20 mars 2009

Gamines – Sylvie Testud

Gamines Fayard – aout 2006 – 301 pages

Présentation de l’éditeur

- Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman ?
- J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
- Tu lui ressembles tellement, a dit ma sœur.
J'ai mis la photo dans la poche de mon jean. Je me suis assise dessus pendant trente ans.
- La photo est ressortie de ma poche ! J’ai dit à mes sœurs. J'ai vu l'homme de la photo !
- Qui ?
- Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n'est pas une photo, c'est un homme.
J'ai donc un père. Que dois-je faire ? Trente ans que je réponds : " Je n'ai pas de père. Je n'ai qu'une photo. " Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : " Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. "

Biographie de l'auteur
Sylvie Testud est comédienne. En 2001, elle a obtenu le César du meilleur espoir féminin pour "Les Blessures assassines" et, en 2004, le César de la meilleure actrice pour "Stupeur et tremblements". Son précédent roman, Le ciel t'aidera, est paru chez Fayard en 2005.

Mon avis : (lu en mars 2007)

Ce roman de Sylvie Testud est un peu autobiographique quoi qu’elle en dise. Il raconte l’histoire de 3 sœurs Corinne 12 ans, Sybille 10 ans et Georgette 8 ans qui sont élevées par leur maman, leur papa étant parti. C’est Sybille qui raconte la vie quotidienne, les bêtises, les disputes mais aussi la solidarité entre elle et ses sœurs. Et l'ombre du "Il" qui plane au-dessus de tout cela. Le père jamais vu dont on ne parle pas. Dans le dernier tiers du livre, on retrouve Sibylle adulte, devenue actrice reconnue et une rencontre pleine d’émotion va avoir lieu avec ce père. Ce récit est plein de tendresse et d’humour. C’est très bien écrit, plein de fraîcheur, les personnages de Sibylle et ses sœurs sont très attachants. J’ai passé un très bon moment avec ce livre.

Extrait : (page 116)
Si ma mère est la seule adulte de cette église à ne pas communier, ce n'est pas parce qu'elle porte de vilaines godasses ; c'est qu'elle n'a plus le droit de manger le corps du Christ. Ma mère n'a pas droit à une hostie. Elle a divorcé. Elle est excommuniée. Voilà que je prends conscience de l'injustice dont un membre de ma famille est victime en plein dans la maison du bon Dieu ! Voilà que je me révolte tout à coup. J'ai dix ans, et je n'aime pas qu'on foute ma mère sur le banc des accusés. Il n'y en a pas d'autres dans cette assistance qui mériterait moins que ma mère ?


Extrait : (page 143)
- C'est qui, ‘il’ ?
C’est vrai, ça... C'est qui ?
'Il', normalement, c'est celui dont on ne parle pas.
Ma mère vient de gober un piment cru, on dirait. Elle est toute rouge, la bouche incendiée, elle a du mal à répondre. Le chef de notre bataillon émerge de la savane grimpante dans notre chambre. Un visage sévère. Un coup d'œil rapide aux deux petites : état d'alerte.
La question ne sera pas reformulée. Réponse ? Le troufion a pris son regard méfiant. La plus petite se place au côté de la commandante.
Silence.

Extrait : (page 169)
- Tu serais contente, toi, si maman se remariait avec lui ?
Oui, avec n'importe qui je serais ravie ! Que le premier qui passe soit béni ! Je lui ouvre mes bras ! Lui ou un autre, je m'en fiche ! Qu'elle se remarie et qu'elle soit des parents comme les autres. Aux anniversaires, je n'aurais plus à danser de slow avec elle. On n'aurait plus besoin de surveiller si elle est triste ou non. Ce ne serait plus notre faute. Ce serait sa faute à lui ! On pourrait l'accuser. Nous, on serait seulement des enfants. On s'en foutrait complètement ! Il saurait sûrement conduire. On se ferait plus klaxonner par les autres voitures. Pour lui, on aurait pas la honte. Le voisin ne nous regarderait plus de la même manière. Kader ne me ferait plus tomber. J'aurais le droit de 'faire le con' ! Les hommes, ils aiment que les enfants fassent les cons ! Je sais aussi bien que mes soeurs que c'est impossible. Notre mère n'aura jamais de mari. Notre mère n'est pas une mère à mari.

Extrait : (page 240)
Mes sous-vêtements sont éparpillés aux quatre coins de la chambre. On pourrait penser que j'ai passé une nuit torride.
J’ai passé une nuit exécrable ! Une nuit à me retourner dans mon lit. Une nuit à allumer et éteindre la loupiote ! Une nuit à chercher le sommeil sans le trouver. Une nuit à me brosser les dents après chaque cigarette, jurant que c'était la dernière.
Cette nuit, je me suis posé toutes les questions que j'ai oublié de me poser. Cette nuit, j'ai admis qu''Il' n'était pas une photo. Cette nuit, je me suis rendu compte que, si je porte son nom, c'est pour une raison : 'Il' est mon père.
J’ai donc un père. Cette découverte que je fais à l'âge de trente-quatre ans est tardive, mais de taille. Que dois-je faire ? Trente-quatre ans que je réponds : 'Je n'ai pas de père.' Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente-quatre ans : 'Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça.' Affaire réglée, fin de discussion.


Posté par aproposdelivres à 16:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


19 mars 2009

Le crime parfait – Frank Cottrell Boyce

le_crime_parfait

Traduit de l’anglais par Catherine Gibert

Gallimard-Jeunesse - septembre 2007 – 309 pages

Quatrième de couverture :
Depuis que leur père a claqué la porte du garage familial menacé de faillite, l'équipe Hughes se serre les coudes. Dylan, promu homme de la maison, tient le carnet de bord : pluie, pluie, pluie et encore de la pluie ! Peu de chance d'amélioration à moins que l'élégant visiteur venu mettre à l'abri d'inestimables chefs-d'œuvre dans la carrière abandonnée ne puisse résister à leurs offres commerciales. L'art, assurément, peut transformer la vie !

Auteur : Frank Cottrell Boyce est un célèbre scénariste anglais, on lui doit notamment Welcome to Sarajevo, Hilary and Jacky et 24 hour Party People. Il se destinait à la prêtrise lorsqu'il a rencontré sa femme qui se préparait à être religieuse. Ils ont maintenant sept enfants et habitent près de Liverpool.
Son premier roman, "Millions", a remporté la Carnégie Medal et figuré dans les plus prestigieuses sélections de livres. Il a également fait l'objet d'une adaptation cinématographique.

Mon avis : 5/5 (lu en mars 2009)

J’ai beaucoup aimé ce livre qui mêle humour et culture !

Dylan et sa famille habitent une station-service au bord de la faillite en Angleterre, plus exactement à  Manod, ville grise, pluvieuse et ignorée de tous. Suite à une inondation à Londres, les tableaux de la National Gallery sont mis à l’abri dans la carrière de Manod, sous la surveillance de Lester. Grâce à un quiproquo, Dylan aura accès aux peintures, puis finalement tous les habitants de la ville, à un moment ou à un autre, verront un tableau.

L’auteur s’est inspiré d’un fait divers authentique pour raconter cette histoire. Le récit se lit très facilement et est plein d’humour. Des situations cocasses, des personnages excentriques, 11 tableaux et un village qui va devenir créatif et solidaire. En effet, certains habitants après avoir vu une œuvre d’art changent leur regard sur la vie et sur les gens. Les personnages sont vraiment très attachants, souvent naïfs mais aussi sensibles.

Voici les tableaux rencontrés dans ce livre :

la_joconde

La Joconde – Léonard de Vinci (1452-1519) (Le Louvre - Paris)

la_belle_jardini_re_2

La Belle Jardinière – Raphaël (1483-1520) (Le Louvre - Paris)

Noix_melendez

Nature morte aux noix et aux oranges – Luis Meléndez (1716-1780) (The National Gallery - Londres)

Vieille_femme_grotesque

Vieille femme grotesque – Quentin Matsys (1465-1530) (The National Gallery - Londres)

lesparapluies

Les Parapluies – Auguste Renoir (1841-1919) (The National Gallery - Londres)

Diptyque_de_Wilton_1

Diptyque de Wilton environ 1395-1399 – artiste inconnu (The National Gallery - Londres)

la_captive_grecque_1823__Henriette_Browne

La Captive grecque – Henriette Browne (1829-1901) (The National Gallery - Londres)

Les_Epoux_Arnolfini

Les Epoux Arnolfini 1434 – Jan Van Eyck (x – 1441) (The National Gallery - Londres)

Bain___la_Grenouill_re

Bain à la Grenouillère – Claude Monet (1840-1926) (The National Gallery - Londres)

les_Ambassadeurs

Les Ambassadeurs – Hans Holbein le Jeune (1498-1543) (The National Gallery - Londres)

les_tournesols

Les Tournesols – Vincent Van Gogh (1853-1890) (The National Gallery - Londres)

Un livre destiné aux enfants à partir de 11 ans, mais très distrayant et instructif pour les adultes ou "grands enfants" !

Extrait du livre :
L'Oasis automobile du parc de Snowdonia
Commune de Manod
11 février

Voitures aujourd'hui :
FORD FIESTA BLEUE : Mlle Stannard (barre chocolatée)
CAMION REMORQUE SCANIA 118 : dépanneuse de Wrexham

Temps : pluie

Remarque : Ne pas confondre huile et antigel

Mon père peut tout réparer (demandez à n'importe qui, tout le monde vous le dira). Les Toyota, les Hyundai, les Ford. Et même la microscopique Daihatsu Copen (vitesse maximale : 170 km/h) de la mère de Tom Sympa que, vu sa taille de marshmallow, on est obligé de réparer à la pince à épiler.
Mais les compétences de papa ne s'arrêtent pas aux voitures.
J'en veux pour preuve la fois où on était à Prestatyn quand Minnie a voulu se baigner et que j'ai refusé d'entrer dans l'eau parce qu'elle était trop froide. Minnie n'arrêtait pas de me seriner :
- Viens. Elle est super bonne, une fois qu'on est dedans.
Et je répondais systématiquement :
- Non.
Papa s'est levé, il est allé à la caravane et il en est revenu avec la bouilloire pleine d'eau chaude. Il a versé l'eau dans la mer et m'a dit :
- Dylan. Goûte-la. Dis-moi si ça te va ou s'il faut que j'en rajoute.
- Non, elle est bonne maintenant. Merci, p'pa, ai-je répondu.
- Tu es sûr ?
- Sûr et certain.
- Pas trop chaude ? -Non, juste bien.
- Tu n'as qu'à m'appeler si elle refroidit. Je peux toujours remettre de l'eau à chauffer.
Après quoi Minnie m'a éclaboussé et je l'ai éclaboussée, et on est restés dans l'eau jusqu'au coucher du soleil.
Papa avait réparé la mer pour moi. Ça force l'admiration.
Ma grande sœur, Marie, n'est pas entrée dans l'eau même après la réparation de papa.
- Vous n'avez donc pas idée de ce que l'eau de mer fait aux cheveux ? S’est-elle insurgée.
Et plus tard, quand on jouait au Monopoly dans la caravane, elle a sorti :
- Tu as vraiment cru qu'une malheureuse bouilloire allait réchauffer la mer d'Irlande ?
- Pas toute la mer, évidemment, ai-je répondu. Juste le petit bout où on nageait.
- Comme si ça allait marcher pour de vrai, est intervenue Minnie. Attends que je t'explique les lois de la physique...

Posté par aproposdelivres à 11:44 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

17 mars 2009

Le dresseur d’insectes - Arni Thorarinsson

le_dresseur_d_insectes Métaillié – octobre 2008 – 345 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Présentation de l'éditeur
Au lendemain de la grande fête des commerçants de Akureyri, la grande ville du Nord de l'Islande, on dénombre de nombreuses gueules de bois, quelques dépucelages, plusieurs agressions, plusieurs viols aussi. Mais une femme qui se présente sous le nom de Victoria demande à Einar, le correspondant local du Journal du soir, de se rendre immédiatement, avec la police, dans une "maison hantée" de la vieille ville: ils y découvrent le corps d'une jeune fille étranglée. Personne n'a signalé de disparition. Peu après, Einar apprend que son informatrice, entrée dans une clinique de désintoxication, a été assassinée. Fort de son expérience d'ancien alcoolique, il se fait interner pour mener son enquête. Résistant à la pression de son rédacteur en chef avide de sensationnel, il saura découvrir l'identité réelle des deux victimes, engluées dans des relations perverses, et impuissantes devant les puissances de la modernité qui transforment à marche forcée une société dans laquelle la famille a gardé toute son importance. L'auteur prend le temps de nous présenter ses personnages et leurs ressorts intimes, il nous embarque dans un monde qu'il construit avec beaucoup d'ironie et de tendresse et dont la bande-son très rock and blues, d'où est tiré le titre du livre, donne l'ambiance.

Biographie de l'auteur
Arni Thoraninsson est né en 1950 à Reykjavik, où il vit actuellement. Après un diplôme de littérature comparée à l'université de Norwich en Angleterre, il travaille pour différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavik de 1989 à 1991. Ses romans sont traduits en Allemagne et au Danemark. Il est également l'auteur de "Le Temps de la sorcière".

Mon avis : (lu en mars 2009)
C’est le second roman d’Arni Thoraninsson après "Le Temps de la Sorcière". On retrouve les personnages du premier roman : Einar, ancien alcoolique, est journaliste au Journal du Soir. Il vit à Akureyri, ville du Nord de l'Islande. Il a une perruche Snaelda, une fille Gunnsa. Et fréquente assidûment le commissaire principal Olafur Gisli.
Au nord de l’Islande, la nuit est interminable ou alors en août, le jour dure longtemps. Aussi, les commerçants de la ville organisent une grande fête et c’est l’occasion de se saouler, de se droguer, de commettre toutes sortes d’agressions, parfois de violer. Ces réjouissances attirent une foule considérable, des touristes islandais et étrangers. Durant cette période, Einar fait un reportage dans une maison qui a la réputation d’être hantée. Peu de temps après, il est contacté par une femme anonyme qui lui demande de retourner dans la maison car une jeune fille vient d’y être assassinée.
L’histoire va prendre son temps pour s’installer. Le cadre policier est presqu’un alibi pour dresser un tableau social de l’Islande. L’auteur nous décrit un pays comme les autres, et la déroute financière qui déstabilise aujourd'hui l'Islande est là pour le démontrer que l'Islande n'est pas hors du monde, qu’elle subit les mêmes violences, et qu’on y meurt aussi étrangement qu'ailleurs…
Les personnages sont attachants et le dépaysement est total.
On apprend également beaucoup sur l’Islande par exemple que les noms des hommes se terminent en –son et ceux des femmes en – dottir car dans ce pays les noms de famille sont rares et que le nom qui suit le prénom est en réalité le prénom du père ou de la mère. Ainsi on appelle Asbjörg : Asbjörg Sigrunardottir Absjörnsdottir car elle est la fille de Sigrun et d’Asbjörn et on appelle Gisli Leopoldsson, le fils de Leopold…

Ce style de policier est différent des livres ("La cité des jarres", "La femme en vert", "La voix", "L’homme du lac") d'Arnaldur Indridason, également islandais, mais j’ai pris beaucoup de plaisir et d’intérêt à le lire.

Extrait : (page : 144)
Comment vais-je me débrouiller, moi ? Voilà la question.
Et comment expliquez-vous que je me dépatouille de la Question du jour en demandant aux gens : les Islandais sont-ils dévergondés ?
Les réponses que je récolte avec August Orn dans la rue piétonne sont les suivantes :
Une jeune lycéenne de dix-huit ans : non, c'est seulement que nous aimons la vie et que nous n'avons pas honte de nous adonner au sexe.
Un homme âgé d'une cinquantaine d'années : les Islandais sont plutôt libres en ce qui concerne le sexe. Fort heureusement. Comment ferions-nous autrement ?
Une femme de plus de soixante-dix ans : cela a beaucoup changé depuis que j'étais jeune. A cette époque-là, tout était interdit. Aujourd'hui, on fait tout ce qu'on veut. Je suis incapable de dire quelle est la meilleure solution, ne connaissant d'expérience que la première.
Un jeune homme de 21 ans : les Islandais sont aussi chauds lapins que les autres. La différence, c'est peut-être qu'eux, ils osent y remédier.

Extrait : (p.163)
Qu'est-ce que ça donne si j'enlève le l et le s d'une femme toute nue et que j'ajoute un t et un a ?
N'y a-t-il donc aucune limite à ce que je suis capable de supporter de la part des gens ?
A trois heures du matin, j'arpentais toujours la salle à manger, horripilé, l'esprit torturé par cette pantalonnade ridicule. Si Victoria ou, du moins, la femme qui se présentait à moi sous cette identité, a monté toute cette mascarade afin de me ridiculiser et, du même coup, rouler la police dans la farine, quel but poursuivait-elle ?
J' ai fait défiler dans mon esprit l'historique de nos
relations, depuis son premier coup de fil jusqu'au dernier, en repensant aux moments que nous avions passés ensemble à Reykjavik et à l'infime quantité d'informations tangibles contenues dans ses propos, qui relevaient le plus souvent d'énigmes insolubles.

 

Posté par aproposdelivres à 16:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

16 mars 2009

La fille de l'Irlandais - Susan Fletcher

La_fille_de_l_Irlandais   La_fille_de_l_Irlandais1

Plon - janvier 2006 - 310 pages

J'ai lu - mars 2008 - 318 pages

traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier

Présentation de l'éditeur
Eve Green, huit ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière. Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition : enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité - à huit ans, c'est une drôle d'éducation à la vie qui lui tombe dessus. Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour... Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénité et dans l'amour, le puzzle de sa vie ; et il en surgit ce magnifique conte d'innocence perdue, de paix et de bonheur retrouvés, de mystères résolus. Ce livre, couronné par les deux prix littéraires les plus prestigieux attribués aux premiers romans en Grande-Bretagne (le Whitbread et le Betty Trask Award), s'est déjà vendu à 200 000 exemplaires en Angleterre.

Biographie de l'auteur
Susan Fletcher est née dans les West Midlands en 1979. La fille de l'Irlandais est son premier roman.

Extrait :

"Sur une feuille blanche, ma mère a écrit : Hier soir, je suis allée sur le chemin, le sien. Mes jambes m’ont conduite là, à travers les fougères, et je me suis assise de nouveau sur la clôture. D’où viennent les taches de rousseurs ? Je lui demanderai. Les chauves-souris étaient sorties et j’ai passé près de deux heures à les regarder.

Je ne connais ni son nom de famille, ni son âge même. Mais c’est le début de quelque chose. Je suis juste au bord. Je l’écris et je le sais.

Elle avait raison, bien sûr.

Quand j’avais sept ans, il s’est passé trois choses.

Au printemps, j’ai appris à écrire mon nom en entier. Cela a pris des semaines, mais quand j’ai su enfin recopier les quinze lettres d’affilée, je les ai écrites partout – dans les livres, sur les meubles, sur mon assiette avec du Ketchup, sur mon bras avec un Bic, sur les fenêtres avec ma salive. Une fois j’ai gravé mon nom au-dessus de la plinthe dans les cabinets du rez-de-chaussée. Ma mère ne s’en est jamais aperçue, mais moi je savais qu’il était là. Je restais sur le siège, à balancer mes jambes et à admirer mon œuvre sous le lavabo. Tracée au pastel.

L’été, j’ai attrapé une insolation. J’avais passé l’après-midi dans le jardin à chercher des vers de terre. Les dalles étaient trop chaudes pour qu’on puisse marcher dessus et le toit de la remise devenait tout mou. Le soir, j’étais écarlate. Elle m’a plongée dans un bain froid et m’a badigeonnée de calamine, mais cela n’a pas suffi. Je n’ai pas pu dormir pendant trois jours. J’étais fiévreuse, grognon, et les draps collaient à mes cloques. Quinze jours plus tard, de nouvelles taches de rousseur sont apparues.

Et dix jours avant Noël, je l’ai perdue."

Mon avis : (lu en mars 2009)

Très belle histoire de cette petite fille de huit ans qui perd sa maman et qui va vivre chez ses grands-parents dans la campagne du Pays de Galles. Sa chevelure rousse ne lui attire pas que des amis, une petite fille du village va disparaître, elle-même recherche des informations sur son père…

Eve Green, enceinte, cherche à se souvenirs et à comprendre les faits qui se sont passés lorsqu’elle avait huit ans. Un récit fait avec l’œil d’un enfant de huit ans sur des histoires d’adultes. Ce livre est construit un peu comme un policier car on rassemble peu à peu les éléments de la vie d’Eve comme pour un puzzle pour comprendre les mystères qui entourent son enfance. Ce livre est très touchant tout comme Eve.

Posté par aproposdelivres à 17:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

15 mars 2009

Malek - Janine Boissard

Malek Fayard – octobre 2008 – 266 pages

Résumé :  Malek est un petit garçon qui ne peut compter que sur lui-même.
Très vite, le destin lui arrache son père et dépouille sa famille de ses terres et de son honneur. Il ne reste que l'école, le travail. Cent fois sujet au doute et à l'abattement, cent fois Malek fait le choix de la connaissance et de la liberté, de l'amour d'autrui et de l'amour du beau. Malek est un petit héros. Il deviendra un humaniste. Romancière de l'enfance et de l'adolescence, Janine Boissard était née pour raconter cette vie pétrie d'espoir et de volonté.
Une histoire si belle qu'elle pourrait être un conte. Et qui est pourtant une histoire vraie.

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris. Très jeune, elle a choisi de se consacrer à l'écriture et publie son premier roman, "Driss", à vingt-deux ans chez René Julliard. Ce livre est signé, comme les trois suivants chez le même éditeur, de son nom de femme mariée : Janine Oriano. Toujours sous le nom d'Oriano, elle se lance dans le roman noir: "Un peu par jeu, parce que toutes les formes d'écriture m'intéressent, et aussi parce qu'on m'avait dit que c'était une façon de vivre de sa plume..." Elle est ainsi la première femme à entrer dans la fameuse "Série Noire" avec "B comme Baptiste".

En 1977, Janine Oriano reprend son nom de jeune fille pour publier aux éditions Fayard sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc" (Robert Laffont), un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997 sur France 2, avec Sandrine Bonnaire.

Également scénariste, adaptatrice, dialoguiste pour la télévision, Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres. Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

Mon avis : (lu en mars 2009)

Dans ce nouveau livre, Janine Boissard raconte l’enfance et l’adolescence du célèbre intellectuel algérien Malek Chebel. Une histoire vraie qui pourrait être un conte. Au début, il y a une famille avec Zhora la mère, Hocine le père et Tayeb le petit frère. Mais Hocine va partir pour la guerre et Zhora retourne vivre avec ses deux fils chez son père. Ce dernier va être dépossédé de ses biens et Malek et son petit frère se retrouvent pupilles de la nation. Loin de sa famille, Malek va vouloir s'en sortir et avec le soutien de plusieurs professeurs il va découvrir la littérature puis la culture. Il gravira tous les échelons l’un après l’autre et obtiendra un doctorat en psychopathologie clinique et psychanalyse et un autre en anthropologie et de sciences de la religion. Ses thèses feront l’objet de livres, lui qui très tôt, a su qu'il serait écrivain. Janine Boissard a su raconter cette belle histoire avec beaucoup de sensibilité. Un beau message d’espoir pour tous les enfants du monde.

Extrait : (page 102)
De bonnes odeurs montent de la cuisine où le dîner se prépare. La famille s'est rassemblée au salon autour de la cheminée. Malek sort fièrement son carnet.
Ses meilleurs notes sont en français et en dessin. Très bonnes en sciences, histoire et géographie, un peu moins en mathématiques. Les remarques sont élogieuses, le directeur a conclu par un 'Malek ira loin' qui l'a projeté au ciel. les oncles se transmettent gaîment le carnet, se lançant les bonnes notes à voix haute. Le visage de Zohra brille de fierté ; nul doute qu'elle se les fera répéter jusqu'à les savoir par cœur.

Extrait : (page 137)
Au fur et à mesure que se déroulaient les scènes, s'échangeaient les répliques tant de fois répétées, une chose stupéfiante s'est produite : les yeux de Malek se sont dessillés, comme après un envoûtement. Camille l'orgueilleuse, repoussant les hommes... Nora la prude, traitant les garçons de balourds, leur préférant la compagnie des filles, jouant avec ses sentiments : une même personne ! Nora-Camille ne l'a jamais aimé et ne l'aimera jamais.
C' est la fin de la pièce, la dernière rencontre entre Camille et Perdican. Elle lui annonce son intention de retourner au couvent.
- Adieu, Perdican, dit-elle sous les huées du public.
- Adieu, Nora, murmure Malek tandis que le rideau retombe.

Posté par aproposdelivres à 18:39 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


14 mars 2009

Salon du Livre de Paris - Exposition du "Petit Nicolas"

J'ai passé un long moment de mon samedi au Salon du Livre de Paris avec l'un de mes fils de presque 14 ans.

salondulivre

salon_du_livre2

C'est une très très grande librairie et j'ai pris beaucoup de plaisir à me promener de stand en stand, avec comme seule envie de feuilleter des livres, j'ai également ramassé sur les stands marques pages, cartes postales, catalogues... J'ai pu prendre dans mes mains un e-book : j'ai eu un impression de fragilité de l'appareil... et je ne me sens absolument pas prête à abandonner le livre papier avec sa couverture colorée, la douceur du papier et le plaisir de tourner les pages ! J'ai également croisé des personnalités dans les allées du salon (Alain Juppé, Jack Lang qui étaient invités à la radio séparément), j'ai pu apercevoir des écrivains (Isabelle Alonso, Bernard Werber, Patrick Graham...) qui participaient à des débats publics. Et bien sûr, beaucoup d'écrivains ou dessinateurs étaient là pour dédicacer des livres...

Mon meilleur souvenir de ce salon reste le suivant : j'ai eu l'occasion d'échanger quelques mots avec un écrivain que j'ai découvert cet été et beaucoup aimé... avec son livre "Les déferlantes", Claudie Gallais. Elle est très sympathique et semblait presque gênée d'entendre tout le bien que nous (les lectrices) pensions de son livre.

P1060920

Après le Salon du Livre, nous sommes partis direction l'Hôtel de Ville voir l'Exposition du "Petit Nicolas" :

P1060922

La Mairie de Paris rend hommage au « Petit Nicolas » à l’occasion du 50ème anniversaire de sa création. L’exposition-hommage, qui a lieu du 6 mars au 7 mai, est la première exposition jamais consacrée à ce personnage créé en mars 1959 par l’écrivain René Goscinny et le dessinateur Jean-Jacques Sempé.

Côté Sempé : Environ 150 dessins originaux en noir et blanc du Petit Nicolas, agrémentés par d'imposantes photos et citations de Sempé et Goscinny, constituent le fil rouge de l'exposition.  Nicolas avec son cartable, souvent le sourire aux lèvres, suit le chemin de l'école. Nicolas se joue de ses professeurs, la plupart du temps ridiculisés. Face à ses parents, il se transforme en gamin ingénu. Dans la cour de l'école, il observe ses camarades turbulents. Les dessins sont parus dès 1959 dans Sud-Ouest Dimanche et dans le défunt magazine Pilote. L'on découvre aussi les éditions originales du Petit Nicolas publiées entre 1960 et 1964 aux éditions Denoël, ainsi que les éditions étrangères, de la République Tchèque à la Corée du Sud en passant par la Malaisie.

Nicolas_1      petitnicolas_2

Côté Goscinny : Restitués comme par magie, les outils de travail de Goscinny figurent en bonne place dans l'exposition. Sa machine à écrire, une RoyaSl Keyston rapportée des Etats-Unis dont il s'est servi pour les textes de Lucky Luke, d'Astérix et du Petit Nicolas, trône royalement. Une vieille édition du Larousse, dans laquelle il puisait pour imaginer les citations en latin d'Astérix, sied non loin de là. Un exemplaire de la revue des anciens du collège français de Buenos Aires, où Goscinny a passé toute sa scolarité, nous permet de jeter un oeil sur des illustrations de vieille dame ou de scènes de famille. Aucun doute là-dessus : l'auteur aurait aussi pu devenir dessinateur, s'il n'avait pas décidé de se consacrer exclusivement à l'écriture de scénarios dans les années 1950.

Semp__Goscinny

Exposition gratuite du 6 mars au 7 mai de 10h à 19h (sauf dimanche et fêtes).

Posté par aproposdelivres à 18:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 mars 2009

Odette Toulemonde et autres histoires - Éric-Emmanuel Schmitt

odette_toulemonde Albin Michel – novembre 2006 - 281 pages

Résumé : 'Cher monsieur Balsan, Je n'écris jamais car, si j'ai de l'orthographe, je n'ai pas de poésie. Or, il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l'importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tuée vingt fois. Odette'. La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde. Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leurs existences. Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages en pleine quête du bonheur.

Auteur : Né à Sainte-Foy-lès-Lyon le 28 mars 1960, réputé pour être l'un des auteurs français les plus lus dans le monde, Eric-Emmanuel Schmitt est diplômé de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm et agrégé de philosophie, une discipline qu'il a enseignée pendant plusieurs années. Tout bascule après l'expérience d'un voyage dans le désert du Hoggar où il rencontre la foi. Point de départ de sa carrière d'écrivain, il publie en 1991 sa première pièce, 'La Nuit de Valognes' et rencontre un succès immédiat. Le jeune dramaturge s'impose véritablement en 1993 avec 'Le Visiteur'. Cette rencontre improbable entre Freud et Dieu lui permet de remporter trois Molières en 1994. Suivent alors de nombreuses pièces dont 'Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran' ou 'Petits crimes entre ami', qui suscitent à nouveau l'adhésion du public. Certaines de ses oeuvres sont adaptées à l'étranger et transposées au cinéma, avec Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou encore Omar Sharif dans les rôles titres. Parallèlement, depuis 1997, Schmitt écrit des romans comme 'La Secte des égoïstes', 'L' Evangile selon Pilate' ou son 'Cycle de l'invisible', avec tout autant de réussite. En 2007 sort le film 'Odette Toulemonde' qu'il adapte lui-même d'après ses propres nouvelles. Eternel aventurier des domaines littéraires, maintes fois récompensé, Eric-Emmanuel Schmitt et son univers optimiste véhicule l'image d'un écrivain populaire, extrêmement présent sur la scène culturelle française.

Mon avis : (lu en mars 2007 et relu en mars 2009)
Ce livre rassemble 8 nouvelles, elles ont été écrites durant le tournage du film ‘Odette Toulemonde’ comme nous l'explique la Postface du livre : "Ce livre relève de l'écriture interdite. Il y a un an, on m'offrit la possibilité de réaliser un film de cinéma. Comme je dus travailler dur pour m'y préparer, apprendre à maîtriser le langage de l'image, du cadre, du son, du découpage, je fus empêché d'écrire. Ensuite, à la veille du premier tour de manivelle, on me tendit un contrat qui m'interdisait le ski et tout sport violent ; lorsque je le paraphai, on me fit comprendre qu'il serait préférable aussi que je n'écrive pas, bien que, de toute façon, je n'en aurais pas le temps. C'était trop me provoquer. Pendant le tournage et le montage, j'ai donc profité de mes rares heures inoccupées pour m'isoler de mon équipe et rédiger sur les bords de table, le matin au petit-déjeuner, le soir dans les chambres d'hôtel, ces nouvelles que j'avais en tête depuis longtemps. J'éprouvais de nouveau le bonheur d'une écriture clandestine, celle de l'adolescence : noircir des pages retrouvait le goût des plaisirs suspects. D'ordinaire, des nouvelles donnent lieu à des films. Ici, ce fut l'inverse. Non seulement mon film m'a permis de composer des nouvelles, mais lorsqu'il fut terminé, histoire de prendre une fois encore le contre-pied, je décidai d'adapter le scénario original en une nouvelle. Le film s'appelle Odette Toulemonde, la nouvelle aussi. Cependant, quiconque s'intéressant au cinéma et à la littérature et prenant connaissance des deux formes en notera surtout les différences, tant j'ai cherché à conter la même histoire en deux langages, utilisant des moyens inégaux, les mots ici, les images animés sur l'écran."

Ces huit nouvelles sont huit histoires d'amours féminines, toutes différentes et toutes touchantes. Elles se lisent facilement et même si elles ne sont pas toujours très gaies, elles laissent une impression de légèreté et de bonheur.        

‘Odette Toulemonde’ a été réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt, le film est sorti en février 2007, avec Catherine Frot, Albert Dupontel, Jacques Weber.

odette_toulemonde_film

Ce film est simple mais remplit d'émotions, il donne envie de croquer la vie à pleines dents, d'écouter Joséphine Baker, d'effacer les frontières qu'on trace toujours entre les gens. Catherine Frot est superbe dans ce rôle. Ce film nous montre que la vie est belle et pleine de petits bonheurs !

Extrait : Odette Toulemonde – (page 124)
On me demande de chroniquer le dernier livre de Balthazar Balsan. D'accord. Si au moins cela pouvait être vrai, si l'on était sûr que c'est le dernier, alors ce serait une bonne nouvelle ! Car je suis atterré. Du point de vue littéraire, c'est une catastrophe. Tout y est consternant, l'histoire, les personnages, le style... Se montrer aussi mauvais, mauvais avec constance, mauvais avec égalité, ça devient même une performance, c'est presque du génie. Si l'on pouvait mourir d'ennui, je serais mort hier soir. (.. .) Quand on a autant le sens des clichés, monsieur Balsan, il ne faut pas appeler ça roman, mais dictionnaire, oui dictionnaire des expressions toutes faites, dictionnaire des pensées creuses. En attendant, voilà ce que mérite votre livre... la poubelle, et vite.

Extrait : Le Faux - (page 121)
Elle repensait à son passé avec stupeur.
Comment ai-je pu croire qu'il m'aimait ? Il avait juste besoin d'une maîtresse belle, gentille et conne.
Belle, gentille et conne...
Belle, Aimée l'était. Jusqu'à la séparation, tout le monde le lui disait. Sauf elle... Car, comme tant de femmes, Aimée n'avait pas reçu la beauté qu'elle admirait. Petite, mince, avec des seins graciles, elle jalousait les géantes aux formes rondes et nourrissait un complexe dû à sa taille et à sa sveltesse. Après sa séparation, elle s'apprécia davantage et s'évalua 'beaucoup trop bien pour n'importe quel homme'.
Gentille, Aimée l'était par mésestime de soi. Fille unique d'une mère qui ne lui avoua jamais l'identité de son père et le traitait en reproche encombrant, elle ignorait le monde des hommes ; aussi, lorsqu'elle entra en qualité de secrétaire dans l'entreprise dirigée par Georges, elle ne sut pas résister à ce mâle plus âgé qu'elle qui représentait à ses yeux de vierge candide à la fois le père et l'amant. Où va se loger le romantisme ? Il lui sembla plus beau d'aimer un homme qu'elle ne pouvait épouser...

Extrait : Wanda Winnipeg – (page 12)
Parce qu'il vient d'énoncer le même cliché que son petit personnel, Wanda Winnipeg a un sourire moqueur qu'elle ne cache pas aux employés, l'air de dire «Pas très malin, votre patron, pas fichu de s'exprimer mieux que vous», puis elle pivote pour tendre sa main à baiser. Le directeur n'a pas saisi son ironie et ne s'en doutera pas car elle lui accorde la grâce de répondre.
- J'espère en effet que je ne serai pas déçue : la princesse Mathilde m'a tant vanté votre éta­blissement.
Par un mouvement réflexe des talons, entre le militaire qui salue et le danseur de tango qui remercie, le directeur accuse le coup : il vient de comprendre qu'en logeant Wanda Winnipeg, il ne reçoit pas seulement une des plus grandes fortunes mondiales mais une femme qui fréquente le gotha.
- Vous
connaissez Lorenzo Canali, naturellement ?
Du geste, elle présente son amant, un bel homme aux cheveux noirs, longs, presque cirés, qui incline la tête en offrant un demi-sourire, parfait dans le rôle du prince consort qui doit à la conscience de son rang inférieur la nécessité de se montrer plus aimable que la reine.
Puis elle s'éloigne vers sa suite, sachant très bien ce qu'on est en train de murmurer dans son sillage.

Posté par aproposdelivres à 09:30 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

11 mars 2009

Toxic planet tome 3 : Retour de flammes – David Ratte

toxic_planet_3 Paquet – novembre 2008 – 46 pages

Présentation : Troisième volet pour Toxic Planet et David Ratte continue de pointer du doigt les errances et les comportements irresponsables des habitants de cette planète. Quoi de neuf depuis Milieu naturel, le premier tome ? La série évolue progressivement, ne se focalisant plus seulement sur l’impact écologique de certaines attitudes et sur une société qui s’est habituée à son univers pollué dans lequel l'herbe verte, le ciel bleu et le chant des oiseaux ne sont plus qu’un souvenir. La nouveauté passe désormais par le recours à des personnages qui s'invitent sur et sous la couverture des albums. Ici, un chef d’Etat occidental modeste par la taille qui ne s’embarrasse pas de principes lorsqu’il s’agit d’aller « emprunter » quelques ressources de matières à des pays dans lesquels il en reste encore un peu. Là, une petite peste, fruit de l’union d’un couple d’écolos, s’ingénie à faire tourner son instit’ en bourrique sous prétexte qu’elle ne se contente pas de leurres lorsqu’il s’agit d’évoquer les animaux.

Auteur :  David Ratte est né le 13/08/1970 à Besançon (Doubs), d'une mère franc-comtoise et d'un père guadeloupéen. Passionné de BD depius toujours, il empoigne son premier crayon vers l'âge de 2 ans et ne le lâche plus. Marié et père de deux enfants, il est installé dans le Sud de la France, à Pezenas depuis 10 ans.

toxicplanet3_pla   toxicplanet3_pla1

toxicplanet3_pla2  toxicplanet3_pla3

Mon avis : (lu en mars 2009)

On retrouve comme lors du Tome 1 et du Tome 2, le concept original de cette série : à force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, l’homme a complètement fait disparaître la nature et tous les habitants de la terre sont obligés de porter des masques à gaz… Dans ce troisième tome, l'auteur donne un plus grand rôle à la jeune Orchidéa (la petite sœur de Sam) qui va devoir aller à l'école pour la première fois de sa vie, et va devoir affronter une de ses institutrices. On verra aussi le président des états unifiés (dont la ressemblance avec un président actuellement en fonction n’échappera à personne…) déclencher une guerre pour le pétrole contre le Kakaweit et afficher sa liaison avec une jeune chanteuse folk prénommée Lydia, qui se promène partout avec sa guitare. On retrouve également les thèmes des fast-food, des OGM, le nucléaire, la pollution... et leurs effets dévastateurs ! Tout cela est traité avec beaucoup d'ironie et d'humour noir.

À déguster sans modération, donc, avec ou sans masque à gaz…
Comme tous les albums des éditions Paquet, celui-ci à été imprimé sur du papier issu de forêts gérées durablement, avec des encres sans solvants minéraux par un imprimeur assurant la bonne gestion de ses déchets dangereux, la sécurisation du stockage des produits dangereux et la non utilisation de produits étiquetés "toxiques" dans le processus d'impression.

Posté par aproposdelivres à 11:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Aya de Yopougon tome 3 - Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

Aya3 Gallimard Jeunesse – octobre 2007 - 128 pages

L'histoire : Arrive enfin le jour de l’élection de Miss Yopougon. Les problèmes pour les candidates sont nombreux, ainsi elles doivent d’abord passer chez Sidiki, le tailleur du village débordé. Une queue monstrueuse s’agglutine devant son étoffe. Innocent, le coiffeur lave et coupe les cheveux de ses clientes, sur un rythme d’enfer. Chez Aya, un véritable remue-ménage a lieu : la secrétaire de son père a été licenciée, faute d’une décision de son grand patron, Bonaventure Sissoko. Elle est venue accompagnée de deux enfants, qu’elle dit être ceux d’Ignace. Evidemment, la réaction de Fanta, sa femme, ne se fait pas attendre. Celle-ci s’éclipse pendant que les deux enfants jouent les siens. Les disputes se multiplient au sein de la maison. La bonne Félicité fond en larmes de peur qu’on la renvoie dans son village. La fin de la journée arrive vite et l’élection va bientôt avoir lieue. Albert, le frère d’Adjoua, se rend de nouveau sur la place du marché et retrouve Innocent. Ce dernier est travesti en femme, afin que ceux-ci puissent passer un peu de temps ensemble. La cérémonie débute enfin, ponctuée de nombreuses surprises…

Les auteurs :
Marguerite Abouet naît à Abidjan en 1971. Elle a douze ans quand ses parents l'envoient avec son grand frère "suivre de longues études" à Paris, où les héberge leur grand-oncle maternel. Après des études moins longues que prévu, elle écrit des romans qu'elle ne fait lire à aucun éditeur, tout en devenant tour à tour punk, super-nounou pour triplés, pour mamies et papis, serveuse, opératrice de saisie, puis assistante juridique dans un cabinet d'avocats. Elle vit aujourd'hui à Romainville et se consacre entièrement à l'écriture. Aya de Yopougon est la première histoire qu'elle destine à la bande dessinée. Avec une voix et un humour inédits, elle y raconte une Afrique bien vivante, loin des caricatures trop souvent répandues. En 2006, elle reçoit avec Clément Oubrerie le prix du Premier album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

Clément Oubrerie naît à Paris en 1966. Après le bac, il entame des études d'art à l'école Penninghen, qu'il interrompt pour partir aux États-Unis. Il y passe deux années, exerce toutes sortes de métiers, mais finit dans un pénitencier au Nouveau-Mexique parce que sans papiers. De retour en France, il illustre des ouvrages pour la jeunesse - une quarantaine à ce jour - et co-fonde La Station, un studio d'animation avec lequel il prépare actuellement un long-métrage signé Anna Gavalda. Il trouve aussi le temps de jouer de la batterie avec un groupe de funk et de voyager, notamment en Côte d'Ivoire. Son talent singulier donne vie avec esprit et authenticité au récit de Marguerite Abouet.

 

Mon avis : (lu en mars 2009)

Après le tome 1 et le tome 2, c'est toujours avec plaisir que j'ai retrouvé Aya et ses amies à Yopougon. Le grand jour de l'élection de Miss Yopougon est arrivé. Toutes les filles se précipitent chez Inno le coiffeur. Le père d'Aya veut sauver son mariage, mais il doit aussi s'occuper des deux enfants qu'il a eu avec sa maîtresse. Le père de Bintou veut prendre une seconde épouse, la France fait toujours rêver, l'homosexualité sujet tabou s'invite dans l'histoire...

C'est frais, pétillant et joyeux et le traditionnel bonus ivoirien à la fin du livre nous raconte un peu plus de cette Afrique avec un lexique pour les expressions pittoresques, des recettes de cuisine typiques... J'attends avec impatience de pouvoir lire le tome 4 !

Aya3_planche_1_

Aya de Yopougon tome 1

Aya de Yopougon tome 2

 

 

Posté par aproposdelivres à 10:32 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

Seul dans le noir - Paul Auster

Seul_dans_le_noir Actes Sud – janvier 2009 – 324 pages

traduit de l'américain Christine Le Boeuf

Présentation de l'éditeur
"Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain." Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad... Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire. En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la "catastrophe" d'une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.

Auteur : Né à Newark, New Jersey le 03 février 1947, figure centrale de la scène culturelle new-yorkaise, Paul Auster commence à écrire des l'âge de 13 ans pour s'imposer vingt plus tard comme une référence de la littérature post-moderne. Diplômé en arts, il se rend à Paris dans les années 1970 où il se plonge dans la littérature européenne et gagne sa vie en traduisant Sartre, Simenon ou Mallarmé. Cette expérience aura une influence considérable sur l'œuvre du jeune écrivain parfois qualifié de 'plus français des écrivains américains'. Son premier ouvrage majeure est une autobiographie, 'L' invention de la solitude', écrite aussitôt après la mort de son père. Devenu célèbre grâce à la fameuse 'Trilogie américaine' et au roman 'Moon Palace', l'écrivain y déploie ses thèmes de prédilections : le rapport en fiction et réalité, la solitude, ou en encore la quête d'identité. Auster écrit également pour le cinéma : on lui doit par exemple l'écriture du scénario de 'Smoke' en 1995 et la réalisation d'un film en 2006, adaptation de son roman 'La Vie intérieure de Martin Frost'. Écrivain aux influences multiples, juives, européennes et bien sûr américaines, Paul Auster a su conquérir le monde entier par on œuvre dense et profonde.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je me suis laissé embarquer par l’histoire et l’imagination de l’auteur. J’ai eu l’occasion de voir la présentation de son livre dans l’émission de La Grande Librairie de France 5 et l’auteur m’avait fait une très bonne impression (déjà, il parlait vraiment bien le français…)

L'auteur nous raconte les pensées d'un homme immobilisé dans son lit, durant une nuit d'insomnie. Il y a plusieurs histoires dans ce livre et l'auteur passe facilement d’une histoire à une autre et c’est parfois un peu déroutant pour le lecteur… Mais  Paul Auster est un conteur formidable avec une imagination débordante. Il aime la magie et la trouve dans le quotidien, il nous force aussi à réfléchir sur nous-mêmes et notre monde.

Il nous parle cinéma (*), il nous décrit avec beaucoup de sensibilité les rapports père, fille, petite-fille, il nous parle de la souffrance et des remords. 

Il faudra que je prenne le temps de lire d’autres de ses livres.

(*) films cités dans le livre :

La Grande Illusion (film français réalisé par Jean Renoir - 1937)

Le Voleur de bicyclette (film italien Réalisé par Vittorio De Sica - 1949)

Le monde d’Apu (film indien réalisé par Satyajit Ray – 1959)

Voyage à Tokyo (film japonais réalisé par Yasujiro Ozu - 1953)

Extrait : (page 56)
J'éteins, et me revoilà dans le noir, enfoui dans cette obscurité sans limite, si apaisante. Quelque part, au loin, j'entends passer un camion qui roule sur une route de campagne déserte. J'écoute l'air qui entre et sort de mes narines. D'après la pendulette sur ma table de nuit, que j'ai consultée avant d'éteindre, il est minuit vingt. Des heures et des heures jusqu'à l'aube, j'ai encore devant moi le plus gros de la nuit... Ca lui était bien égal, à Hawthorne. Si le Sud voulait faire sécession, disait-il, qu'on le laisse faire et bon débarras. Mystérieux, meurtri, ce monde étrange continue de tourner tandis que la guerre flambe tout autour de nous : bras tranchés en Afrique, têtes tranchées en Irak et, dans ma tête à moi, cette autre guerre, une guerre imaginaire, chez nous, l'Amérique brisée, la noble expérience finissant par mourir.

Extrait : (page 75)
Il n'y a pas qu'une seule réalité, caporal. Il existe plusieurs réalités. Il n'y pas qu'un seul monde. Il y en a plusieurs, et ils existent tous parallèlement les uns aux autres, mondes et antimondes, mondes et mondes fantômes, et chacun d'entre eux est rêvé ou imaginé ou écrit par un habitant d'un autre monde. Chaque monde est la création d'un esprit.
Voilà que vous parlez comme Tobak. Il prétendait que la guerre se déroulait dans la tête d'un homme et que si cet homme était éliminé la guerre s'arrêterait. C'est bien la chose la plus insensée que j'aie jamais entendue.
Tobak n'est sans doute pas le soldat le plus intelligent de l'armée, mais il disait vrai.
Si vous voulez que je croie une chose aussi absurde, il faudrait commencer par m'en donner une preuve.

Extrait : (page 122)
Faut-il que cela finisse ainsi ? Oui, sans doute, oui, même s'il ne serait pas difficile d'imaginer un dénouement moins brutal. Mais à quoi bon ? Mon sujet, cette nuit, c'est la guerre et, maintenant que la guerre a pénétré dans cette maison, il me semble que j'insulterais Titus et Katya si j'amortissais le coup. Paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes. Fiel sur la terre, bonne volonté envers personne. Nous voici au cœur des choses, au cœur obscur de la nuit noire, encore quatre bonnes heures à tirer et tout espoir de dormir totalement anéanti. La seule solution, c'est d'abandonner Brick, de m'assurer qu'il aura un enterrement convenable, et d'inventer une autre histoire. Quelque chose de terre-à-terre, cette fois, qui fasse contrepoids à la machine fantastique que je viens de fabriquer. Giordano Bruno et la théorie des mondes multiples. Matière à provocation, certes, mais d'autres pierres, aussi, méritent qu'on les déterre.

Posté par aproposdelivres à 09:49 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :