22 décembre 2008

Best Love Rosie - Nuala O'Faolain

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Traduit de l'anglais (Irlande) par Judith Roze

Sabine Wespieser éditeur - Septembre 2008 - 544 pages

10/18 - mars 2010 - 445 pages

Résumé : Après avoir vécu et travaillé loin de chez elle, Rosie décide qu’il est temps de rentrer à Dublin, pour s’occuper de Min, la vieille tante qui l’a élevée. Ni les habitudes ni les gens n’ont changé dans ce quartier populaire où elle a grandi, et la cohabitation avec Min, que seule intéresse sa virée quotidienne au pub, n’a rien d’exaltant : en feuilletant des ouvrages de développement personnel, censés apporter des solutions au mal-être de Min, Rosie se dit qu’elle s’occuperait utilement en se lançant elle-même dans la rédaction d’un manuel destiné aux plus de cinquante ans. Sa seule relation dans l’édition vivant aux États-Unis, elle se frottera donc au marché américain. Son vieil ami Markey tente bien de lui faire comprendre que sa manière de traiter le sujet n’est pas assez « positive »…
C’est au moment où elle va à New York, pour discuter de son projet, que le roman s’emballe : Min, qu’elle avait placée pour quelque temps dans une maison de retraite, fait une fugue et la rejoint à Manhattan. Très vite, les rôles s’inversent : la vieille dame est galvanisée par sa découverte de l’Amérique, elle se fait des amies, trouve du travail et un logement. Alors que Rosie est rentrée seule en Irlande, pour rien au monde Min ne voudrait renouer avec son ancienne vie. Surtout pas pour reprendre possession de la maison de son enfance… que l’armée lui restitue après l’avoir confisquée pendant la guerre. Rosie, elle, a besoin de cette confrontation avec ses origines. Profondément ancrée dans les valeurs de la vieille Europe, le passage du temps est maintenant au cœur de ses préoccupations.
La lucidité de Nuala 0’Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre drôle et généreux, plein de rebondissements, où l’on suit avec jubilation souvent, le cœur noué parfois, les traversées de l’Atlantique de ces deux femmes que lie toute la complexité du sentiment maternel. De ses romans, l’auteur dit souvent qu’ils révèlent plus d’elle que ses autobiographies… Best Love Rosie nous embarque aussi dans un beau voyage intérieur.

L'Auteur :
Nuala 0’Faolain est née en Irlande en 1940. Journaliste à Londres, pour la BBC, puis à Dublin, elle a publié tardivement son premier livre, On s'est déjà vu quelque part ? (Sabine Wespieser éditeur, 2002). Le succès de ce récit autobiographique, qui a suscité un véritable phénomène d'identification auprès de toute une génération de femmes, a changé sa vie. Elle la consacre désormais à l'écriture, et partage son temps entre son cottage de l’ouest de l’Irlande et New York. Après Chimères (2003), J'y suis presque (2005), L'Histoire de Chicago May (Prix Femina étranger, 2006), tous parus chez Sabine Wespieser éditeur. Nuala 0’Faolain
est décédée le 9 mai 2008 et Best love Rosie a été publié après sa mort.

Mon avis : C’est le premier livre que je lis de cet auteur et j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont très attachants. Il est question des relations de famille, de la solitude, de l’âge, de l’amour. Les descriptions de la nature irlandaise sont également très plaisantes.

Extrait : "LE MATIN DE NOËL, j’étais au lit avec Leo dans une pensione glaciale proche des docks d’Ancône. Il m’a fallu du courage pour me décoller de son dos, sortir un bras de sous la couette et composer le numéro de ma tante à Dublin. Comme elle ne répondait pas, j’ai essayé la maison voisine. « Allô ? Reeny ? C’est toi ? Oui, bien sûr que c’est Rosie. Joyeux Noël, chère Reeny, et tous mes voeux pour la nouvelle année ! Je suis en Italie. Oui, avec un ami - qu’est-ce que tu crois - que je suis folle ? Ça ne valait pas le coup de rentrer pour le peu de congés qu’on nous donne. Écoute, Min ne répond pas au téléphone. Ça t’ennuierait d’aller appeler sous sa fenêtre ? Il est onze heures à Dublin, non ? Et je sais qu’elle doit venir chez toi pour la dinde et les choux. Elle ne devrait pas déjà être debout ? - Ah, non, t’en fais pas, m’a dit Reeny. Elle va bien. Elle était ici hier soir à regarder EastEnders. Mais elle est bizarre ces temps-ci, ta tante. Y a des jours où elle sort pas du lit alors qu’elle se porte comme un charme. Et - je veux pas te gâcher tes vacances mais j’allais t’en parler la prochaine fois que tu viendrais - elle a eu des petits ennuis l’autre jour après avoir un peu bu. La police l’a ramenée de la Poste centrale, ma parole personne sait comment elle avait fait le trajet du pub jusque là, parce qu’elle était tombée et n’arrivait plus à se lever. Enfin, c’est plutôt qu’elle voulait plus se lever. Elle racontait à tout le monde qu’elle devait envoyer un colis en Amérique. Bref, ils ont été bien braves et ils l’ont ramenée ici, mais le flic m’a dit qu’ils avaient eu du mal à l’empêcher de sauter de la voiture et que si ç’avait pas été une petite vieille dame, ils l’auraient menottée. Depuis, elle est quasiment pas sortie de chez elle et les femmes en parlaient l’autre jour au Xpress Store et y en a qui disaient comme ça que Rosie Barry ferait bien de rentrer…

- Mais Min ne veut pas de moi ! ai-je dit en riant.

- Je sais », a fait Reeny.

J’ai cessé de rire. Elle ne s’en est pas aperçue. « Mais c’est comme ça qu’ils sont avec la dépression, a-t-elle poursuivi. J’ai vu un gars qui en parlait à la télé. Ils savent pas ce qu’ils veulent.

- Dis-lui que je l’appellerai ce soir, Reeny, et qu’il faut qu’elle réponde à tout prix. Et toi, comment ça va ? Monty est avec toi ? » Monty était le fils de Reeny, un quadragénaire timide et bedonnant, fan de golf, avec qui mon amie Peg sortait depuis des décennies. Son père l’avait abandonné quand il était petit et j’avais toujours vu sa passion du golf comme une protection qu’il s’était forgée à l’époque où il luttait pour devenir un homme. « Dis-lui que le Père Noël va lui apporter un trou en un. » Par-dessus l’épaule de Leo, j’apercevais un coin d’Adriatique d’un bleu éclatant, moutonné de blanc par le vent âpre qui faisait vibrer les volets. Nous avions eu des velléités de faire l’amour un peu plus tôt, mais aucun de nous n’avait été assez déterminé pour poursuivre. C’était une bonne chose, me disais-je, que nous ne nous sentions pas obligés de simuler l’enthousiasme. Cela étant, le manque de libido était mauvais pour l’âme. Sans compter qu’il restait deux jours à tirer dans une chambre sous-chauffée et qu’il n’y avait rien à faire à Ancône quand les rares attractions qu’offrait la ville étaient fermées pour les fêtes. Noël. Autrefois, ce simple mot brillait de mille feux.

« Leo ! » J’ai tenté de le réveiller en douceur en lovant mon bras autour de son ventre et en le caressant gentiment. « Leo, chéri, va voir si la signora veut bien nous préparer un café… » J’ai pris appui sur mon coude pour regarder son visage et j’ai eu un choc, comme si je venais de recevoir une décharge, en m’apercevant qu’il avait les yeux grands ouverts et fixait la fenêtre. Le lendemain, nous sommes allés écouter un récital d’orgue dans une église désaffectée balayée par les courants d’air. Leo s’est aussitôt abîmé dans une concentration absolue. Quand il écoute de la musique, on pourrait lui planter une épingle dans le bras sans qu’il s’en aperçoive.

Les choses allaient devoir changer, je le voyais, et cette triste pensée me glaçait encore plus. Nous avions été… Mais je ne voulais pas penser aux merveilleux amants que nous avions été. J’avais déjà peine à m’avouer qu’il devenait difficile de l’attirer hors de sa villa de l’arrière-pays d’Ancône, bien qu’il eût renoncé à en faire un hôtel de luxe. Pour me distraire, j’ai pensé à Min. Il fallait que quelqu’un la surveille si elle en arrivait à se couvrir de ridicule en public ; or, Reeny faisait désormais du gardiennage dans un complexe d’appartements en Espagne et, pour la première fois depuis leur jeunesse, elle n’était pas toujours disponible dans la maison d’à côté. Par ailleurs, d’ici quelques mois, mon contrat avec le service d’information de l’UE à Bruxelles, pour lequel je rédigeais de la documentation, prendrait fin et, si je décidais de partir, je toucherais une prime assez coquette pour me permettre de chercher tranquillement le boulot suivant. Certains collègues, à vrai dire, prenaient leur retraite dès cinquante-cinq ans - ceux qui n’avaient jamais aimé leur travail et savaient faire des économies. Je ne pouvais pas prendre ma retraite, et n’en avais aucune envie. Mais la prime me permettrait de tenir un an ou deux, peut-être même trois si je rentrais à Dublin. Et puis, ai-je songé en promenant délicatement ma langue autour de mon palais, les dentistes de Dublin parlent anglais. W.H. Auden disait que des milliers de personnes avaient vécu sans amour, mais aucune sans eau ; il aurait aussi bien pu mentionner les dents. Je n’avais aucun avenir devant moi si je ne m’occupais pas de celles qui me restaient. Il faisait maintenant complètement nuit derrière l’étroite fenêtre perchée en haut du mur ocre écaillé. Un ciel bleu marine où scintillait une étoile. Nous avions repéré une sympathique trattoria sur le trajet ; nous pourrions nous y réfugier dès que nous serions passés chercher un pull plus chaud et une paire de chaussettes supplémentaire à la pensione. Et ensuite, au lit…  Que faisais-je donc de tout ça ? Que faisais-je des cafés, du sexe et des fenêtres du XVIe siècle ? L’un des grands avantages de Bruxelles, c’était que je pouvais facilement venir retrouver Leo en train. Et, encore aujourd’hui, je ne supportais pas de rester longtemps loin de lui. J’entretenais soigneusement ma couleur, un discret blond cendré, et m’habillais dans des boutiques de la région flamande, où même les femmes élégantes aimaient les tartines de beurre autant  que moi et avaient ma corpulence. Quand je me promenais aux côtés de Leo en rentrant le ventre et en souriant d’un air éveillé, je me sentais une femme digne de ce nom. En Italie, où nous nous retrouvions plus souvent que partout ailleurs, il y avait pas mal d’hommes qui m’observaient attentivement avant de se détourner.

Mais à Kilbride, Dublin… Mon anniversaire n’était qu’en septembre, mais j’aurais alors cinquante-cinq ans - à peine engagée dans la seconde moitié de la décennie, mais penchant déjà vers les soixante. À Kilbride, il n’y avait jamais eu de femmes célibataires de mon âge qui pussent encore se croire « de la partie ». Ou s’il y en avait eu, elles étaient trop finaudes pour le laisser paraître. Les auditeurs applaudissaient à tout rompre ; ils essayaient sans doute de se réchauffer. En se levant, Leo m’a adressé un de ces sourires dont lui-même ignorait le charme. La musique le rendait heureux - enfin, celle qui remontait à un temps où les jupes n’avaient pas encore commencé à raccourcir. Oh. Un bis. Nous nous sommes rassis.

En réalité, ce qui plaidait le plus en faveur de Dublin, c’était une image, pas un argument. Si je rentrais pour m’occuper d’elle, il y avait une certaine façon dont Min pourrait me regarder. Son visage me charmait quoi qu’il arrive − si petit et si blanc, avec des yeux si ronds et enfantins. Mais j’avais vu longtemps auparavant à quoi il pouvait ressembler lorsqu’il s’ouvrait comme une feuille au soleil. Dans mon enfance, avant la mort de mon père, nous allions tous les trois passer une partie de l’été à Bailey’s Hut, un cabanon en bois environné d’herbe et de coquillages, au-delà du dernier quai du port de Milbay. Ma grand-mère paternelle, Granny Barry, pouvait nous procurer le cabanon pour nos vacances parce qu’elle travaillait pour Bailey’s Hardware and Builders’ Providers. Comme il n’y avait pas l’eau courante, nous apportions quelques jerrycans d’eau du robinet pour faire le thé et recueillions l’eau de pluie dans un tonneau posé près de la porte. Mon père utilisait l’eau de pluie pour laver les cheveux de Min. « Je veux, ma p’tite dame ! » répondait-il lorsqu’elle décrétait qu’il était temps de lui faire un bon shampoing. Il apportait une cuvette d’eau chaude devant le cabanon, puis un seau d’eau de pluie. Min s’agenouillait dans l’herbe, vêtue de sa vieille jupe et de son dessous rose qui avait un cône de chaque côté pour les seins. Il s’asseyait sur une caisse, elle posait la tête sur ses genoux et il la shampouinait avec le bout des doigts. « Attention à pas m’en mettre dans les yeux ! » disaitelle. Puis il se levait, la laissant à genoux, tête baissée, et versait délicatement un premier filet d’eau de pluie sur sa tête. Elle sursautait en criant : « Aïe ! Cette eau est glaciale ! » Mais, à mesure qu’il versait, le flot devenait plus régulier. Elle s’aidait de ses mains pour répartir l’eau sur sa chevelure et mon père suivait le mouvement, versant pile à l’endroit où elle avait les mains. Enfin, il posait le seau et enroulait fermement une serviette autour de sa tête. Elle levait alors son visage aveuglé et, avec une serviette plus petite, il le tamponnait doucement. Les cheveux de Min séchaient au soleil, peignés vers l’avant et masquant son visage, ses frêles épaules dépassant de chaque côté. Ou bien elle les brossait dans les courants d’air chauds émis par le poêle Aladdin qu’on avait installé dans un coin de la pièce, derrière un grillage pour m’empêcher de le toucher. Sa chevelure devenait épaisse et brillante et vibrait comme si un flux d’énergie la traversait. Mon père me disait : « Tu vois les cheveux de ta tante ? Ta tante Min a des cheveux magnifiques. » Sa voix était nostalgique, comme s’il évoquait un souvenir très lointain, alors qu’elle était juste devant lui et ne risquait pas de s’en aller. Je n’ai jamais oublié l’air d’abandon avec lequel elle levait son visage vers celui de mon père. Il le tenait un moment à deux mains avant de commencer à le sécher et, elle toujours si méfiante et si brusque, elle se laissait tenir. Elle n’ouvrait pas les yeux, mais elle se reposait entre ces mains comme un oiseau marin sur l’eau. Tel était le visage qu’elle tournerait peut-être vers moi ; telle était l’attitude qu’elle aurait peut-être avec moi. Va pour la prime.

Je suis rentrée à la fin de l’été et, pendant deux ou trois mois, je n’ai quasiment pas bougé de ma chaise devant la vieille table de la cuisine. Comme si j’avais pénétré dans une de ces forêts qui, dans les contes de fées, entourent le château où dort la princesse - des lieux où ne bouge aucune feuille et où ne chante aucun oiseau. Je pensais confusément : Tu as ce que tu voulais - et maintenant ? Je me sentais coupée de ma propre expérience, comme si la plupart des choses que j’avais apprises en trente ans de vie, d’amour et de travail autour du globe n’avaient aucune pertinence dans le lieu où j’avais abouti."

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Le cœur cousu – Carole Martinez

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Gallimard – fév 2007 – 430 pages

Folio - mars 2009 - 442 pages

Présentation de l'éditeur
" Ecoutez, mes sœurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! " Frasquita Carasco a dans son village du sud de l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre: le cœur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement... Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels... Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses on cruelles. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie.

Biographie de l'auteur
Carole Martinez est née en 1966. Le cœur cousu est son premier roman.

 

 

Mon avis : (lu en décembre 2008)

C'est à la fois un conte, une fable, c'est un mélange de poésie, de voyage et de merveilleux. Une fresque familiale autour d'une couturière dont l'habilitée oscille entre don et malédiction. Les personnages du livre sont attachants et si particuliers, il y a beaucoup de personnages féminins. C'est un livre vraiment dépaysant !

Extrait :

« Commença alors pour ma mère la période des fils de couleurs.
Ils avaient fait irruption dans sa vie, modifiant le regard qu'elle portait sur le monde.
Elle fit le compte : le laurier-rose, la fleur de la passion, la chair des figues, les oranges, les citrons, la terre ocre de l'oliveraie, le bleu du ciel, les crépuscules, l'étole du curé, la robe de la Madone, les images pieuses, les verts poussiéreux des arbres du pays et quelques insaisissables papillons avaient été jusque-là les seuls ingrédients colorés de son quotidien. Il y avait tant de bobines, tant de couleurs dans cette boîte qu'il lui semblait impossible qu'il existât assez de mots pour les qualifier. De nombreuses teintes lui étaient totalement inconnues comme ce fil si brillant qu'il lui paraissait fait de lumière. Elle s'étonnait de voir le bleu devenir vert sans qu'elle y prenne garde, l'orange tourner au rouge, le rose au violet.
Bleu, certes, mais quel bleu ? Le bleu du ciel d'été à midi, le bleu sourd de ce même ciel quelques heures plus tard, le bleu sombre de la nuit avant qu'elle ne soit noire, le bleu passé, si doux, de la robe de la Madone, et tous ces bleus inconnus, étrangers au monde, métissés, plus ou moins mêlés de vert ou de rouge.
Qu'attendait-on d'elle ? Que devait-elle faire de cette nouvelle palette qu'une voix mystérieuse lui avait offerte dans la nuit ?
Bombarder de couleurs le village étouffé par l'hiver. Broder à même la terre gelée des fleurs multicolores. Inonder le ciel vide d'oiseaux bigarrés. Barioler les maisons, rosir les joues olivâtres de la mère et ses lèvres tannées. Elle n'aurait jamais assez de fil, assez de vie, pour mener à bien un tel projet.
Elle se rabattit donc sur l'intérieur de la maison. »

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Où on va papa ? - Jean-Louis Fournier

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Stock - septembre 2008 - 154 pages

Prix Fémina 2008

Résumé : Pour la première fois dans son oeuvre, Jean-Louis Fournier parle de ses garçons, pour ses garçons. Parce que le temps presse et qu il faut dire autrement. Dire autrement la question du handicap, sans l'air contrit ou la condescendance.
Comme il l'a fait en 1999 en évoquant son père, Jean-Louis Fournier conserve, pour ce nouveau roman, l' équilibre maîtrisé entre le drôle et la désespérance.


Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.

Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle.

Mon avis : (lu en décembre 2008)

Dès que j'ai entendu parler de ce livre, j'ai voulu me le procurer à la bibliothèque. Je connaissait déjà l'auteur pour « il a jamais tué personne mon papa »

Livre qui se lit très facilement mais qui est percutant : on découvre la vie d'un papa de 2 enfants handicapés. Les situations sont émouvantes mais l'auteur est plein d'humour. Il se protège en ironisant sur les évènements difficiles de sa vie.

On découvre au fil des pages tout l'amour que porte Jean-Louis Fournier pour ces enfants. On est ému au plus profond de soi.

Étant moi-même maman, on prend conscience de la chance d'avoir des enfants en bonne santé, capable de répondre à nos attentes.

A lire absolument !

Extrait :

« Cher Mathieu, cher Thomas,

Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "
Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu'ils font ? »
Aujourd’hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un
ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.

Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. »

LGF – mars 2010 – 149 pages

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La cité des jarres - Arnaldur Indridason

la_cit__des_jarrestraduction Eric Boury

Points Policier – juin 2006 – 352 pages

Résumé : Un nouveau cadavre est retrouvé à Reyk-javik. L'inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un «truc bête et méchant» qui fait perdre son temps à la police... Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la «cité des Jarres», une abominable collection de bocaux renfermant des organes...

Biographie de l'auteur
Né en Islande en 1961, Arnaldur Indridason a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vingt langues.

Mon avis : (lu en décembre 2008)

C'est le 3ème livre que je lis de cet auteur, et j'y ai trouvé beaucoup de plaisirs.

On ressent l'atmosphère islandaise, une terre isolée, où il pleut beaucoup tout au long du livre.

Les enquêteurs sont très humains en particulier Erlendur, policier de Reykjavik, cinquante ans, divorcé, solitaire, fatigué, toujours de mauvaise humeur, mais tenace, qui enquête sur le meurtre du vieil homme dont le cadavre a été découvert dans son appartement. Et ce qui semble être un "simple meurtre" s'avère bien vite plus complexe qu'il n'y paraissait de prime abord... On trouve en trame de fond, le thème de la famille et de la filiation, de la recherche génétique aussi et de ses possibles dérives.

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