05 mars 2009

Comme une mère – Karine Reysset

comme_une_m_re L'Olivier – mars 2008 – 178 pages

Résumé : Elles se retrouvent côté à côte dans la salle des naissances. Elles sont toutes les deux venues
seules. Pour l’une comme pour l’autre, ce jour doit signer un nouveau départ. La très jeune Emilie accouche sous X et croit pouvoir « tout recommencer à zéro », transformer son passé chaotique, un mauvais souvenir. Judith, elle, attend avec une impatience folle et une joie teintée d’inquiétude la naissance de son fils Camille, un miracle après tant d’années de grossesses déçues.
Mais, pour l’une comme pour l’autre, rien ne se passera comme prévu. Judith perd son bébé et, dans un geste de détresse, enlève de la chambre voisine l'enfant promis à l'abandon.
Dès lors, le destin de ces deux femmes est irrémédiablement lié.

L’auteur : Karine Reysset est née en 1974. Elle a grandi entre Arras, Rouen et la banlieue parisienne. Après dix ans passés à Paris, elle s'installe à Saint-Malo. Elle a travaillé durant six ans dans le secteur de l'édition avant de se consacrer pleinement à l'écriture. En 2003, elle publie son premier roman, L'Inattendue, suivi d'En douce en 2004 aux Éditions du Rouergue et de À ta place aux Éditions de l'Olivier en 2006.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C'est le premier livre que je lis de cette auteur, et cela m'a beaucoup plu. L'auteur nous raconte l'histoire d'Émilie, jeune de 18 ans qui accouche sous X et de Judith qui accouche le même jour d'un bébé qui ne vivra pas. Cette dernière va enlever Léa, le bébé d'Émilie. L'auteur nous parle alors de l'amour maternelle. Émilie va retrouver son enfant et va essayer de lui donner un avenir grâce à l'amour qu'elle a découvert pour Léa. Judith est seule, elle va vouloir retrouver cette enfant qu'elle a aimé si fort pendant dix jours. C'est un roman simple et plein de délicatesse, avec de superbes descriptions de Saint-Malo, ville où se déroule la plus grande partie du livre, du bord de mer. C'est un livre qui se lit très facilement malgré un sujet douloureux. On est touché par ces deux femmes si fragiles, avec leurs difficultés, leurs doutes...

Extrait : Émilie (page 32)

"- Je la mets dans le lit avec vous ?

Quand Mme Blanchot arrive avec Léa dans son berceau à roulettes, je suis émue que je ne le voudrais. Je flanche carrément.

- Non, à côté, je préfère.

Je ne peux pas. L'entendre, la voir, oui, peut-être, oui, il le faut bien, mais la serrer contre moi, c'est au-dessus de mes forces. Elle risque de rester collée. Elle a beaucoup de cheveux, comme moi à la naissance. Sa peau est belle, ses traits sont fins. Ses petits poings sont fermés. Elle est beaucoup trop mignonne.

- J'ai des choses à te dire...

Ma voix s'étrangle, je ne suis pas encore prête. Il faut que je mette de l'ordre dans mes pensées, sinon ça va être de la bouillie de mots, et elle ne va rien comprendre. C'est déjà suffisamment compliqué. Je suis épuisée. De toute façon, elle dort comme un loir. Quand on sera en forme toutes les deux, on pourra discuter. J'ai juste la force de rapprocher le berceau de mon lit. Je lui attrape la main, ça vaut peut-être mieux que tous les discours. Ses doigts s'enroulent autour de mon pouce.

Elle soupire dans son sommeil. Sa poitrine se soulève. Je pose mon autre main dessus. C'est moi qui ai fait ça. Comment ai-je réussi quelque chose d'aussi parfait ? J'ai une crampe, mais je ne retire pas mon doigt. Je me mords les joues pour ne pas pleurer."

Extrait : Judith (page 36)

"Ce que j'ai appris hier, c'est que tu avais vécu cinq minutes, et que ces minutes, tu les avais passées dans mes bras. Où sont-elles ces cinq minutes ? Qui me les a volées ? Où était ton père ? S'il avait été là, je lui aurais demandé de filmer. Et il aurait accepté, même si ses yeux avaient été des trous noirs. La caméra aurait vu pour lui, se serait souvenue pour nous.

J'ai si froid. Je plonge mes mains dans les manches de mon manteau et le bout de mes doigts touche quelque chose de pelucheux. Figée dans la foule, je n'arrive plus à avancer. Comment ai-je pu oublier de te laisser sous sa protection ? Les pas qui me ramènent sont plus faciles, c'est peut-être le vent qui me pousse vers toi, mon petit garçon, mon petit flocon...

Je voulais leur confier mon gri-gri pour qu'ils le mettent au creux de ton épaule, je n'ai pas la force de te voir une nouvelle fois, mais les portes du bureau sont closes, les équipes en réunion. Je suis désemparée, incapable de m'arracher encore à ce lieu où tout commence, où tout finit.

Dans la chambre au bout du couloir, par la porte entrouverte, j'aperçois la jeune fille, celle de la salle de travail. Elle est endormie. Un nouveau-né repose dans un berceau à ses côtés. J'entre sur la pointe des pieds. Je ne peux m'empêcher de les regarder, elles sont belles, chacune à leur manière. Tableau touchant, désarmant, désolant. Le drap découvre le tatouage sur son épaule. C'est encore une enfant. Elle est plutôt jolie avec ses cheveux blond foncé, sa pâleur et ses lèvres boudeuses.

Le bébé est une vraie poupée, un chef-d'œuvre de la nature. Les lèvres bien roses, ourlées en un baiser imaginaire, les mains ouvertes à la caresse, un teint de porcelaine, un nez retroussé, des cheveux abondants couleur miel. Je passe furtivement la main sur son front, sa peau est si douce."

Posté par aproposdelivres à 17:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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