment d'après, bien sûr, je voudrais que tu ne m'oublies jamais, au contraire, et n'être pas la seule à regarder par la fenêtre en pleurant, à rester là comme une idiote, les bras ballants, inutile, avec tout mon corps inutile et mon sourire pour personne, ces dents éclatantes pour ne rien croquer, et tous ces jours vides devant moi.
Au moment où je t'ai perdu, j'ai bien compris que la souffrance allait être terrible. Je l'ai compris immédiatement, avec les premières larmes et les premières injures. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'était l'ennui. Je m'apprêtais à souffrir d'amour et d'
injustice
, mais pas à souffrir d'ennui. Cette souffrance-là aiguise les autres, et les creuse et les écorche à chaque instant. Je veux bien que les souvenirs me brûlent, mais je ne sais pas quoi faire avec ce présent vide, cette plaie."

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21 avril 2009

Un sur deux – Steve Mosby

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Sonatine – février 2008 – 414 pages

Présentation de l'éditeur
C'est un grand jour pour Mark Nelson. Après avoir tout investi dans son travail, à la suite de la mort tragique de sa petite amie, il est nommé dans l'équipe de John Mercer, flic légendaire, qui vient de retrouver son poste après une longue dépression. C'est ce moment précis que choisit l'ennemi intime de Mercer pour réapparaître. Un tueur qui s'en prend aux couples et ne laisse qu'un des deux amants en vie. Lorsqu'il enlève une jeune femme et son compagnon Mercer et Nelson, n'ont que quelques heures pour les retrouver. Ce n'est que le début d'un puzzle cauchemardesque, aux pièces parfaitement ciselées. Les apparences sont en effet trompeuses et le plan du tueur se révèle peu à peu une manipulation machiavélique à l'intensité dramatique et au rebondissement final digne des plus grands thrillers.

Biographie de l'auteur
Steve Mosby est né en 1976 à Leeds. Un sur deux, son premier roman traduit en Français, se place d'emblée au niveau des plus grands livres du genre, tels Le Poète de Michael Connelly ou Shutter Island de Dennis Lehane.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Ce livre est un thriller psychologique très bien mené, l'intrigue nous tient en haleine de la première à la dernière page. Pendant un peu moins de 40 heures, on va suivre la traque d'un serial-killer diabolique cherchant à mettre à l'épreuve l'amour de deux êtres, il les torture et n'en laisse qu'un sur deux s'en sortir. Dans chaque chapitre, on voit le point de vue de l'un des différents protagonistes : enquêteurs, victimes... Cela donne du rythme au récit et maintient la tension et le suspens. En lisant ce livre j'ai passé un bon moment, mais rien de plus. Ce n'est pas le type de polar que j'aime le mieux.

Extrait du prologue :
On n'est pas obligés d'y aller, dit-elle, si tu n'en as pas envie. John Mercer se regarda dans le miroir, sans répondre. Il vit sa femme avancer les mains pour lui nouer sa cravate. Elle s'occupait de lui, comme toujours. Il leva un peu le menton, pour qu'elle puisse faire le nœud. Elle commença par le laisser flottant, avant de le serrer doucement.
- Les gens comprendraient.
Si seulement c'était vrai ! Ils auraient peut-être l'air indulgents, mais, au fond d'eux-mêmes, ils ne pourraient s'empêcher de penser qu'il s'était dérobé à son devoir. Il imaginait déjà ce que l'on raconterait à la cafétéria. On évoquerait son absence, on dirait qu'il devait être sous le choc, puis peu à peu on lâcherait que, en dépit de ce qu'il devait ressentir, il aurait dû assister à l'enterrement. Serrer les dents et assumer ses responsabilités. C'était la moindre des choses. Et ils auraient raison. Il serait impardonnable de ne pas y aller. Seulement, il ne savait pas du tout comment il allait faire pour tenir le coup.
Eileen glissa la pointe de sa cravate entre les boutons de sa chemise. Elle la lissa bien.
- On n'est pas obligés d'y aller, John.
- Tu ne comprends pas.
À la lumière du matin, l'air de la chambre semblait bleu acier. Dans le miroir, il avait la peau blanche et flasque, le visage presque éteint. Quant à son corps, bon, elle devait encore tendre un peu les bras pour en faire le tour, mais il n'avait pas l'impression d'être aussi robuste que dans le temps. Les choses qu'il portait semblaient plus lourdes. Il se fatiguait trop vite. Là, bras ballants, il dégageait une impression de vide et de tristesse. Il avait vieilli. Depuis peu.
- Je comprends que tu ne sois pas dans ton assiette, lui dit-elle.
- Ça va aller.

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19 avril 2009

La rêveuse d'Ostende – Éric-Emmanuel Schmitt

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Albin Michel – octobre 2007 - 310 pages

LGF – février 2010 – 246 pages

Présentation de l'éditeur
Pour guérir d'une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du Nord. Sa logeuse, la solitaire Anna Van A., va le surprendre en lui racontant l'étrange histoire de sa vie, où se conjuguent l'amour le plus passionné et un érotisme baroque. Superbe mystificatrice ou femme unique ?

Cinq histoires où Éric-Emmanuel Schmitt montre le pouvoir de l'imagination dans nos existences. Cinq histoires - La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La guérison, Les mauvaises lectures, La femme au bouquet - suggérant que le rêve est la véritable trame qui constitue l'étoffe de nos jours.

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.

Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran,
Oscar et la dame rose et L’Enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine.

Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. Sortie prévue fin 2009.

Mon avis : (lu en décembre 2007 et relu en avril 2009)
J'ai relu avec autant de plaisir que la première fois ces 5 nouvelles donc les personnages principaux sont des femmes. Ce sont des histoires d'amour rêvé ou fantasmé. Les personnages sont magnifiquement décrits, finement analysés, ils ont souvent un semblant de fragilité qui nous les rendent attachants. Ces histoire sont à la fois, émouvantes, captivantes et pleine de sensibilité. Jusqu'aux dernières pages de chacune des nouvelles une question se pose : fiction ou réalité ? Car dans ces histoires, nous sommes souvent surpris ou manipulés...

La rêveuse d'Ostende : un écrivain pour se guérir d'une rupture amoureuse va se réfugier dans une pension de famille, à Ostende. Emma une vieille dame, handicapée, seule va lui confier une histoire secrète très surprenante. C'est une histoire d'amour incroyable et vraiment émouvante.

Crime parfait : une femme tue son mari sur un malentendu.

La guérison : une infirmière complexée, va retrouver confiance en elle grâce aux mots "Quelle chance d'être soigné par une jolie femme..." dit par un malade gravement accidenté...

Les mauvaises lectures : un homme qui n'a que des lectures sérieuses va devenir dépendant d'un roman policier...

La femme au bouquet :  quai numéro trois, gare de Zurich. une femme un bouquet à la main, elle y attend depuis quinze ans quelqu'un, mais qui ?

Ces nouvelles sont à la fois pleine de poésie, de douceur mais surtout pleine de réalisme. A lire !

 

Extrait : (début du livre)
"Je crois que je n'ai jamais connu personne qui se révélât plus différente de son apparence qu'Emma Van A. Lors d'une première rencontre, elle ne donnait à voir qu'une femme fragile, discrète, sans relief ni conversation, d'une banalité promise à l'oubli. Pourtant, parce qu'un jour j'ai touché sa réalité, elle ne cessera de me hanter, intriguante, impérieuse, brillante, paradoxale, inépuisable, m'ayant pour l'éternité accroché dans les filets de sa séduction.
Certaines femmes sont des trappes où l'on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir. Emma Van A. m'y tient.
Tout a commencé un timide, frais mois de mars, à Ostende.
J'avais toujours rêvé d'Ostende.
En voyage, les noms m'attirent avant les lieux. Dressés plus haut que les clochers, les mots carillonnent à distance, distincts à des milliers de kilomètres, envoyant les sons qui déclenchent les images.
Ostende...
Consonnes et voyelles dessinent un plan, dressent des murs, précisent une atmosphère. Quand la bourgade porte le patronyme d'un saint, ma fantaisie la construit autour d'une église; dès que son vocable évoque la forêt - Boisfort - ou les champs - Champigny -, le vert envahit les ruelles; s'il signale un matériau - Pierrefonds -, mon esprit gratte les crépis pour exalter les pierres; évoque-t-il un prodige - Dieulefit -, je conçois une cité posée sur un piton escarpé, dominant la campagne. Lorsque j'approche une ville, j'ai d'abord rendez-vous avec un nom.
J'avais toujours rêvé d'Ostende.
J'aurais pu me contenter de la rêver sans y aller si une rupture sentimentale ne m'avait jeté sur les routes. Partir! Quitter ce Paris trop imprégné des souvenirs d'un amour qui n'était plus. Vite, changer d'air, de climat...
Le Nord m'apparut une issue car nous n'y étions jamais passés ensemble. En dépliant une carte, je fus aussitôt magnétisé par sept lettres tracées sur le bleu figurant la mer du Nord: Ostende. Non seulement les sonorités me captivaient mais je me souvins qu'une amie possédait une bonne adresse pour y séjourner. En quelques coups de téléphone, l'affaire fut réglée, la pension réservée, les bagages entassés dans la voiture, et je m'acheminai vers Ostende comme si mon destin m'y attendait.

Parce que le mot commençait par un O d'étonnement puis s'adoucissait avec le s, il anticipait mon éblouissement devant une plage de sable lisse s'étendant à l'infini... Parce que j'entendais «tendre» et non pas «tende», je me peignais les rues en couleurs pastel sous un ciel paisible. Parce que les racines linguistiques me suggéraient qu'il s'agissait d'une cité «qui se tient à l'ouest», je combinais des maisons groupées face à la mer, rougies par un éternel soleil couchant.

En y arrivant à la nuit, je ne sus pas trop quoi penser. Si, en quelques points, la réalité d'Ostende convergeait avec mon rêve d'Ostende, elle m'imposait aussi des démentis violents: quoique l'agglomération se trouvât bien au bout du monde, en Flandre, dressée entre la mer des vagues et la mer des champs, encore qu'elle offrît une vaste plage, une digue nostalgique, elle révélait aussi comment les Belges avaient enlaidi leur côte sous prétexte de l'ouvrir au grand nombre. Barres d'immeubles plus hautes que des paquebots, logements sans goût ni caractère répondant à la rentabilité immobilière, je découvris un chaos urbain qui racontait l'avidité d'entrepreneurs tenant à capturer l'argent de la classe moyenne lors de ses congés payés.

Heureusement, l'habitation dont j'avais loué un étage était une rescapée du XIXe siècle, une villa édifiée à l'époque de Léopold II, le roi bâtisseur. Ordinaire en son temps, elle était aujourd'hui devenue exceptionnelle. Au milieu d'immeubles récents incarnant le degré zéro de l'invention géométrique, simples parallélépipèdes divisés en étages, étages eux-mêmes découpés en appartements, appartements bouchés par d'horribles fenêtres en verre fumé, toutes symétriques - d'une rationalité à vous écœurer de la rationalité -, elle témoignait, solitaire, d'une volonté architecturale; elle avait pris le temps de se parer, variant la taille et le rythme de ses ouvertures, s'avançant ici en balcon, ici en terrasse, là en jardin vitré, risquant des fenêtres hautes, basses, moyennes, voire des fenêtres d'angle, puis soudain s'amusait, comme une femme se pose une mouche sur le front, à arborer un œil-de-bœuf sous la toiture d'ardoise.

Une cinquantenaire rousse à la face large, couperosée, s'encadra dans la porte ouverte.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Suis-je chez Madame Emma Van A.?
- Correct, gronda-t-elle avec un rustique accent flamand qui accusait son aspect patibulaire.
- J'ai loué votre premier étage pour quinze jours. Mon amie de Bruxelles a dû vous prévenir.
- Mais oui, dis! Tu as rendez-vous ici! Je préviens ma tante. Entre, s'il vous plaît, entre donc.

De ses mains rêches, elle m'arracha mes valises, les planta dans le hall et me poussa vers le salon avec une amabilité brusque.
Devant la fenêtre se découpait la silhouette d'une femme frêle, assise sur un fauteuil roulant, tournée vers la mer dont le ciel buvait l'encre sombre.
- Tante Emma, ton locataire.
Emma Van A. pivota et me dévisagea."

 

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18 avril 2009

Des vents contraires – Olivier Adam

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Edition de l'Olivier - janvier 2009 - 254 pages

Points – janvier 2010 – 282 pages

prix RTL-Lire 2009

Présentation de l'éditeur
« La nuit nous protégeait et à ce moment précis j’avoue avoir pensé que les choses allaient redevenir possibles, ici j’allais pouvoir recoller les morceaux et reprendre pied, nous arracher les enfants et moi à cette douleur poisseuse qui nous clouait au sol depuis des mois, à la fin la maison, les traces et les souvenirs qu’elle gardait de nous quatre, c’était devenu invivable, je ne sortais presque plus et les enfants se fanaient sous mes yeux. »

Depuis que sa femme a disparu sans jamais faire signe, Paul Andersen vit seul avec ses deux jeunes enfants. Mais une année s'est écoulée, une année où chaque jour était à réinventer, et Paul est épuisé. Il espère faire peau neuve par la grâce d'une retour aux sources et s'installe alors à Saint-Malo, la ville de son enfance.

Mais qui est donc Paul Andersen ? Un père qui, pour sauver le monde aux yeux de ses enfants, doit lutter sans cesse avec sa propre inquiétude et contrer, avec une infinie tendresse, les menaces qui pèsent sur leur vie. Dans ce livre lumineux aux paysages balayés par les vents océaniques, Olivier Adam impose avec une évidence tranquille sa puissance romanesque et son sens de la fraternité.

Auteur : Olivier Adam est né en 1974. Il a grandi en banlieue parisienne. Après avoir travaillé à Paris dans une agence d'ingénierie culturelle – où il a entre autres contribué à créer le festival littéraire « Les correspondances de Manosque » – puis aux Éditions du Rouergue en tant qu'éditeur, il s'est installé près de Saint-Malo. Il est l’auteur de nombreux romans dont Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, salué de concert par le public et la critique en 2005 et À l’abri de rien, prix France Télévisons 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008. Des vents contraires est son sixième roman. Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma, dont Poids léger et Je vais bien, ne t’en fais pas (primé aux Césars en 2007) dont il a écrit le scénario avec Philippe Lioret.

Mon avis : (lu en avril 2009)

J'avais très envie de lire ce livre depuis qu'il est sorti et c'est seulement maintenant que j'ai pu me le procurer à la bibliothèque. Je viens de le finir et à la fois, j'en suis chamboulée et mon plaisir est total ! L'histoire est triste, mais pudique à la fois. C'est l'histoire de Paul, il est perdu dans sa vie : sa femme a disparu, ses deux enfants Clément (9 ans) et Manon (4 ans) s'accrochent à lui. Il est écrivain mais depuis le départ de sa femme, il n'arrive plus à écrire. Il s'interroge sur le pourquoi de ce départ et il n'a aucune réponse satisfaisante à donner à ses enfants... Après plus d'un an d'attente, il part avec ses enfants se réfugier à Saint-Malo sa ville d'enfance où son frère lui propose un emploi de moniteur dans l'auto-école familiale. Paul va rencontrer d'autres personnages en détresse ou à aider (Justine, Élise, Bréhel, Thomas et son père...), il va beaucoup boire, peu dormir... A la fin, la recherche de la vérité a abouti et maintenant il va falloir vivre avec cette vérité...

On ressent superbement bien tout l'amour et la tendresse que Paul a pour ses enfants : il veut tout faire pour que Clément retrouve son espièglerie et Manon retrouve le goût de vivre.

J'ai également beaucoup apprécié les descriptions de la mer, des plages, des paysages (que je connais) ainsi que l'hiver, avec le vent et la tempête à Saint-Malo... C'est superbement décrit, on ressent parfaitement le climat, l'ambiance des lieux. Encore un livre d'Olivier Adam que j'ai aimé malgré son ton triste et désespérant...

Extrait : (page 21)

L'hôtel donnait sur la plage, demeure bourgeoise et surannée livrée aux embruns, de la salle à manger aux chambres c'était une débauche invraisemblable de tissus fleuris et de bouquets séchés, partout le bois des meubles luisait et diffusait un parfum doux de miel et d'encaustique. Manon s'est précipitée sur le matelas, un édredon profond comme une poudreuse le couvrait de roses. J'ai ouvert les rideaux et la mer éclaboussait la promenade, on la distinguait mal du ciel, des gerbes d'écume jaillissaient en éclats blanchâtres, surprenaient les passants rares, qui s'écartaient en poussant des cris aigus. La petite a sauté sur le lit pendant une bonne demi-heure. Les ressorts hurlaient à la mort. Clément l'ignorait, enfoncé dans un fauteuil, les jambes prises dans la liane de ses bras minces, il fixait le téléviseur où les chaînes défilaient à un rythme hypnotique. Je lui ai demandé de l'éteindre et nous sommes sortis sur le balcon, deux transats grelottaient sur le bois du plancher et la nuit s'argentait aux abords des lampadaires. La mer déferlait en un fracas croissant. On ne s'entendait plus parler. Je me suis mis à gueuler. Pour rien ni personne. Un cri noir et profond comme le monde.

Extrait : (page 179)

Le chemin glissait le long de la falaise, par les rochers on gagnait le sable et les voiliers à fond de cale. J'en ai choisi un blanc et bleu. Mes pieds s'enfonçaient dans la vase et dans certains creux, l'eau m'arrivait aux mollets. Je me suis hissé sur le pont, la cabine était ouverte et minuscule, j'ai sorti ma bouteille de la poche de mon manteau et je l'ai vidée allongé sur la banquette. Des hublots étroits j'apercevais le désert de sable et l'embouchure du havre. La pluie avait cessé et la lumière jaune mangeait le ciel noir en surplomb des eaux vert-de-gris. J'ai fermé les yeux sans dormir et j'ai attendu. Que la marée me prenne et m'emporte. De temps à autre j'y jetais un œil, je la voyais progresser. Bientôt j'ai senti le bateau s'élever. Il voguait immobile et cerné de toutes parts, un vent calme faisait tinter les filins d'acier le long du mât. Douces comme la soie, les vagues faisaient mine de m'emporter. Dans quatre ou cinq heures elles me déposeraient sur le sable et j'aurais le sentiment d'une traversée.

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