08 février 2009

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen – Arto Paasilinna

le_bestial_serviteur Denoël – juin 2007 – 309 pages

Anne Colin du Terrail (Traduction)

Résumé : À l'approche de la cinquantaine, le pasteur Oskari Huuskonen traverse une mauvaise passe. Son mariage bat de l'aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l'Église lui attirent les foudres de ses supérieurs, et ses paroissiens, tous plus déjantés les uns que les autres, lui causent bien du souci. Comme si cela ne suffisait pas, le conseil paroissial décide de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère, spectaculairement morte par électrocution au sommet d'un pylône à haute tension. Mais Huuskonen s'attache peu à peu à l'ourson et pousse la sollicitude jusqu'à lui construire pour l'hiver une tanière dans laquelle il finit par le rejoindre, en compagnie d'une charmante biologiste venue étudier les mœurs de l'animal. Ayant retrouvé la foi au contact du pasteur, la biologiste, Sonia, s'éloigne de lui, ce qui n'empêche pas l'épouse de Huuskonen de demander le divorce. L'évêque, de son côté, lassé des bizarreries du pasteur, le met d'office en congé. Huuskonen, ruiné par son divorce, privé de domicile et d'emploi, part à l'aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera d'Odessa à Syracuse, de Malte à Southampton, en quête d'un sens à leur existence.

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël où ils ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.

Mon avis : (lu en juillet 2007)

Le Bestial Serviteur du prêtre Huuskonen réuni tous les ingrédients d'un grand cru Paasilinna : un prêtre dépressif, un village finnois au bord de la crise de nerfs et un ours débarqué de nulle part qui va changer la vie du héros et l'entraîner vers une aventure inoubliable. Le rythme du début est vraiment bien mais au bout d’un moment cela tourne en rond. Un peu long. Malgré tout, il y a toujours beaucoup d’humour et des situations cocasses et décalées.

Extrait : (page 22) À cet instant du discours du pasteur, un pilier de bistrot à demi soûl entra en courant dans l’église. Alors qu’il se promenait sur la route, au sortir de l’estaminet local, il venait d’être témoin d’une scène atroce, la mort de l’organisatrice de banquets Astrid Sahari et d’une ourse, au sommet d’un pylône électrique. L’ivrogne beugla : « Arrêtez tout ! L’Astrid a grimpé avec une ourse sur un poteau de la ligne à haute tension ! Elles sont mortes toutes les deux ! Grillées ! »

La cérémonie nuptiale s’interrompit dans un désordre indescriptible, aggravé par l’agent de maintenance des services publics communaux, Rainer Hyhkönen, qui avait lui aussi couru de toute la vitesse de ses jambes à l’église. Sur le seuil, il cria d’une voix forte qu’on avait besoin d’urgence dans la cave de l’hôpital de l’aide d’un costaud, il fallait mettre en marche le diesel qui, en cas de coupure de courant, faisait tourner le groupe électrogène. Il n’y avait pas un instant à perdre, un patient sous oxygène luttait contre la mort. « Il faut le démarrer à la manivelle, la batterie est à plat, je ne peux pas faire ça tout seul. »

Le pasteur Oskar Huuskonen dut se résoudre à annoncer aux paroissiens que la cérémonie était suspendue, mais reprendrait à une heure qui serait indiquée plus tard, de préférence dès que la catastrophe serait jugulée. Le futur marié en tête, la foule se rua hors de l’église sans écouter la fin de ses propos. La malheureuse fiancée s’effondra sur un banc, serrant dans ses mains tremblantes son bouquet composé des plus belles fleurs des champs de ce début d’été. Des larmes brillaient dans les yeux timides de la pauvre femme abandonnée.

Au triple galop, Oskar Huuskonen partit avec Hyhkönen en direction de la cave du service hospitalier du centre médical. En passant devant la station électrique, il vit sur le pylône à haute tension deux silhouettes fumantes dont il était difficile de savoir qui était l’organisatrice de banquets, et qui l’ourse.

Ce n’était pas le moment de rester à méditer sur la question, il fallait courir mettre le diesel en marche afin de fournir du courant au respirateur et sauver la vie du malade.

Dans la cave, Huuskonen tourna la manivelle du diesel à la force du poignet tandis que l’agent de maintenance réglait les compteurs ; le moteur toussa et s’alluma, un courant salvateur circula dans le réseau électrique de l’hôpital, le respirateur se réactiva et l’on put remettre son masque à oxygène à l’inséminateur retraité moribond Yrjänä Tisuri. L’infirmière en nage alla s’écrouler dans la salle de repos, les mains crispées sur la poitrine. « Le métier de soignant est parfois rude », haleta-t-elle.

Le pasteur Oskar Huuskonen repartit vers l’église. Les abords de la station électrique grouillaient de monde. Les corps de l’organisatrice de banquets et de l’ourse avaient été descendus du pylône à haute tension par la grande échelle des pompiers. Astrid Sahari avait été recouverte d’une couverture, mais le cadavre de l’animal gisait tel quel sur la pelouse. Il flottait dans les airs une odeur de viande brûlée.

On avait trouvé dans un sapin voisin deux oursons apeurés que l’on avait attrapés et enfermés dans la resserre. Il y régnait un désordre épouvantable, signe certain que des courtes queues s’en étaient donné à cœur joie.

Tout le village était sens dessus dessous. On racontait aussi que le fiancé, Hannes Loimukivi, avait profité du chaos pour s’éclipser en douce. Pendant que sa promise en pleurs l’attendait à l’église, il avait pris la fuite.

Le pasteur Oskar Huuskonen ne se déclara pas vaincu. Il réunit une patrouille d’une demi-douzaine d’hommes afin de rattraper le fiancé évadé. On ne le trouva bien sûr pas chez lui, ni au bistrot. On fouilla les maisons les plus proches, ainsi que celles de ses amis, jusque dans les placards et sous les lits, mais sans résultat. Quelqu’un finit par suggérer que Loimukivi avait pu filer au chalet de la société de chasse, au bord du lac de Nummenpää, vu qu’il en était vice-président et ne courait pas seulement les femmes, mais aussi le gibier. C’est là qu’on le trouva : il était monté dans le grenier du sauna, où il pensait être bien caché. On le fit descendre de là sans ménagement, et le pasteur Huuskonen l’entraîna à l’écart pour une petite conversation en tête-à-tête.

Posté par aproposdelivres à 20:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


Le meunier hurlant – Arto Paasilinna

le_meunier_hurlant

Edition Denoël – mai 2002 - 250 pages

Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Quatrième de couverture
Un petit village du nord de la Finlande, peu après la guerre, voit arriver un inconnu qui rachète et remet en marche le vieux moulin. D'abord bien accueilli, le nouveau meunier Gunnar Huttunen a malheureusement un défaut : à la moindre contrariété, il se réfugie dans les bois pour hurler à la lune, empêchant les villageois de dormir. Ces derniers n'ont dès lors qu'une idée, l'envoyer à l'asile. Mais Huttunen, soutenu par Sanelma Käyrämö la conseillère rurale, est bien décidé à se battre pour défendre sa liberté.

Auteur : Arto Paasilinna : (Kittilä, 1942). Écrivain de langue finnoise. Né en Laponie finlandaise, en plein exode, dès l’âge de treize ans, il exerce divers métiers, dont ceux de bûcheron et d’ouvrier agricole. Il s’intéresse aussi aux arts graphiques et écrit des poèmes. En 1962-1963, il suit les cours d’enseignement général de l’École supérieure d’éducation populaire de Laponie, puis entre comme stagiaire au quotidien régional, Lapin Kansa. Poursuivant ses activités dans la presse régionale, il collabore à divers magazines d’information et à des revues littéraires. Auteur d’une vingtaine de romans traduits dans de nombreuses langues, il a également écrit pour le cinéma, la radio et la télévision.

Mon avis : (lu en octobre 2005)

Des personnages attachants et amusants, le ton est léger malgré un sujet grave. Paasilinna aborde ici le sujet de la folie, il nous décrit un marginal au grand cœur que la société fait tout pour détruire. Comme toujours, les situations sont incroyables, les personnages haut en couleurs et la nature finlandaise dépaysante. Un livre où tous les acteurs ont un petit grain de folie... le plus raisonnable étant peut-être le meunier lui-même !

Extrait :

«La vie de Gunnar Huttunen était arrivée à un sinistre tournant : il n'était plus qu'un meunier sans moulin, un homme sans logis. Les humains l'avaient exclu et il s'était exclu de leur société. Qui sait combien de temps il devrait éviter les villages des hommes. Huttunen, assis au bord du ruisseau, solitaire, écoutait le chant du torrent où, dans la fraîcheur de la nuit d'été, coulait l'eau d'une source lointaine. Il songea que s'il avait souffert d'une tumeur à la poitrine, on l'aurait laissé vivre en paix, on l'aurait plaint, aidé, laissé subir son mal au milieu de ses semblables. Mais comme son sprit était différent de celui des autres, on ne le supportait pas, on le rejetait à l'écart de toute vie humaine. Il préférait pourtant cette solitude aux barreaux de la chambre d'hôpital où seuls l'entouraient de pauvres hères dépressifs et asthéniques.

Une truite, ou peut-être un ombre, sauta dans la rivière obscure. Huttenen tressaillit, le rond dans l'eau passa devant lui en se brisant, se fondit dans le courant ; il lui vint à l'esprit qu'il ne mangerait désormais plus de pain ni de lard, comme quand il était meunier. Il devrait vivre de poisson et de gibier.

Huttunen toucha l'eau fraîche de la main et s'imagina être une truite de rivière, d'un kilo au moins. Il se vit nageant dans le ruisseau, remontant le courant ; il ondula et se faufila entre les pierres dans l'eau peu profonde, se reposa un instant dans le contre courant d'un rocher enrobé de mousses, battit des nageoires, ouvrit ses branchies, brisa la surface de l'eau de sa gueule pour reprendre sa nage, se propulsant d'un coup de queue. Le flot bourdonna aux ouïes de Huttunen tandis qu'il remontait plus haut le ruisseau nocturne. Mais il eut bientôt envie d'une cigarette et, cessant pour cette fois de faire le poisson, il repensa à sa vie.»

Posté par aproposdelivres à 15:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :