03 avril 2009

Les mains nues - Simonetta Greggio

les_mains_nues Stock – février 2009 – 169 pages

Présentation :
Emma est vétérinaire de campagne. À quarante-trois ans, au beau milieu d'une vie rude, autarcique et solitaire, elle voit débarquer le jeune Giovanni, adolescent fugueur de quatorze ans, dont elle a autrefois connu les parents, Micol et Raphaël. Ce qui s'est joué entre eux, elle a voulu l'oublier, l'enfouir au plus profond. Elle souhaiterait que Giovanni parte, mais il reste. Et s'installe peu à peu entre eux une histoire tendre, fiévreuse et maladroite. Lorsque Micol revient chercher son fils, elle croit comprendre l'irréparable, la liaison entre Emma et Gio. Il y aura procès. Il y aura vengeance. Mais de quoi, et de qui, se venge-t-on ? D'un amour qui reste tabou ? Ou d'un passé dont les blessures ne se sont pas refermées ?

L'auteur :

Italienne, Simonetta Greggio écrit en français. Elle a publié chez Stock deux romans, La douceur des hommes (2005) et Col de l'Ange (2007), et une longue nouvelle, Etoiles (Flammarion, 2006). Elle a également participé à un recueil de nouvelles intitulé Huit (Calmann-Lévy, 2008).

Mon avis : (lu en avril 2009)

Ce livre nous dresse le beau portrait  d’Emma, une femme aux mains nues et rugueuses. Emma est vétérinaire à la campagne : elle ne ménage pas sa peine, elle ne compte pas son temps, il n’y a pas de congés pour elle. Elle habite seule dans une campagne rude.

Quand elle avait 25 ans, elle a beaucoup aimé Raphaël.

Maintenant elle a 43 ans, Gio le fils de Raphaël a bientôt 15 ans, il fuit sa famille et vient passer l’été avec Emma. Malgré la différence d’âge, une histoire d’amour va naître…

Cet amour tabou va être puni par un procès, mais aussi par l’exclusion de la part des bien-pensants.

Le sujet est délicat, mais ce roman est tout en subtilité, beaucoup de sensibilité et de justesse. Il y a de la noblesse dans les sentiments évoqués : l’amitié, l’amour filial, l’amour pour les hommes, l’amour pour les animaux. Le livre est bien écrit et se lit avec plaisir.

Extrait : (début du livre)

«Cette nuit, comme tant d’autres, je ne dors pas. Je reviens en arrière et je repense à nous, à ce que nous aurions dû être, à ce que nous avons été. J’essaie de comprendre ce qui nous a poussés à agir comme nous l’avons fait. A quel moment la vie nous a donné le choix, et pourquoi nous l’avons dédaigné. Mais changer de direction aurait été renoncer à soi-même. Ce que nous n’avons pas fait.

   Le jour où tout a commencé – recommencé, devrais-je dire -, je n’avais aucune idée que, né du cœur même de mon histoire, nid de vipères dans ma réserve de bois pour l’hiver, avant le soir quelqu’un allait frôler ma joue du bout du doigt et, aussi inévitable que l’explosion d’une bombe à retardement, ce simple geste allait se répercuter non seulement sur mon avenir mais aussi sur la vision que j’avais de mon passé.

   C’était au mois de juin, il y a un peu plus de quatre ans, maintenant. A quelle date exactement, je ne m’en souviens pas. Tout le reste je le sais par cœur, tout le reste je ne l’oublierai plus. Mais la date, non, même en allant chercher dans un calendrier. Disons que ça devait être au début du mois, car le vêlage, qui débute en janvier, se termine généralement en avril avec la mise en herbe, et la génisse pour laquelle on m'avait appelée était très en retard.»

Extrait : (page 169)

« L’ai-je déjà dit ? Je suis fière de mes mains. Elles sont dures et lisses comme du cuir, les ongles coupés ras, les tendons saillants. Jamais je ne mets de gants, la délivrance, j'ai besoin de la toucher. Je vois cela comme un héritage de maman : si elle n’a pas réussi à faire de moi une musicienne, elle m’a tout de même légué sa poigne puissante et sensible. Des mains comme de bons outils, faites pour plonger au cœur de la vie. Je n’ai pas d’anneau aux doigts, pas de liens aux poignets. J'aurais traversé ma vie les paumes ouvertes et laissé couler le temps comme de l'eau, comme du sable, sans rien garder.»

Posté par aproposdelivres à 16:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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