11 avril 2009

Le monde sans les enfants et autres histoires – Philippe Claudel

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Stock – octobre 2006 – 181 pages

LGF - mars 2008 – 153 pages

Présentation de l’éditeur
Les enfants aujourd'hui ne s'en laissent pas conter, mais ce sont néanmoins des enfants, avec leurs angoisses, leur naïveté, leurs interrogations, leurs espoirs. Ces histoires, souvent cocasses et drôles, leur ouvrent une fenêtre poétique et parfois philosophique sur le monde. Au fil des pages, on croise des fées maladroites, des balayeuses de soucis, des chasseurs de cauchemars, des fillettes qui inventent des vaccins pour rendre les gens heureux, et d'autres personnages pleins de tendresse.

Toujours avec pudeur et émotion, Philippe Claudel aborde, grâce à eux, des sujets graves ou tabous, comme la maltraitance, la maladie, la guerre, la mort, la différence, mais aussi tout simplement ces petites peurs ou ces complexes que l'on doit vaincre pour devenir grand. Ces histoires à partager en famille sont une invitation au dialogue, au débat avec les adultes une fois le livre refermé car les grandes personnes oublient trop facilement les enfants qu'elles ont été, et leur responsabilité à l'égard des générations à venir. De superbes illustrations de Pierre Koppe accompagnent ce livre touchant et poétique, pour petits et grands.

Quatrième de couverture (LGP)
Vingt histoires, à dévorer, à murmurer, à partager. Vingt manières de rire et de s’émouvoir. Vingt prétextes pour penser à ce que l’on oublie et pour voir ce que l’on cache. Vingt chemins pour aller du plus léger au plus sérieux, du plus grave au plus doux. Vingt façons de se souvenir de ce qu’on a été et de rêver à ce que l’on sera. Vingt regards pour saisir le monde, dans sa lumière et dans ses ombres. Vingt raisons de rester des enfants ou de le redevenir. Vingt sourires. Vingt bonheurs. Vingt battements de cœur.

Auteur : Philippe Claudel est né en 1962. Auteur notamment des Ames grises (Stock, 2003) et de La petite fille de Monsieur Linh (Stock, 2005). Ses livres sont traduits en plus de vingt-cinq langues.

Mon avis : (lu en novembre 2006 et relu en avril 2009)
C’est un ensemble de 20 histoires ou poèmes autour de l'enfance. Ce livre est très touchant, il nous montre à quel point il est important de rester enfant, ou de le redevenir pour continuer d'espérer, de rêver, de voir le monde en couleur.

Dans ces vingt textes courts plein de poésies, de tendresses, de drôlerie et de réflexion sur notre monde, on trouve un monde où tous les enfants ont disparu, un grand-père qui ne trouve pas d'histoire à raconter à ses petits enfants, Coraline qui ne croit pas au pouvoir d'une fée, Louis qui fait d'horribles cauchemars, Lucas qui disparaît dans les pages d'un livre, Wahid, le petit voisin, qui explique que pas très loin de chez nous, tout à côté, il y a la guerre, comme dans les films sauf que chez lui à Bagdad ce n'est pas un film et qu'il y a des morts et pas des morts qui se relèvent après avoir joué aux morts. Non, des vrais morts qui restent morts tout le temps et pour toujours... Il y a aussi Zazie qui invente un vaccin pour rendre les gens gentils, Juju qui ne s'aimait pas du tout, la petite fille à la bulle, Raymond un vieux chasseur de cauchemars, Jaimé, fillette de 6 ans, qui travaille sur un grand tas d'ordures, un petit âne qui voulait devenir blanc, le gros Marcel, la petite fille qui ne parlait jamais, Léon qui regardait trop la télévision...

J'ai beaucoup aimé ce livre en particulier les nouvelles « Le petit voisin » et « Jaimé ». Ce livre peut être lu aussi bien par les adultes que des pré-ados.

Extrait : (page 64)
Chaque matin, lorsque je vais à l'école, enfin ce qui reste de mon école car les murs et le toit sont percés comme une passoire, je dois faire très attention, c'est ce que me dit ma mère. Je pense que la tienne te dit la même chose, c'est normal, les mères, elles sont toujours inquiètes pour leurs enfants.
Je suppose que, quand tu traverses la route, tu dois faire attention aux voitures qui passent. Moi, c'est comme toi, mais je dois aussi faire attention aux voitures qui ne roulent pas. Celles qui sont arrêtées, immobiles, avec personne dedans, parce que de celles-là, il y en a tous les jours qui explosent, sans prévenir. Le problème, c'est qu'on ne sait pas distinguer celles qui vont exploser de celles qui sont inoffensives, qui sont de vraies voitures quoi !

Extrait : (page 101)
Jaimé marche sur le chemin de la décharge
Elle tient dans sa main droite
Un grand crochet de fer
Dans sa main gauche
Le bras de son petit frère

Demain je quitterai la ville
J'aurai un bel habit très blanc
Et je rendrai visite à mon prince charmant

Jaimé fillette de six ans
Se lève bien avant le soleil
Et se couche après lui
Elle a des cheveux d'or
des yeux couleur de miel
Une peau de cuivre clair

Demain je ferai le tour de la Terre
J'aiderai toujours mon père et ma mère
Mes six soeurs et mes trois frères
Je mangerai deux fois par journaliste
J'aurai une vraie maison
De pierre de brique ou bien de bois

Déjà lu du même auteur : 

les_ames_grises Les âmes grises la_petite_fille La petite fille de Monsieur Linh 

 

 

 

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La grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt

la_grand_m_re_de_Jade Actes Sud – janvier 2009 – 391 pages

Présentation de l'éditeur
J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en n'a jamais rien su pendant toute notre vie commune. Jade eut l'impression que Mamoune lui assénait cette révélation comme si elle avait fait le trottoir, transformant la lecture en une activité inavouable.

Mot de l'éditeur :
Une jeune femme moderne « kidnappe » sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite. Frédérique Deghelt livre un intimiste récit à deux voix. A travers le charme délicat de l’aveu, d’une écriture légère, elle procure à ses personnages la force et l’audace de réinventer leur vie. Pour éviter à sa grand-mère – Mamoune au parfum de violette et de fleur d’oranger – un placement en maison de repos, Jade « l’enlève » et l’installe dans son appartement parisien. L’octogénaire savoyarde et la jeune femme célibataire, journaliste indépendante, vont tisser avec douceur et simplicité une vie commune nourrie de leurs souvenirs. Mais, derrière les choses ténues du quotidien, c’est l’émouvante tragédie de la vie qui se déroule. Celle-ci se dévoile dans les récits croisés des deux femmes, l’une, écrivain en devenir, l’autre, lectrice passionnée qui a secrètement fait de ses montagnes savoyardes son cabinet de lecture. Se construit alors un échange littéraire au cours duquel elles se livrent et se découvrent. Jade, qui concevait sa vie sans ancrages ni repères, apprend de sa grand-mère que c’est dans la confiance et l’acceptation de l’autre, et seulement là, que l’on a des chances d’être soi. Grâce à Mamoune, touchante dans sa dignité chancelante, l’appartement de Jade devient le lieu de tous les possibles. Habilement, de sa prose douce et bienveillante, Frédérique Deghelt nous raconte la libération d’une jeune femme perdue dans l’agitation de sa vie. Et livre le portrait étonnant et tendre d’une grand-mère en qui éclot un sentiment amoureux imprévisible.

Biographie de l'auteur
Journaliste et réalisatrice de télévision, voyageuse infatigable, avec Paris pour port d'attache, Frédérique Deghelt a publié en 1995 aux éditions Sauret, un premier roman, La valse renversante et chez Actes Sud, La vie d'une autre (2007), je porte un enfant et dans mes yeux l'étreinte sublime qui l'a conçu (2007).

Mon avis : 5/5 (lu en avril 2009)

Ce livre m'a été plusieurs fois conseillé et lorsque son tour est arrivé dans ma PAL, je l'ai pris en mains avec envie et je n'ai pas été déçue, j'ai adoré.

Ce livre est plein de tendresse, j'ai beaucoup aimé cette complicité qu'il y a entre Jade et sa grand-mère. "Mamoune" est une vieille dame exceptionnelle, cultivée, remplie de joie de vivre. Comme Jade, elle a une passion pour les mots, les belles phrases qui ont du sens. Elles vont se découvrir l'une et l'autre avec douceur et simplicité.

J'ai passé un formidable moment de lecture que j'aurai voulu prolonger longtemps... Je savais que la fin était surprenante, et pas un instant je ne l'avais imaginée ainsi ! Ce livre m'aura donné beaucoup de bonheur et d'émotions multiples. A lire absolument si comme moi, vous aimez les livres et lire !

Extrait : « Je suis entrée dans les livres par effraction, sans l'instruction qui donne le goût et l'aptitude à la lecture. En ouvrant des livres, j'ai choisi la pire chose qu'une femme de mon milieu puisse faire. J'ai contemplé un monde qui m'était interdit. J'avais parfaitement conscience que ce n'était pas le mien. Je l'ai contemplé longtemps. Puis j'ai refermé la porte, mais il m'était désormais impossible d'oublier  ce que j'avais entrevu : un espace immense dont je ne pourrais plus me passer. Pourquoi  ai-je passé ma vie à effectuer des allers-retours entre la terre sur laquelle je suis née et celle que je convoitais sans jamais la sentir mienne ? J’ai pris bien soin de refermer la porte derrière moi, de ne jamais mélanger mes deux vies : celle de la petite montagnarde et celle de la lectrice de romans.

Quand je vivais dans la première, penser que la seconde existait me donnait de la force puis, quand je rejoignais la seconde, je ne pensais plus qu’il puisse en exister une autre. J’ai changé ce qui était au départ une grande timidité en manière de vivre.

Et puis j’ai découvert comment le monde des livres fort de son savoir avait parfois éliminé le mien, celui des contes inlassablement répétés au coin du feu. Des histoires qui auraient été écrites par ceux qui venaient de chez moi s’évaporaient dans la nature dont elles étaient issues. Leurs auteurs oubliaient leurs origines trop modestes.

Je suis une femme entre deux cultures. Je sais le nom de chaque plante et leurs vertus thérapeutiques que ma mère m’a enseignées. Je connais plus d’histoires que mon fils n’en a dans sa bibliothèque. Lui ne sait plus rien, il a des livres. Avant que la météo ne m’annonce les erreurs du lendemain, le ciel m’a murmuré ce que ne disent pas les images satellites. J’ai appris cela avec mon grand-père qui était berger. Lui ne savait pas lire et disait que la mort se moque des livres et des savoirs. Il n’y a pas de mode d’emploi, de guide de l’au-delà disponible en librairie ou enseigné par qui que ce soit. Une lueur d’infini peut-être. Tout ce qui meurt dans la nature finit par renaître. Est-ce un espoir pour autant ? »

Posté par aproposdelivres à 10:35 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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