Canalblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Publicité
A propos de livres...
18 novembre 2009

L’été chagrin – Henri Husetowski

lu dans le cadre de l'opération babelio

L__t__chagrin Buchet-Chastel – août 2009 – 254 pages

Présentation de l'éditeur
Été 42. David ne s'en laisse pas raconter. Sa mère, veuve Yourguevitch, a eu l'intelligence de se remarier avec M. Duval. Pour plus de sécurité, elle a fait baptiser David. Elle est formelle. Maintenant, tous les deux sont de vrais français. Ils n'ont rien à craindre ! Il faut juste que David fasse plaisir à sa maman, qu'il ne soit pas un fainéant comme son père, et qu'il devienne ingénieur. Mais une nuit, cet été-là, des voitures noires et des camions viennent chercher tous les juifs du quartier. Par miracle, David leur échappe. Seul, soudain, son monde s'effondre. Seul, il comprend que sa mère et les adultes lui ont menti. Sur qui pourra-t-il compter désormais, alors qu'il lui faut tout quitter ?... L'Été chagrin est un premier roman bouleversant. Sans pathos, avec humour, Henri Husetowski brosse le portrait attachant d'un enfant pris dans la tourmente de l'histoire. Un roman fort, pour les adultes comme pour les adolescents.

Auteur : Né à Bordeaux de parents émigrés de Pologne, Henri Husetowski est un éducateur, aujourd’hui à la retraite. Il vit à Paris. L’Eté chagrin, son premier roman, est inspiré de faits réels.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

David a bientôt 11 ans, il nous raconte, avec ses mots d'enfant de 11 ans et malgré tout de l'humour, 3 semaines de cette été 1942. Il vit à Paris dans un quartier juif et en juillet 1942 c'est la rafle du Vél d’Hiv. Sa mère est d'origine juive polonaise et s'est remariée avec Monsieur Duval, David a été baptisé. Elle n'arrête pas de lui affirmer qu'ils sont maintenant devenus tous les deux de vrais français. Et pourtant, il doit faire attention, certaines nuits sa mère même l'envoie dormir chez un voisin. C'est perturbant pour ce jeune garçon, qui se réfugie dans son imagination en inventant son propre monde où il est un grand résistant qui mène le combat et qui tue les allemands et les collabos qui viennent faire du mal à ses voisins et son copain Yacov, cela lui fait faire des bêtises qui vont le mettre en danger ainsi que les autres. Il échappera aux rafles et grâce au Père Noisiel et Madame Lafayette il va être envoyé à la campagne dans les Deux-Sèvres. On lui donnera un nouveau nom Daniel Renard. David est très touchant dans sa fragilité tantôt ange, tantôt petit diable. Le choc des évènements a réveillé en lui des peurs qui le hantent. Il se sent seul, il ne sait plus si il est ou n'est pas juif... La conclusion est constituée de lettres qui nous éclairent sur la fin de l'histoire.

Un très bon roman sur la guerre qui a été inspiré par des faits réels.

Merci aux éditions Buchet * Chastel de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 40)
« Yacov rigole maintenant, il jubile. Moi, j’ai des larmes sur les joues, je sais pas si je pleure ou si je ris. On sort, je claque la porte de la boutique le plus fort que je peux, l’étalage dans la vitrine s’effondre. Yacov redit « olé ! ». Il se place devant la vitrine effondrée et crie : « A bas Hitler, à bas Régéla ! »

Il est vraiment con ce con, on va se faire remarquer et c’est pourtant pas le moment avec tous les Allemands qu’on voit partout. Je lui dis : « Yacov, t’es con, tu peux pas savoir », mais il entend pas.
Et je suis brusquement inspiré. Je me plante devant la boutique pendant que dedans Fêtnat a l’air de discuter sec avec Régala, et je gueule : « Le garde champêtre qui pue qui pète, qui prend son cul pour une trompette ! » Elle est envoyée celle-là !
Yacov, jaloux qu’il est de moi, veut pas être en reste. A son tour il gueule : « Allô, allô, y’a d’la merde dans le tuyau ! »
Le menuisier ébéniste sort de son atelier, appuyé sur sa béquille. Il dit : « Nom de Dieu, mais c’est la révolution, comme en trente-six ! » Il gueule : « Vive la République ! » Et il s'en retourne dans son atelier. Le menuisier ébéniste, c’est Antonio Villafranca, il est arrivé en France en 1937 et s’est installé ici. Maman m’a dit qu’il a dû partir de l’Espagne parce qu’il ne s’entendait pas avec un certain Franco. Ce Franco, c'est un gars qu'a fait du mal à beaucoup de gens et qui n'aime personne, même pas les enfants, plein sont morts à cause de lui.

Là, j'ai pas cru maman, parce que quand on est un enfant on meurt pas, c'est évident. Alors je lui ai dit que c'est pas vrai et elle m'a répondu que c'est pas parce que je suis le plus intelligent de la France que j'ai toujours raison. »

lu dans le cadre de l'opération babelio avec buchet_chastel

Publicité
Publicité
17 novembre 2009

Les copains d'Aristide – Claude Michelet

les_copains_d_aristide Éditions France loisirs – janvier 2005 – 170 pages

Quatrième de couverture :

Il y a ceux qui naissent sous une bonne étoile, bénis des dieux, heureux au jeu et en amour et il y a... Aristide. Roi de la guigne, prince de la poisse, il a fait de la malchance son sport favori, son hobby à plein temps. Tout ça à cause d'un nom à coucher dehors, car notre Aristide s'appelle... Klobe.
Après une scolarité passée sur le banc des colles, un service militaire à l'ombre du trou et mille petits boulots ingrats, notre homme au nom impossible mais à la plume talentueuse se fait engager comme nègre chez un éditeur aussi âpre au gain qu'aux jupons. Mais ce jour-là, Aristide aurait sans doute mieux fait de se casser une jambe ou de briser un miroir !

Auteur : Claude Michelet est né en Corrèze en 1938, dernier d'une famille de sept enfants. Son premier roman, La Grande Muraille, paraît en 1969. Suivi d'Une fois sept (1970), Mon père Edmond Michelet (1971), Roche-flame (1973). Le succès vient en 1975 avec J'ai choisi la terre, et avec Cette terre est la vôtre (1977) sur le même thème. Et la consécration en 1980, quand le prix des Libraires couronne Des grives aux loups (paru en septembre 1979). Les palombes ne passeront plus, suite du précédent roman, paraît à l'automne de 1980. La série télévisée réalisée par Philippe Monnier a accru encore la diffusion de cette suite romanesque.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

C'est un peu par hasard que j'ai pris ce petit livre à la bibliothèque. Ayant déjà lu des livres de Claude Michelet avec La Grande Muraille puis Des grives aux loups (tome 1 à 4) il y a quelques années, j'ai été attirée par celui-ci peut-être grâce aux canetons de la couverture ?

Ce livre ne ressemble en rien à ceux que j'avais déjà lu du même auteur. Ce livre commence par la citation d'Eugène Labiche « Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout... Les malchanceux sont ceux à qui tout arrive. » En effet c'est l'histoire d'Aristide Klobe qui a toujours été malchanceux à cause de son patronyme difficile à prononcer et à retenir qui l'entraîne dans des situations difficiles à l'école, au service militaire puis dans la vie professionnel. Ce roman se lit très facilement et est plutôt amusant, mais sans plus. Cependant, je n'ai pas compris la raison de la présence des canetons sur la couverture du livre...

Extrait : (début du livre)

« Si leur ramassage n'était pas interdit – mais qu'est-ce qui n'est pas interdit de nos jours ? - il ferait un temps à chercher les escargots, pensa l'homme en regardant la pluie qui frappait avec violence la fenêtre située derrière sa persécutrice.

« Mais évidemment, avec la malchance qui me poursuit depuis sa naissance, il a fallu que cette virago me convoque aujourd'hui ! De toute façon, si cette imbécile qui se gargarise de mots – car elle adore s'écouter parler, c'est évident ! - oui, si elle me lâche avant midi j'aurai quand même le temps de faire un saut jusqu'à la forêt de Rambouillet ; je suis sûr qu'elle regorge de champignons. Depuis qu'il tombe cette pluie, encore tiède pour la saison, je suis persuadé que les lactaires et les russules pullulent, et les girolles aussi !

« Mais au lieu de m'oxygéner et de me ramener de quoi me confectionner quelques solides omelettes, je suis là à feindre d'écouter les remontrances de cette vilaine garce ! Car avec la gueule qu'elle a, c'est sûrement une garce, une chamelle ! Je ne jurerais pas qu'elle ait jamais réussi à mettre un homme dans son lit ; mais si c'est le cas, le pauvre bougre n'a pas dû y faire la grasse matinée, pressé d'aller se réchauffer ailleurs ! Elle doit être aussi impossible à dégeler qu'un congélateur en marche et elle me fout vraiment la trouille ! Elle a des yeux à vous expédier à la guillotine...

- Vous m'écoutez au moins ? Lança sèchement la femme.

- Mais oui madame le juge, assura l'homme d'un ton qui démentait son acquiescement.

- Je vous ai déjà dit qu'on disait madame LA juge !

-Bien sûr, bien sûr, quoique du point de vue grammatical ce soit on ne peut plus douteux..., dit-il en contemplant à nouveau le ruissellement de la pluie sur les carreaux.

- Alors puisque vous m'écoutez vous comprendrez donc qu'avec les charges qui pèsent sur vous...

- Non, les soupçons, de simples soupçons infondés, coupa-t-il.

- Je dis bien les charges et je sais ce que je dis ! Vu les charges donc, je ne peux faire à moins que de préparer votre mise en examen ; elle devrait être effective sous peu. Je vous incite donc à trouver un avocat. Vous avez jusque-là négligé d'en prendre un, je ne saurai trop vous conseiller de pallier au plus vite cette carence.

- J'essaierai d'y penser.

16 novembre 2009

Challenges

Je me suis lancée ces jours derniers dans deux Challenges pas trop difficiles à réussir, ce sont mes premiers...

1er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

coeur_vs3

proposée par Audouchoc, cliquer ici pour en savoir plus...

livre n°1 : seule_venise_p  Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil

livre n°2 : elle_s_appelait_Sarah Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy

livre n°3 : l_attrape_coeur_p L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso

livre n°4 : mon_enfant_de_berlin Mon enfant de Berlin proposé par Clarabel

2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

challenge_100_ans_article_300x225

proposée par Bouboubouquine, cliquer ici pour en savoir plus...

livre n°1 : jour_de_f_tes___l_hospice_p Jours de fête à l'hospice - John Updike

livre n°2 : l_attrape_coeur_p L'attrape-cœurs - J. D. Salinger

livre n°3 : la_couleur_pourpre_p La couleur pourpre - Alice Walker 

16 novembre 2009

Le jeu de l'ange - Carlos Ruiz Zafon

le_jeu_de_l_Ange Robert Laffont – août 2009 – 536 pages

traduit de l'espagnol par François Maspero

Le Mot de l'éditeur :

« Je t’emmènerai dans un endroit secret où les livres ne meurent jamais et où personne ne peut les détruire… »

Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voz de la Industria. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu'il aime le plus au monde : écrire.
En plein succès, David accepte l’offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d'autant plus désespéré que la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours - et à laquelle le livre est secrètement dédié - va épouser Pedro Vidal.
Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l’emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer une texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués, d’offrir leur âme ».
Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour de David. En vendant sa liberté d’écrivain, aurait-il vendu son âme au diable ? Épouvanté et fasciné, David se lance dans une enquête sur ce curieux éditeur, dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l’espace.

L’auteur : écrivain catalan, Carlos Ruiz Zafón vit à Los Angeles, où il est également scénariste. L'Ombre du vent, prix Planeta (2004), prix du meilleur livre étranger – roman (2004), a aussi sélectionné pour le prix Femina étranger.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Pour ceux qui ont déjà lu du même auteur, L'Ombre du vent, il ne faut surtout pas imaginer qu'il s'agit d'une suite ou alors comparer ces deux livres. Pourtant, l'auteur nous fait quelques clins d'œil par rapport à L'Ombre du vent : nous retrouvons le Cimetière des livres oubliés et la librairie Sempere & Fils. Et cette histoire se passe également dans Barcelone merveilleusement décrite.

Le début du roman raconte l'ascension d'un jeune écrivain, David Martin. Tout d'abord il écrit un feuilleton hebdomadaire pour un journal de Barcelone, "La vox de la Industria". Puis il signe un contrat avec un duo d'éditeurs qui lui impose un rythme infernal pour écrire une série de livre sous un pseudonyme. Il est également fasciné par la jolie Cristina et aimerait la séduire... Il rencontre un étrange éditeur français Andreas Correli qui lui propose une très forte somme d'argent pour écrire un livre unique, qui ne ressemble à aucun autre.

L'évocation de Barcelone et de la vie des Espagnols avant la guerre civile est faite avec beaucoup de précision et de justesse, Barcelone apparaît comme une ville à la fois mystérieuse et envoûtante où les rues sont tortueuses et les habitations inquiétantes.

Ce livre est un vrai thriller fantastique qui se lit assez facilement malgré ses 537 pages car les chapitres sont cours et le rythme de l'histoire nous invite à lire sans hésiter le chapitre suivant. J'avais adoré L'Ombre du vent et j'ai beaucoup aimé Le jeu de l'Ange.

Extrait : (page 438)

"Je revins à l’hôtel en longeant le lac. Le concierge m’indiqua comment trouver l’unique librairie du village, où je pus acheter du papier et un stylo qui attendait là depuis des temps immémoriaux. Ainsi armé, je m’enfermai dans ma chambre. Je déplaçai la table de manière à la mettre devant la fenêtre et commandai un thermos de café. Je passai presque une heure à contempler le lac et les montagnes lointaines avant d’écrire un mot. Je me souvins de la vieille photo confiée par Cristina, cette image d’une enfant marchant sur une jetée en bois qui s’avançait dans la mer, dont le mystère avait toujours fui sa mémoire. J’imaginai que je suivais cette jetée, que mes pas me conduisaient derrière elle et, lentement, les mots commencèrent à couler et l’armature d’un petit récit s’esquissa au fil de la plume. J’allais écrire l’histoire dont Cristina n’avait jamais pu se souvenir, celle qui l’avait menée, enfant, à marcher au-dessus de ces eaux luisantes en tenant la main d’un inconnu. J’écrirais l’histoire de ce souvenir qui n’aurait jamais existé, la mémoire d’une vie volée. Les images et la lumière qui se dessinaient entre les phrases me ramenèrent à cette vieille Barcelone de ténèbres qui nous avait engendrés tous les deux. Je travaillai jusqu’à ce que le soleil se couche, qu’il ne reste plus une goutte de café dans le thermos et que mes yeux et mes mains me fassent mal. Je laissai tomber mon stylo et enlevai les feuilles de la table. Quand le concierge frappa à la porte pour me demander si j’allais descendre dîner, je ne l’entendis pas. Je dormais profondément et, pour une fois, je rêvais en croyant que les mots, y compris les miens, avaient le pouvoir de guérir."

15 novembre 2009

Joyeux Anniversaire

Voilà un an, je créais ce blog pour répertorier mes livres lus et partager avec tous, les découvertes et les émotions que je pouvais ressentir à travers mes lectures.

Je me suis prise au jeu de la publication de messages et à ce jour, j'en suis à près de 300 livres commentés...

anniversaire_apropos_bis_2__c_

Vous êtes bientôt 13500 visiteurs réguliers, occasionnels ou accidentels... Je suis toujours ravie de voir que mes visiteurs viennent du monde entier et je me réjouie de voir de nouveaux pays apparaître. De même pour la France, les visiteurs viennent de tous les coins de l'hexagone et même certains hors de la Métropole !

Un grand merci à celles et ceux qui laissent des commentaires que je découvre avec beaucoup de plaisir et qui participent ainsi à la vie de mon blog.

Et... je profite de l'occasion pour donner une nouvelle bannière à mon blog !

Publicité
Publicité
14 novembre 2009

Dans mes yeux – Bastien Vivès

dans_mes_yeux Casterman (KSTR) – mars 2009 – 133 pages

Présentation de l'éditeur

Il la rencontre, un soir, dans une bibliothèque universitaire. Elle est étudiante, elle est séduisante, elle l’émeut immédiatement. Il va entreprendre de la conquérir, sans brusquerie, à pas comptés… De lui, on ne saura rien, ou presque. Mais l’on saura tout, en revanche, de la manière dont il la découvre et l’observe, dont il la désire, et de sa manière à elle de s’exposer, parfois plus et parfois moins, à ce regard masculin saisi par le sentiment amoureux.

Car toute la narration de Dans mes yeux – et c’est là l’un des tours de force de cet album véritablement bluffant, tant dans la forme que dans le fond – est menée de A à Z en caméra subjective et à hauteur d’homme, comme pour mieux convoquer le lecteur au coeur même de cette patiente, lente et profonde entreprise de séduction, du point de vue de ce narrateur silencieux dont on ne verra jamais le visage, dont on n’entendra jamais les mots.

Tous les menus événements ordinaires d’une vie de jeune adulte d’aujourd’hui s’y égrènent tranquillement – l’inviter au restaurant, au cinéma, l’écouter se raconter, subir ses copains rencontrés au détour d’un trottoir, aller ensemble à une soirée d’anniversaire… –, portés par une inventivité graphique et une justesse d’observation peu communes.

Très remarqué pour ses précédents livres sous la bannière de KSTR (notamment Le goût du chlore), Bastien Vivès déploie ici une nouvelle facette de son talent de dessinateur (Dans mes yeux est entièrement traité au crayon de couleur, dans une chromie très accrocheuse) et démontre avec cet album d’une grande maturité qu’il est déjà un auteur d’envergure, tout simplement.

Quatrième de couverture : "Depuis le moment où tu es venu me chercher devant la fac, j'avais envie de t'embrasser. On parlait, on parlait, mais tu ne m'embrassais pas ..."

Auteur : Né en 1984, Bastien Vivès, fraîchement dipômé de l’école des Gobelins, débute son parcours professionnel en mettant sur pied, avec quelques camarades de sa génération, un atelier de bandes dessinées en plein Paris.
On le connaît aussi sur le web sous le nom de Bastien Chanmax. il y dessine POUNGI, le Manchot rappeur amateur de gros seins…
Bastien Vivès est l’auteur de Elle(s), paru au printemps 2007, de Hollywood Jan, de Le goût du chlore sous le label KSTR.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Même auteur que Le goût du chlore que je viens de lire et dessin totalement différent, pour cet album, ce sont de superbes dessins au pastel. C'est l'histoire d'une rencontre entre une fille et un garçon. C'est le point de vue de l'auteur qui est vraiment original, en effet on ne verra jamais le jeune homme car c'est à travers son regard que l'on assiste à leur rencontre à la bibliothèque universitaire, aux premiers mots échangés, au premier baiser, à une visite au zoo, à une soirée d'anniversaire... Avec ce point de vue, cette histoire simple et si banale devient pleine de poésie et de sensibilité. Le lecteur ne peut qu'imaginer la présence du jeune homme qu'on ne voit pas, qui ne parle pas. Comme pour Le goût du chlore l'essentiel est dans le geste, l'attitude plutôt que dans la parole.

Une très jolie BD que je vous encourage à découvrir avec vos propres yeux !

Extrait :

dans_mes_yeux_1

dans_mes_yeux_2

dans_mes_yeux_3

13 novembre 2009

Le goût du chlore – Bastien Vivès

le_gout_du_chlore Casterman (KSTR) – mai 2008 – 135 pages

Présentation Éditeur : C’est une histoire toute simple, d’une rare sobriété. Parce qu’il souffre du dos, un très jeune homme, dont au final on ne saura pratiquement rien de plus, se met à fréquenter une piscine sur les recommandations insistantes de son kinésithérapeute. Là, dans le bassin à la fois anonyme et rassurant où les individus ne sont plus que des corps qui nagent, au rythme monotone des longueurs ajoutées les unes aux autres, il fait la connaissance d’une jeune fille au corps et au sourire séduisants. C’est l’épanouissement de leur relation ténue, toute en silences, en esquives, en pudeur et en gestes esquissés, que va raconter Le Goût du chlore, avec une grande légèreté et un sens remarquable de la narration en images… Avec ce récit intimiste et pudique, façonné par les nuances et les non-dits, Bastien Vivès confirme qu’il est déjà devenu, en à peine plus d’un an d’intense activité, l’un des talents les plus originaux et les plus prometteurs de la nouvelle génération des auteurs français.

Auteur : Né en 1984, Bastien Vivès, fraîchement dipômé de l’école des Gobelins, débute son parcours professionnel en mettant sur pied, avec quelques camarades de sa génération, un atelier de bandes dessinées en plein Paris.
On le connaît aussi sur le web sous le nom de Bastien Chanmax. il y dessine POUNGI, le Manchot rappeur amateur de gros seins…
Bastien Vivès est l’auteur de Elle(s), paru au printemps 2007, et plus récemment de Hollywood Jan, l’un et l’autre sous le label KSTR.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais lu la critique de cette BD il y a quelques jours sur un blog (je n'ai pas retrouvé lequel...) et tout à l'heure par hasard je le découvre à la bibliothèque. Je le feuillète... et je l'emprunte. La bibliothécaire me conseille alors d'emprunter du même auteur Dans mes yeux (prochaine lecture) .

C'est une très belle découverte. L'histoire a un lieu unique, la piscine. Les personnages : il y a le garçon atteint de scoliose qui doit aller régulièrement à la piscine sur le conseil de son kiné. Il y rencontre une jeune fille ancienne championne de natation qui va lui donner des conseils techniques. Il y a très peu de dialogues, tout est dans la suggestion : les gestes, les regards... L'univers et l'atmosphère de la piscine sont parfaitement rendus : on assiste à des scènes sous l'eau et à l'air libre, on passe par le vestiaire, la douche avant d'arriver dans le grand bain. L'esthétique du dessin est superbe : la couleur utilisée est presque essentiellement le bleu-vert. Petit bémol pour la fin où l'auteur laisse le récit ouvert, libre à l'interprétation du lecteur... Un magnifique album de BD dans lequel je vous invite à vous plonger sans tarder !

Extrait :

le_gout_du_chlore_4

le_gout_du_chlore_3

12 novembre 2009

Papa et maman sont dans un bateau – Marie-Aude Murail

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau École des Loisirs – février 2009 – 294 pages

Quatrième de couverture :

Pauvres Doinel ! Ils s’aiment, mais n’ont pas le temps de se le dire. Ils ont chacun leurs angoisses, leurs soucis mais les gardent pour eux. Marc Doinel, le père aux allures de cow-boy, n’a toujours pas parlé du rachat de sa boîte par des Hollandais décidés à restructurer au lance-flammes. Nadine, la mère débordée, n’évoque jamais la lassitude
qui l’accable devant les « fiches de suivi d’acquisition des compétences » de ses élèves de maternelle. Charlie, la fille aînée, se demande bien pourquoi elle est amoureuse de Kikichi, un héros de manga bisexuel, plutôt que d’un garçon de sa classe.
Et pourquoi se sent-elle si transparente au collège ? Le petit Esteban, lui, ne se plaint jamais, au point de se laisser maltraiter sans broncher par les grands de l’école.
Pauvres Doinel ! S’ils savaient qu’ils partagent un rêve secret… En feuilletant un magazine, chacun d’entre eux est tombé en arrêt devant la même photo. Celle d’une yourte mongole plantée dans une clairière bretonne.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008).

Mon avis : 5/5 (lu en novembre 2009)

Ce livre a été tout d'abord lu avec beaucoup de plaisir par mon fils de 14 ans. Moi aussi je l'ai dévoré. Cela raconte l'histoire d'une famille comme les autres : les Doinel. Le père, Marc dirige une entreprise de transport routier qui vient d'être rachetée par des Hollandais et qui est en pleine restructuration. Nadine, la mère, est institutrice en maternelle, elle n'est pas convaincue par «les fiches de suivi d'acquisition de compétences» qu'elle doit remplir pour ses petits élèves. Charlie, la fille aînée, est en 3ème, elle est plongée dans les mangas et son absence de vie amoureuse la dérange. Enfin, Esteban, enfant précoce, qui supporte sans se plaindre les brutalités dont il est victime dans la cour de récréation de son école primaire.

Ils ont tous des problèmes, mais jamais ils n'en parlent en famille. Aussi, sans le savoir, ils gardent chacun dans leur esprit un rêve secret autour d'une yourte.

Nous suivons Marc dans son entreprise à l'esprit familiale où la relation humaine avait toute son importance. Mais la restructuration imposée va être d'une rare violence. Marc est révolté : "On est entourés de robots humanoïdes, des gens qui fonctionnent au lieu de vivre, et qui ne pensent qu'à produire, à faire produire." Dans sa classe de maternelle, Nadine veut casser l'habitude du travail structuré et noté suivant les consignes de l'Éducation Nationale pour privilégier la spontanéité de ses élèves et leurs demandes. Charlie va se lier avec son voisin de classe Aubin, un garçon un peu maladroit qui a du mal à se connaître lui-même. Ils vont s'échanger des mangas. Marie-Aude Murail nous décrit un collège conforme à ce que nous décrit nos enfants : la galerie de professeurs est pleine d'humour sans oublier les descriptions des cours et des élèves... Esteban est un enfant rêveur qui se pose beaucoup de questions. Il récite des poèmes plutôt sombres. Et c'est grâce à sa psy qu'il apprendra que "C'est important d'avoir un ami parce qu'on sait qu'on a de la valeur".

Marie-Aude Murail nous fait un portrait de notre société sans aucune complaisance mais avec beaucoup d'humour à travers la famille, le monde du travail et l'éducation.

Un vrai coup cœur pour moi et mes fils.

Extrait : (page 47)

Quand les 3eA poussèrent la porte de la salle 108, ils trouvèrent Mme Taillandier vissée derrière son bureau, le teint frais sous les néons, l'œil vif après trente années d'enseignement, et sa lourde poitrine emplissant un corsage qui fleurissait hiver comme été. Dès qu'elle vit ses élèves, elle commença son cours comme si on venait d'appuyer sur la touche PLAY.

- Nous allons reprendre notre étude de Des souris et des hommes. Il ne faut pas une heure pour s'installer, Maroussia ! Non, Antoine et Adrien, je vous ai séparés la dernière fois. Adrien, mets-toi avec Mélanie. Elle est toute seule aujourd'hui.

Un rire étouffé parcourut la classe. Mme Taillandier était très fine : - Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

Elle suivit Adrien d'un regard interrogatif tandis qu'il allait s'asseoir à côté de l'ex d'Antoine.

- Bien, si vous y êtes enfin, nous allons pouvoir vérifier si les hypothèses de lecture que nous formulâmes au dernier cours n'était point erronées. Aubin, qu'est-ce qui t'arrive ?

Les yeux écarquillés, la bouche ouverte, Aubin avait en permanence l'air de suivre un film d'horreur. Lorsque Mme Taillandier fut rendues aux « champs lexicaux », il ne pu s'empêcher de pousser un gémissement.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'informa la prof.

- Mmmais ça va me servir à quoi, tout ça ?

- Comment ça ?

- Mmmais je veux faire pâtisserie !

Mme Taillandier ne se laissa pas désarçonner : - Ce n'est pas parce qu'on est pâtissier, Aubin, qu'on arrête de réfléchir. Le collège n'est pas là pour faire de vous des pâtissiers ou des notaires, mais des gens qui ont une culture et un esprit critique. L'instruction libère les hommes, Aubin, l'ignorance en fait des esclaves.

Le garçon cilla sans répliquer. Les champs lexicaux feraient de lui, qu'il le voulût ou non, un pâtissier libre.

En deuxième heure, Mme Taillandier annonça à ses élèves qu'elle leur avait « concocté un exercice de type brevet ».

- Il commence à me chauffer, le type Brevet, marmonna Charlie derrière sa main.

- Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? demanda Mme Taillandier qui était douée de perception extrasensorielle.

- J'ai mal au poignet.

- Tu aurais encore plus mal au poignet si tu travaillais à la chaîne, répondit Mme Taillandier qui, comme maman, avait toujours le dernier mot.

Il ne restait plus à Charlie comme à Aubin qu'à « relever le champ lexical de la prison » dans le texte de Steinbeck et à « donner la nature et la fonction des expansions du nom " murailles " ». Car, contrairement à ce qu'en disent dans les médias les experts à lunettes, on sait plein de choses quand on a quatorze ans. Sur Steinbeck, le gérondif et le pangermanisme, les parents n'imaginent même pas !

11 novembre 2009

Jours de fête à l'hospice - John Updike

jour_de_f_tes___l_hospice jour_de_f_tes___l_hospice_p

Julliard – novembre 1994 – 235 pages

Robert Laffont - juin 2009 – 273 pages

traduit de l’américain d’Alain Delahaye

Présentation de l'éditeur
Jours de fête à l'hospice est la toute première œuvre de John Updike. Ecrit en 1957, en l'espace de trois mois, ce roman a d'emblée enthousiasmé la critique américaine : un jeune auteur de vingt-cinq ans y faisait preuve d'un humour raffiné, d'une extraordinaire perfection formelle et d'une stupéfiante maturité d'esprit. 

Dans un hospice situé en rase campagne aux confins du New Jersey et de la Pennsylvanie, la monotonie de l’existence est rompue chaque été par une fête, qui est aussi l’occasion d une traditionnelle vente de charité. Dès le matin les vieillards s’affairent à leurs préparatifs, malgré la menace d’un gros orage, qui finalement éclate. Heureusement les nuages disparaissent au bout de quelques heures, et la fête commence en fin d’après-midi.
Les incidents qui parsèment la journée sont centrés sur la personne du nouveau directeur, Stephen Conner, un jeune administrateur peu doué pour le contact humain. Face à lui, le doyen de l’endroit, Hook (quatre-vingt-quatorze ans), apparaît comme un sage vénérable ; tandis que Gregg, plus jeune (seulement soixante-dix ans !), se comporte un peu comme un gamin mal élevé. L’imposante présence de Mendelssohn, l’ancien directeur aujourd’hui décédé, domine encore les pensées de tous les pensionnaires. Plusieurs figures féminines donnent également à ce livre une densité humaine exceptionnelle.
Une langue riche, précise et expressive ; une pensée dont la profondeur n’exclut pas l’humour ; et l’irrésistible tendresse humaine qui parcourt tout le livre : telles sont les qualités majeures de cette allégorie de la générosité, qui se lit constamment avec le sourire.

Biographie de l'auteur
John Updike naît en 1932 à Reading, en Pennsylvanie. Sa mère, l'écrivain Linda Grace Hoyer Updike, est à l'origine de l'envie de John Updike de devenir lui-même écrivain. Diplômé de Harvard en 1954, il passe un an à Oxford en Angleterre et s'installe à New York où il rejoint l'équipe du New Yorker. En 1957, il part vivre à Ipswich dans le Massachusetts. Après avoir accédé à la notoriété internationale avec Jour de fête à l'hospice (1959) et Le Centaure (1963), il rencontre un immense succès public et critique avec le cycle Rabbit Angstrom (1960-1990). En 1968, le scandale causé par la publication de Couples, dont le thème est l'adultère, lui vaut la couverture de Time. Il est l'auteur de vingt-six romans dont les célèbres Sorcières d'Eastwick (1984), adapté au cinéma avec Jack Nicholson, et de Ce que pensait Roger (1986), de centaines de nouvelles, de chroniques et de poèmes, publiés essentiellement dans le New Yorker et la New York Review of Books. En 2008 paraissait ce qui devait être son dernier roman, Les Veuves d'Eastwick. Il meurt le 27 janvier 2009 à l'âge de soixante-seize ans. La légende voudrait qu'il ait passé les derniers mois de sa vie dans un hospice.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Je ne connaissais pas cet auteur. Ce livre a été écrit en 1958. Dans ce livre on assiste a une journée particulière dans la vie d’un hospice situé aux confins du New Jersey et de la Pennsylvanie. C’est le jour de la kermesse annuelle où la monotonie de la vie à l’hospice est rompue. On y rencontre différents pensionnaires comme Hook, le plus âgé (94 ans) ancien instituteur, Gregg (70 ans), effronté et grossier, George Lucas qui est arrivé depuis peu à l'hospice avec sa femme Martha, le timide Tommy Franklin... Les préparatifs de la fête sont interrompus par un gros orage, mais la tension est aussi dans les esprits. Les pensionnaires vont se révolter contre Conner, le nouveau directeur de l'établissement très maladroit pour communiquer avec eux et ayant le matin décidé d’étiqueter les fauteuils de chaque pensionnaire.

Il décrit assez bien ce qu'était un hospice en 1958, mais le rythme lent de ce livre comme les pas de ses personnages fait que j’avoue avoir eu du mal à le terminer. J’en attendais mieux.

challenge_100_ans_article_300x225

livre lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine

8 novembre 2009

Mygale – Thierry Jonquet

mygale_p Folio – juillet 1999 – 156 pages

Quatrième de couverture :

Eve ? Qui est-elle ? Qui est Richard  Lafargue, l'homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l'enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c'est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple... Quel incompréhensible passé lie ces deux êtes hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ? Pourquoi les paroles si douces de The Man I love deviennent-elles entre eux l'expression radicale de la haine la plus absolue ?

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), 'Moloch' (1998) qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Voici un nouveau livre de Thierry Jonquet que je n'avais pas encore lu...

C'est un roman vraiment noir qui nous raconte 3 histoires :

Richard Lafargue, chirurgien esthétique, qui vit au Vésinet avec Eve une jeune femme très belle qui vit enfermée dans sa chambre. Elle sort parfois au bras de Richard mais il existe entre eux de la haine...

Alex est un voyou qui se cache après un hold-up qui a mal tourné, il a abattu un policier. Dans sa solitude, il pense à son copain Vincent qui a disparu depuis quatre ans.

Quelqu'un a été enlevé et enfermé dans une cave, il surnomme son ravisseur la Mygale.

Le livre se déroule en trois parties : l'araignée, le venin, la proie. Il s'agit là de vengeance, de violence. Une histoire incroyable et un dénouement inimaginable. Je n'en dirai pas plus pour ne rien dévoiler...

J'ai trouvé la construction de ce livre particulièrement réussie et je l'ai lu en une après-midi. Mais j'ai trouvé certains passages dérangeants et un peu trop noir à mon goût.

Extrait : (début du livre)

Richard Lafargue arpentait d'un pas lent l'allée tapissée de gravier qui menait au mini-étang enchâssé dans le bosquet bordant le mur d'enceinte de la villa. La nuit était claire, une soirée de juillet, le ciel parsemé d'une pluie de scintillement laiteux. Embusqué derrière un bosquet de nénuphars, le couple de cygnes dormait d'un sommeil serein, le cou replié sous l'aile, la femelle, gracile, douillettement blottie contre le corps plus imposant du mâle.

Lafargue cueillit une rose, huma un instant cette odeur douceâtre, presque écœurante, avant de revenir sur ses pas. Au-delà de l'allée bordée de tilleuls, la maison se dressait, masse compacte et sans grâce, trapue. Au rez-de-chaussée, l'office, où Line – la femme de chambre – devait prendre son repas. Un jet plus clair vers la droite, et un ronronnement feutré : le garage où Roger – le chauffeur – était occupé à faire tourner le moteur de la Mercedes. Le grand salon enfin, dont les rideaux sombres ne laissaient filtrer que de minces rais de lumière.

Lafargue leva les yeux vers le premier étage et son regard s'attarda sur les fenêtres de l'appartement d'Ève. Une lueur délicate, une persienne entrouverte d'où s'échappaient les notes d'une musique timide, un piano, les premières mesures de cet air, The Man I Love...

Lafargue réprima un geste d'agacement et, d'une démarche brusque, pénétra dans la villa, claquant la porte, courant presque jusqu'à l'escalier, grimpa les marches en bloquant sa respiration. Parvenu à l'étage, il dressa le poing puis se contint et se résigna à frapper doucement de l'index recourbé.

Il tourna les trois verrous qui, de l'extérieur, bloquaient la porte d'entrée de l'appartement où vivait celle qui s'obstinait à rester sourde à son appel. Sans faire de bruit, il referma la porte et s'avança dans le boudoir. La pièce baignait dans l'obscurité, seule la lampe à abat-jour posée sur le piano dispensait un éclairage tamisé. Tout au fond de la chambre jouxtant le boudoir, le néon cru de la salle de bains ponctuait d'une tache blanc vif l'extrémité de l'appartement.Dans la pénombre, il se dirigea vers la chaîne et coupa le son, interrompant les premières notes de la mélodie qui, sur le disque, suivait The Man I love. Il domina sa colère avant de murmurer d'un ton neutre, exempt de reproches, une remarque pourtant acerbe sur la durée raisonnable d'une séance de maquillage, du choix d'une robe, de la sélection des bijoux convenant au type de soirée à laquelle lui et Ève étaient conviés...

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch

Publicité
Publicité
<< < 1 2 3 > >>
A propos de livres...
Publicité
A propos de livres...
Newsletter
55 abonnés
Albums Photos
Visiteurs
Depuis la création 1 377 582
Publicité