le_dernier_fr_re Editions de l'Olivier - août 2007 - 210 pages

Prix du roman FNAC,

Prix des lecteurs l'Express,

Prix Culture et Bibliothèques pour tous

Présentation de l'éditeur
Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, un père à la violence prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l'installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés. Le 26 décembre 1940, l'Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l'île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s'y déroulent. Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ces événements qui l'ont marqué au fer rouge. Et par la honte d'être un homme.

Biographie de l'auteur
Nathacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (île Maurice). Elle vit à Paris et travaille pour une ONG.
En trois romans parus chez Gallimard - Les Rochers de Poudre d'Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix littéraire des océans Indien et Pacifique) ; La Noce d'Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) - Nathacha Appanah a imposé une œuvre puissante, proche d'Arundhati Roy et de J.M. Coetzee.

Mon avis : (lu en février 2008)

J'ai ressenti beaucoup d'émotions en lisant ce livre.

L'auteur a un ton juste et simple pour dire toute la misère et la violence du monde.

Je ne connaissais le fait historique autour duquel a été écrit ce livre : durant la Seconde Guerre Mondiale, l'Ile Maurice a abrité un camp d'internement pour Juifs qui avaient été refoulés de la Palestine.

On s'attache beaucoup aux personnages, Raj et David se rencontrent dans le camp et une amitié intense se noue entre eux. Le premier est mauricien, il vit dans un bidonville avec une mère aimante mais un père alcoolique qui bat la famille, il a perdu ses deux frères lors d'une tempête. Le second est juif venant d'Europe. Raj voit en David un nouveau frère...

Les descriptions des paysages, des odeurs et de la végétation de l’Île Maurice sont très évocatrices.

Extrait : « A l'école,j'apprenais également la culpabilité. Cette chose insidieuse qui m'empêchait d'être simplement un gosse, de rire à gorge déployée, de jouer avec les autres, de m'asseoir tranquillement pour regarder devant moi. Quand j'étais en classe, ce sentiment me quittait. Mais une fois le cours fini, je redevenais Raj, l'unique frère qui est à l'école. Pourquoi moi ? ne cessais-je de me demander. Je cachais toujours dans mon sac de feuilles de palme séchées la poire séchée distribuée à la pause de la matinée, maisj'étais obligé de boire le lait de vache qu'on nous servait à ce moment-là. Je le buvais lentement, en fermant les yeux, pensant très fort à Anil, à Vinod, les imaginant nettoyant la maison, coupant du bois, attachant les feuilles de canne, courbés, fatigués. Eux n'avaient, pour grandir, que de l'eau sucrée.
Je souhaitais que mon père choisisse un autre de ses fils pour l'éduquer. Mais Anil, bientôt, irait tous les matins avec lui couper les cannes à sucre, il était fort, il avait déjà des muscles qui saillaient sous sa peau, il ne se plaignait jamais et avec sa volonté et sa force de travail, il ramènerait de l'argent, des sous qu'il ne noierait pas dans l'arack et qu'il donnerait cérémonieusement à ma mère.»