30 mars 2009

Le sourire étrusque – José Luis Sampedro

Le_sourire__trusque

Métailié – mai 2004 – 318 pages

Présentation éditeur : Salvatore Roncone, vieux paysan calabrais attaché à sa terre et à ses traditions, doit se rendre à l'évidence. Pour combattre cette bête qu'il nomme la "Rusca" et que les médecins appellent le cancer, qui lui dévore peu à peu le ventre et le tue, il doit quitter son village natal et partir en convalescence chez son fils à Milan. Milan que le Calabrais déteste, Milan et sa fureur, sa solitude, sa laideur aussi et sa vie sans goûts ni odeurs. Milan et son fils, qu'il croit ne plus connaître et sa belle-fille qui ne vient pas du même monde. Milan ou l'enfer. Cet enfer qui va pourtant lui offrir son dernier amour - un amour franc et total, plus fort que tout - en la personne de son petit-fils Bruno qu'il ne connaît pas...

L'écriture de José Luis Sampedro est d'une douceur infinie. Il aborde dans ce roman touchant l'approche de la mort, la remise en question et développe le thème de l'apprentissage dans un langage d'une clarté limpide. Nourri de ce talent de la simplicité, Le Sourire étrusque est l'œuvre de la transcendance, celui de la mort par l'amour.

Auteur : José Luis Sampedro (né à Barcelone le 1er février 1917) est un écrivain et économiste espagnol.

Mon avis : 5/5 (lu en mai 2006 et relu depuis)

Ce livre est magnifique, plein d’humanité, c’est l’histoire Salvatore, vieux sicilien reprenant goût à la vie grâce à son petit-fils, Brunettino. Un portrait sans concession de cet homme avec ses travers, ses défauts mais qui est malgré tout très attachant. C’est la rencontre tardive de ce vieil homme en fin de vie avec son petit fils, il va transmettre les valeurs de la vie à ce bambin et une belle complicité va naître entre le petit fils et son grand-père.

L’écriture est pleine de poésie, on trouve dans ce livre des moments de tendresse et d'humour et des émotions fortes. C’est un hymne à la vie, à l’amour et aussi à la mort.

Ce livre fait parti de mes livres préférés. C’est un livre que j’ai souvent offert à des proches.

Le titre de du livre fait allusion à un sarcophage étrusque d’un jeune couple qui fascine Salvatore et qui se trouve Villa Giulia - Musée étrusque à Rome : les visages du jeune couple du sarcophage sont illuminés d'un large sourire. Qu’est ce qui leur a permis de sourire jusque dans la mort ? Quel est ce secret de vie ?

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Sarcophage des époux étrusques découvert à Cerveteri vers 520 av. J.C

Extrait :

"C'est un sacrifice de supprimer peu à peu le tabac ; en revanche, ses petits déjeuners clandestins sont un plaisir, surtout celui qu'il fait trois jours plus tard alors qu'il ne devrait rien manger. On va lui faire une prise de sang à neuf heures pour l'analyse prescrite par le fameux docteur, à la consultation duquel Andrea l'a conduit la veille. Prescrite, en réalité par son assistante ou qui que ce soit – aussi grosse qu'Andrea est mince, mais avec la même façon de parler - car, après de nombreux rendez-vous organisés, attente, couloirs et autres rites préliminaires, ils n'ont pas réussi à pénétrer dans le sanctuaire du médecin. Le vieux s'amuse en pensait à la satisfaction qu'aura Andrea, lorsqu'elle va se lever et apparaître dans la cuisine, de voir avec quelle docilité il s'abstient de manger.

"Cette histoire de jeûner avant les analyses, pense-t-il en savourant son fromage blanc à l'oignon et au olives, c'est des foutaises de médecin. Du cinéma pour toucher plus. Des analyses, pour quoi faire ? De toutes manières, ça va mal tourner, pas vrai Rusca ? Tu vas t'en charger toi !"

On ne lui fait pas la prise de sang au cabinet du fameux docteur, mais au Grand Hôpital. (…)

S'il s'écoutait, le vieux s'en irait sans se faire piquer, mais le fameux docteur va exiger l'analyse pour continuer la routine. "Routine et comédie, c'est ça qui m'énerve… Ils me prennent pour un vieux gâteux ? Ils croient que je suis venu pour me faire soigner ? Pauvres naïfs ! Si c'était pas à cause de cette charogne de Cantonotte qui respire encore, maudit soit-il, est-ce que j'aurais un jour accepté de quitter le village où je pourrais finir mes jours tranquillement dans mon lit, au milieu des copains et avec ma montagne sous les yeux, la Femminamorta, paisible sous le soleil et les nuages ?".

Traduit de l'espagnol par Françoise Duscha-Calandre

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