03 janvier 2009

La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier

la_jeune_fille___la_perle Table ronde - février 2004 – 280 pages

traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Girl with a Pearl Earring, New York: Dutton, 1999

Quatrième de couverture
La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l'âge d'or de la peinture hollandaise. Griet s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.

Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville...

Un roman envoûtant sur la corruption de l'innocence, l'histoire d'un cœur simple sacrifié au bûcher du génie.

La_jeune_fille_a_la_perle_Johannes_Vermeer

Biographie de l'auteur
Tracy Chevalier est américaine. Elle vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Elle est l'auteur de quatre romans dont La Jeune Fille à la perle, qui a connu un succès mondial

Mon avis : (lu en mars 2004)

L'inspiration du livre vient du célèbre tableau de Vermeer, La jeune fille à la perle. Ce tableau (huile sur toile, 45 × 40 cm), peint vers 1665-1666, exposé au Mauritshuis de La Haye reste une énigme pour les spécialistes de Vermeer : on ignore en effet, qui est la mystérieuse jeune fille. La romancière Tracy Chevalier s'est extrêmement documentée, et a élaboré sa trame à partir des quelques informations qu'elle a pu glaner. L'histoire racontée par Tracy Chevalier correspond en tout point à ce que nous savons du peintre, de sa maison, de sa famille, de ses soucis d'argent...

J'ai beaucoup aimé ce livre dont l'histoire tourne autour de la peinture. Ce récit à la première personne nous emmène à Delft au 17eme siècle, nous pénétrons dans l'intimité du peintre Vermeer et de sa famille. J'ai trouvé très intéressante la conception du tableau de « La jeune fille à la perle ». J'ai été touchée par le personnage de Griet. L'ambiance austère et authentique de l'époque est très bien décrite.

La_jeune_fille___la_perle_film

J'ai également vu le film tiré de ce livre et réalisé par Peter Webber avec Colin Firth - Scarlett Johansson - Tom Wilkinson - Judy Parfitt - Cillian Murphy, sortie en 2004. Je l'ai beaucoup aimé car j'y ai très bien retrouvé l'atmosphère du livre.

Posté par aproposdelivres à 16:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


Un brillant avenir - Catherine Cusset

un_brillant_avenirun_brillant_avenir_p

Gallimard – août 2008 – 369 pages

Folio – février 2010 – 370 pages

Prix Goncourt des lycéens 2008

Le Mot de l'éditeur :
Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu. Émigrer aux États-Unis. Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents. Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose – leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme –, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.

Auteur : Catherine Cusset vit à New York depuis vingt ans. Elle a déjà publié huit romans. 

Mon avis : (lu en déc 2008)
C'est le premier livre que je lisais de Catherine Cusset, et il me donne envie d'en lire d'autres. L'auteur nous livre l'histoire d'Elena-Helen née en Roumanie puis émigrée à New-York et en parallèle la relation difficile qu'elle entretient avec sa belle-fille française. C'est également un beau portrait de femme. L'histoire est prenante et l'écriture très agréable à lire.

Extrait : 2003 – Juste le silence
« Alors qu'Helen déplie le matelas gonflable, elle entend Jacob tirer la chasse et ouvrir la porte de la salle de bains. Elle lève les yeux et voit son mari dans son pyjama gris à rayures blanches qui la dévisage, debout à l'entrée du salon. Elle en est agacée. Non parce qu'il ne propose pas son aide - ce n'est pas difficile de gonfler le matelas, et Jacob est devenu si maladroit qu'il vaut mieux se débrouiller sans lui - mais parce qu'il ne pose pas la question qui le tracasse de toute évidence : pourquoi sa femme couche-t-elle dans le salon? Elle décide de garder le silence. Il peut encore articuler trois mots.

Elle ne lui demande pas non plus s'il a pris les médicaments qu'elle a laissés sur le bar de la cuisine avec un verre d'eau. S'il saute une dose, tant pis. Il n'en mourra pas. Parfois elle n'en peut plus de penser, parler, agir pour deux. C'est elle qui sort de leur emballage les vingt-quatre cachets quotidiens, et elle doit lui rappeler de les avaler. Aujourd'hui il a encore oublié de ramasser le courrier. Elle a patiemment attendu trois jours, multipliant les allusions aux factures qu'il fallait payer. En vain. Comme la boîte aux lettres était pleine, elle a fini par le lui dire. Il s'est excusé, mais ça ne change rien. Ce n'est pas seulement la maladie, ni l'âge. Soixante-douze ans n'est pas si vieux. Mais il ne fait plus aucun effort. Et ce sera de pire en pire. Elle n'a pas envie d'y penser. C'est trop triste.

Elle appuie sur le bouton et le lit se gonfle lentement avec un grondement de moteur. Les épaules tombantes, les bras pendant le long du corps, Jacob la regarde toujours, figé comme une statue de sel. Il croit peut-être qu'elle est fâchée à cause du courrier ou parce qu'il l'a empêchée de dormir la nuit dernière en allant dix fois aux toilettes. Ou il se demande ce qu'il a bien pu oublier d'autre. Un peu d'inquiétude secouera ses neurones et ne lui fera pas de mal. D'ailleurs, s'il veut savoir, il n'a qu'à demander: « Lenoush, pourquoi dors-tu ici ce soir? » Elle lui répondra aussitôt, gentiment, et il verra que ce n'est pas à cause de lui. Elle n'est pas fâchée contre lui. Ce n'est pas sa faute s'il est malade, bien sûr. Elle voudrait juste qu'il fasse un petit effort. Un tout petit, tout petit effort.

Quand elle lève les yeux.jacob n'est plus là. Il s'est retiré en silence. À moins qu'elle ne l'ait pas entendu dire bonne nuit. La porte de la salle de bains se referme. La chasse d'eau résonne, pour la deuxième fois en moins de dix minutes. Elle finit de gonfler le matelas, met les draps et la couverture, puis sort sur la terrasse.

À travers le rideau, elle peut voir que la lumière dans la chambre est éteinte. Jacob doit dormir. Il n'a aucun problème pour s'endormir. Elle s'appuie contre la balustrade, allume une cigarette et regarde le miroir noir de l'Hudson entre les tours Tromp. C'est une belle nuit claire de la miseptembre, pleine d'étoiles. Elle aspire sur la cigarette, tire de profondes bouffées, rejette la fumée. La terrasse est son royaume, où elle ne dérange personne, où personne n'est là pour la juger. C'est pour la terrasse et sa vue éblouissante sur la rivière, les tours de Midtown et les falaises du New Jersey qu'elle a choisi cet appartement quand ils ont emménagé à Manhattan il y a sept ans. Elle recule, s'assoit sur la chaise en plastique blanc, éteint sa cigarette et en allume une autre. À la télévision ce soir, elle a entendu dire que le vent soufflerait fort mercredi. Il faudra transporter les plantes à l'intérieur demain matin. Demain soir, Camille sera là et elle n'aura pas le temps. Elle boit un peu de Pepsi et se lève, enfonçant le mégot dans le cendrier plein. Juste avant de quitter la terrasse, elle va chercher sur l'étagère dans le coin la sirène en plastique bleu et rose qui fait des bulles automatiquement. Elle la pose près du cendrier. Camille adore les bulles.

Son bébé chéri. Mais ce n'est plus un bébé. Une grande fille de quatre ans. Pendant l'été son petitventre a fondu, et depuis qu'elle est rentrée de France, elle n'utilise plus la poussette. Elle était si mignonne, dimanche, quand elle a pris la main de son grand-père et lui a dit en français: « Toi aussi, Dada : danse! » Elle aime tant son grand-père! Le silence de Jacob ne lui fait pas peur. Elle a sans cesse des choses à lui raconter. C'est vraiment une enfant spéciale -un gracieux et joyeux petit elfe.

Helen rentre dans l'appartement, marche droit jusqu'à la cuisine et appuie sur l'interrupteur. Rien sur le plan de travail. Pas de cachet ni de papier argenté. Elle ouvre le placard sous l'évier et vérifie la poubelle. Les emballages des médicaments s'y trouvent. Il n'a pas oublié. Elle soupire de soulagement, et un sourire éclaire son visage. Il y a donc encore de l'espoir. Elle aurait dû être plus gentille ce soir. Elle le félicitera demain matin. »

Challenge Prix Goncourt des Lycéens

2008

Challenge Goncourt des Lycéens
goncourt_lyceen_enna

Posté par aproposdelivres à 15:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,