21 mars 2009

Falaises – Olivier Adam

Falaises_1    falaises

Editions de l'Olivier - août 2005 – 204 pages

Points - août 2006 - 181 pages

Présentation de l'éditeur
Etretat. Sur le balcon d'une chambre d'hôtel, un homme veille. Au bout de son regard : les falaises éclairées d'où s'est jetée sa mère, vingt ans plus tôt. Le temps d'une nuit, le narrateur déroule le film de sa vie, cherche dans sa mémoire rétive les traces de cette mère disparue. Il fouille son enfance, revient sur sa jeunesse perdue, sur son père brutal, son frère en fuite, ses années à Paris. Ce qu'il puise dans ses souvenirs : un flot d'images, de sensations, de lieux, d'apparitions. Et cette question : comment suis-je encore en vie, qui m'a sauvé ? Dans ce roman qui semble faire table rase du passé pour mieux le ranimer, Olivier Adam convoque tous les thèmes et les personnages qui lui sont chers. Ainsi rassemblés, ils donnent à Falaises un souffle et une ampleur romanesques rares.

Biographie de l'auteur
Olivier Adam est né en 1974. Il a grandi en banlieue parisienne et vit aujourd'hui à Paris. Il a publié, entre autres, A l'ouest, Poids léger (adapté au cinéma en 2004 par Jean-Pierre Améris) et Passer l'hiver (Goncourt de la Nouvelle 2004). Il écrit également pour la jeunesse et pour le cinéma.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C’est le deuxième livre que je lis de cet auteur après "A l’ abri de rien" que j’avais beaucoup aimé. Ce roman est dur et tendre à la fois. C’est un cri de douleur du narrateur qui revient sur le drame de son enfance : le suicide de sa maman lorsqu’il avait 11 ans, puis sur ses souvenirs de jeunesse avec un père dur et indifférent, sa complicité avec son frère. On découvre aussi sa vie d'adulte avec sa femme et sa fille. Ce livre nous rappelle que la vie fluctue entre la mélancolie, la tristesse mais aussi la joie et le bonheur. Ce livre est très touchant et poétique, l’écriture est fluide, tout ceci est vraiment très beau !

Extrait : (page 48)
Dans la chambre tiède, l'air est rempli du parfum de ma fille, de l'odeur de sa mère. Je m'allonge près d'elles. Chloé grogne et je respire ses cheveux, son odeur de savon, d'eau de cassis et de lait. J'embrasse son cou, ses doigts minuscules, son épaule. Elle ouvre les yeux un instant, murmure 'papa' et se rendort aussitôt.
Il y a maintenant deux ans qu'elle est née, qu'elle est près de moi et me protège. Deux ans et j'ai souvent l'impression qu'avant ça rien n'a existé, rien n'a eu lieu, qu'à nouveau ma mémoire se ferme à double tour, et entraîne les trente années qui ont précédé dans un lieu caché de mon cerveau. Un lieu sans importance désormais.

Extrait : (page 64)
Mon frère s'est réveillé un soir et, à ma grande surprise, ce ne fut pas plus étrange et extraordinaire que des yeux qui s'ouvrent et se posent sur ce qui les entoure, les murs et la fenêtre, les arbres qui se balancent, le ciel au loin, craquelé de rouge et de bleu crème ce soir-là, les immeubles puis moi, assis dans le grand fauteuil, sous le téléviseur suspendu. Il m'a souri faiblement, a refermé les yeux un moment. Quand il les a rouverts, j'étais près de lui.
- Tu as fait semblant, hein ? T'étais pas dans le coma, en vrai ?
Il s'est tourné vers moi, pris dans les brumes. Il m'a regardé longuement, ses yeux s'appuyaient sur mon visage, sans reproche, sans ironie, sans tristesse. On y lisait juste la fatigue et la détresse. D'une voix pâteuse il m'a demandé où était maman. A l'expression de son visage, j'ai compris qu'après six semaines hors du monde il espérait de tout son cœur avoir fait un mauvais rêve.

Extrait : (page 171)
J'ai froid et le ciel s'éclaircit un peu. Au loin fraient des cargos. Sur les ponts rouillés passe infiniment mon frère et pour toujours peut-être. J'ignore s'il me manque, je crois qu'il fait partie d'une autre vie et que, depuis la mort de ma mère, j'ai appris à consentir à ce qu'il advient, à ne plus résister à rien. Je crois qu'en somme, le trou qu'elle a creusé en moi était déjà si large et profond qu'en y disparaissant il n'aura pu l'agrandir.
Je ne sais pas quand exactement mon frère surgit pour la première fois dans le flux troué de ma mémoire. Quand, au juste, il s'extrait de ces sables pour arborer un visage, une voix, une silhouette reconnaissables. Entre huit et onze ans, je crois qu'il se confond, selon les moments, soit avec moi soit avec ma mère. Pourtant, étrangement, il me semble le connaître depuis beaucoup plus longtemps que ça.

Posté par aproposdelivres à 13:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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