la_chaussure_sur_le_toit Gallimard – août 2007 – 217 pages

Présentation de l'éditeur
Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.
L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l'auteur.

Biographie de l'auteur
Vincent Delecroix, né en 1969, vit et enseigne la philosophie à Paris. Son précédent roman, Ce qui est perdu, a paru en 2006. A la porte, publié en 2004, a été adapté pour le théâtre et interprété par Michel Aumont.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Original ce roman ou ces 10 nouvelles qui tournent autour d'un seul fait : une chaussure sur le toit d'un immeuble parisien. Les personnages sont les habitants d'un immeuble, et chacun a son explication. Ces habitants sont très différents : une petite fille qui ne veut pas dormir, un apprenti cambrioleur, une fiancée éplorée, un ancien animateur de télévision qui entend des voix, Ulysse, Néoptolème et Philoctère trois braqueurs, un écrivain débutant qui croit aux contes de fées, un chien, une vieille dame seule, un artiste contemporain...

Toutes les nouvelles sont très différentes tantôt drôles, tantôt plus tristes mais elles évoquent chacune à leur façon la solitude comme cette chaussure sur le toit. Je me suis laissée prendre par chacune des histoires et j'ai passé un très bon moment de lecture.

Extrait : (page 34)

"Oh mon amour, je voudrais que, là où tu te trouves, tu ne souffres plus jamais. Par moments même, je voudrais que tu m'aies oubliée, pour que je ne sois pas un objet de souffrance pour toi. Et puis, le moment d'après, bien sûr, je voudrais que tu ne m'oublies jamais, au contraire, et n'être pas la seule à regarder par la fenêtre en pleurant, à rester là comme une idiote, les bras ballants, inutile, avec tout mon corps inutile et mon sourire pour personne, ces dents éclatantes pour ne rien croquer, et tous ces jours vides devant moi.
Au moment où je t'ai perdu, j'ai bien compris que la souffrance allait être terrible. Je l'ai compris immédiatement, avec les premières larmes et les premières injures. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'était l'ennui. Je m'apprêtais à souffrir d'amour et d'
injustice
, mais pas à souffrir d'ennui. Cette souffrance-là aiguise les autres, et les creuse et les écorche à chaque instant. Je veux bien que les souvenirs me brûlent, mais je ne sais pas quoi faire avec ce présent vide, cette plaie."